Alors que la santé mentale a été désignée Grande Cause Nationale en 2025, l’IÉSEG révèle les résultats de son premier baromètre national sur la santé mentale des étudiants, réalisé en partenariat avec teale. Et les chiffres sont alarmants : moins d’un étudiant sur deux se considère en bonne santé mentale, trois sur cinq présentent une suspicion de détresse psychologique et 38 % envisagent d’arrêter leurs études en raison de leur mal-être.
Le constat du baromètre est donc clair : la santé mentale des étudiants est dans un état préoccupant. 60 % présentent des signes de détresse psychologique. Un taux largement supérieur à celui de la population générale (36 % selon l’étude Ipsos/Fondation Axa – avril 2024). « Stress constant, troubles du sommeil, perte de confiance en soi ou sentiment de ne rien valoir : les symptômes décrits traduisent une fragilisation profonde et durable. Ces signaux ne relèvent pas d’un malaise passager mais d’une véritable crise structurelle qui menace la réussite académique et l’avenir d’une génération » explique le baromètre.
Ce mal-être pèse d’ailleurs directement sur la capacité à poursuivre les études. En effet, 57 % des étudiants déclarent avoir du mal à tenir le rythme des cours et 52 % peinent à se concentrer. Conséquence directe : 38 % ont le sentiment que leurs études ne mènent à rien ou envisagent de tout arrêter pour des raisons de santé mentale. « Ces chiffres révèlent un risque de décrochage massif qui ne se résume pas à des parcours individuels interrompus : il annonce un déficit de compétences pour la société, un vivier de talents amoindri et une perte sèche pour l’économie nationale » prédisent les responsables de l’enquête.
54 % des élèves d’écoles d’ingénieurs estiment être en bonne santé mentale
Mais le baromètre met aussi en lumière des disparités entre les filières. De fait, les étudiants en Lettres, arts et sciences humaines sont les plus fragilisés : seuls 34 % se disent en bonne santé mentale et 67 % présentent une suspicion de détresse psychologique. Du côté des filières plus professionnalisantes, les chiffres s’éclairent légèrement. A titre d’exemple, 54 % des élèves d’écoles d’ingénieurs estiment être en bonne santé mentale, un chiffre qui monte à 65 % pour les étudiants de la filière hôtellerie-tourisme-loisirs.
C’est la faute aux études ?
Mais à quels facteurs peut-on attribuer cette détérioration de la santé mentale des étudiants ? Si les causes sont multiples, le baromètre pointe en premier lieu l’influence des études elles-mêmes.En effet, 68 % des étudiants interrogés redoutent leur avenir professionnel, 64 % les examens et 60 % les résultats. Sans oublier des contraintes financières lourdes (60 % citent leur situation économique comme un facteur d’anxiété), un climat sociétal anxiogène (36 %) ou la consommation excessive d’écrans, mentionnée par 38 % des étudiants. A cela s’ajoute l’influence des situations de violence : 43 % des étudiants déclarent avoir subi au moins une forme de violence (psychologique, harcèlement, bizutage, VSS etc.) au cours de leur scolarité dans le supérieur.
Parler de santé mentale, ça reste tabou
Au-delà des symptômes et des causes, le baromètre met en lumière un sentiment d’isolement massif. « Plus d’un tiers des étudiants considèrent que personne ne cherche à les aider, et 55 % n’auraient pas recours aux dispositifs proposés par leur établissement en cas de problème psychologique. Le tabou persiste, entretenu par la peur du jugement et le manque de visibilité des solutions existantes. Cette solitude nourrit le mal-être, le rend plus difficile à verbaliser et retarde la recherche d’aide. Le paradoxe est frappant : alors même que 64 % des étudiants savent que leurs établissements proposent des mesures de soutien, la moitié des étudiants ne saurait pas vers qui se tourner. Ce fossé entre l’offre et la demande traduit une crise de confiance qu’il est urgent de combler » expliquent les responsables du baromètre.
Mon psy est une IA
Cette solitude s’illustre donc aussi dans les dispositifs et outils spontanément utilisés par les étudiants en situation de souffrance psychologique. Selon le baromètre, 58 % des étudiants recourent ou ont l’intention de recourir aux outils d’IA en cas de problème de santé mentale. Une preuve supplémentaire de leur besoin d’accéder à des réponses rapides et anonymes, mais aussi de l’urgence qu’il y a à renforcer l’accès aux professionnels qualifiés et à redonner confiance dans les dispositifs existants.
Les pistes pour aller mieux
Des constats qui poussent le baromètre à formuler des recommandations concrètes. Aux établissements d’enseignement supérieur d’abord. « Il s’agit de faire de la santé mentale une priorité stratégique, de former leurs personnels, de rendre visibles et accessibles les dispositifs, d’alléger la charge académique et d’instaurer une tolérance zéro face aux violences. » Aux pouvoirs publics ensuite : « la prévention doit être intégrée dès le secondaire et la transition vers l’enseignement supérieur mieux accompagnée, notamment en première année, période où les étudiants sont particulièrement vulnérables. » Mais aussi, aux étudiants eux-mêmes.
Quelques actions quotidiennes pour préserver votre santé mentale
Aujourd’hui, 56 % des étudiants se sentent constamment plus tendus ou stressés, 52 % ont plus de mal à dormir à cause de leurs soucis, 47 % ont plus le sentiment de ne pas pouvoir surmonter leurs difficultés, 46 % se disent plus malheureux ou déprimés, 42 % déclarent avoir perdu plus confiance en eux et 33 % vont jusqu’à se considérer plus que d’ordinaire comme quelqu’un qui ne vaut rien. Des chiffres préoccupants qui ne sont pas pour autant synonymes de fatalité. Les responsables du baromètre recommandent ainsi aux étudiants d’adopter des routines simples et protectrices. Parmi elles : limiter les écrans et centrer leur utilisation sur une bonne sélection des sources (télécharger un seul réseau social au lieu de quatre, ou se fixer des temps hors connexion réalistes, par exemple), s’impliquer dans une activité collective ou verbaliser ses sources de stress (en tenant un journal, en échangeant avec des pairs ou un professionnel).
Au travail aussi, la santé mentale c’est capital
Des gestes simples qui pourront les aider à aborder leurs débuts professionnels sous de meilleurs auspices. Car au travail aussi, la santé mentale c’est capital. Le 14e Baromètre Empreinte Humaine / OpionionWay publié en avril 2025 atteste que si la santé psychologique des salariés français se stabilise, elle reste fragilisée. De fait, 45 % des salariés se déclarent en détresse psychologique (+3pts par rapport à juillet 2024).
Pour que ça ne vous arrive pas ou pour aider un copain que vous sentez en détresse psychologique, suivez les conseils que Noémie Guerrin, préventrice, consultante en santé mentale au travail & risques psychosociaux et autrice de Prenez soin de votre santé mentale au travail… et de celle des autres (Vuibert 2024), avait partagé dans nos colonnes en mai dernier.