Certaines écoles sont déjà très avancées sur le sujet ET travaillent en relation étroite avec des programmes de recherche nationaux et européens. Elles affichent une réelle volonté de promouvoir l’égalité, à l’image de Sciences Po.

 

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Hélène Perivier, directrice de PRESAGE, Programme de Recherche et d’Enseignement des SAvoirs sur le GEnre mis en place à Sciences Po, fait le point sur les actions.
« En 2010, j’ai proposé un programme pour mettre en avant des projets de recherche sur le genre – en histoire, juridique, sociologie… L’idée était de faire en sorte que ces chercheurs travaillent ensemble. Dès la 2e année, les étudiants de Sciences Po ont accès à 6 séminaires sur le genre en droit, sociologie, histoire, économie, lettres et sciences politiques. En masters, deux cours sont consacrés à la question. Le sujet est traité de manière transversale, ce qui est très enrichissant. »

 

Quid du projet européen EGERA, Effective Gender Equality in Research and the Academia ?
« C’est un projet de changement structurel dans la recherche : l’Europe finance des projets de ce type pour simuler des conditions de travail afin de promouvoir l’égalité et favoriser les recherches sur le genre. Tous les projets de recherche seront désormais conditionnés au fait que les organisations qui demandent des financements ont mis en place des missions, des actions sur l’égalité… Au sein du projet, Sciences Po, via PRESAGE, est coordinatrice d’une équipe de 8 institutions. On porte donc une réflexion sur notre organisation pour voir comment il serait possible de tendre vers l’égalité. Par exemple, nous avons mené une évaluation, avec l’aide d’une économiste, Anne Boring, des enseignant-e-s par les étudiant-e-s. Résultat : les enseignantes sont moins bien évaluées !  De même, il apparaît que les étudiantes sont investies dans les associations mais elles en sont rarement en charge… Nous avons mis en place une cellule de lutte contre le harcèlement aussi. Enfin, nous avons créé un poste Mission égalité. La direction est très sensibilisée sur le sujet et le porte avec sincérité. »Juste récompense de cet engagement fort : Sciences Po a d’ailleurs récemment été choisi par l’ONU de Sciences Po en France pour participer au programme mondial 10X10X10 HeForShe pour impliquer les hommes dans le développement de l’égalité et de la mixité !

 

Brigitte Grésy, Secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, vice-présidente de la commission Lutte contre les stéréotypes au Haut Conseil à l’Égalité entre les Hommes et les Femmes.
« Les stéréotypes ont la vie dure. Ils créent des effets en chaîne depuis la naissance, à l’école mais aussi dans tous les lieux de socialisation et in fine dans les lieux de travail.  Comment alors peut-on agir pour déconstruire les stéréotypes dès l’école ? Comment peut-on agir dans les entreprises pour former à l’égalité et accompagner l’ambition des femmes. La réalité est celle-ci : l’ambition n’a pas été construite de la même manière chez les garçons et chez les filles ! En conséquence, la situation des femmes sur le marché du travail est paradoxale : plus de 80 % des femmes de 25 à 49 ans travaillent et 2/3 des diplômés du 3e cycle sont des femmes ! Mais il demeure trois réserves très fortes : les femmes rentrent souvent à temps partiel sur le marché du travail, effectifs dont elles représentent d’ailleurs 80 % ; l’écart se creuse entre les femmes qualifiées et les femmes non-qualifiées qui s’enfoncent dans la précarité ; enfin, la parentalité reste toujours très bancale : les femmes gèrent 2/3 des tâches parentales. Si les femmes prennent conscience qu’elles n’ont pas appris comme les hommes à occuper l’espace public, alors elles se déculpabilisent et osent davantage. »
D’où votre conférence : « Pour en finir avec le leadership au féminin ! »
« Oui car cette idée qu’il existe un leadership féminin et un leadership masculin repose sur la notion de complémentarité. Or il n’existe qu’un seul leadership et c’est le même pour tous. Pour en finir avec ce genre de stéréotype, il faut intervenir dès les crèches, dans l’éducation, dans les médias, au sein des pouvoirs publics, dans le cercle familial, les entreprises… Ce n’est pas parce que les femmes et les hommes ne sont pas faits pareils qu’ils ne peuvent pas faire pareil dans le monde du travail. La binarité des compétences ou des qualités n’a pas de sens. Les compétences n’ont pas de sexe. L’égalité professionnelle reste un jeu de dupes. »

 

VC