Fondateur de AODocs, société américaine spécialisée dans la gestion documentaire et les données d’entreprise, dont les produits sont conçus et développés en Europe, Stéphan Donzé (X 96) observe depuis plus de dix ans les grandes mutations du numérique. Intelligence artificielle, gouvernance des données, cloud, ou encore souveraineté numérique : pour lui, l’accélération technologique actuelle change profondément la manière d’innover, d’entreprendre… et de penser le futur.
Pourquoi avoir construit une entreprise américaine avec une R&D européenne ?
Quand j’ai lancé AODocs, je voulais vendre, dès le départ, aux États-Unis. Beaucoup d’entreprises européennes commencent par leur marché local avant de penser au marché américain, souvent trop tard. Pour la R&D, en revanche, je voulais m’appuyer sur la qualité des ingénieurs européens. Les États-Unis forment d’excellents vendeurs et communicants, mais la formation scientifique et mathématique reste, selon moi, plus solide dans les écoles d’ingénieurs européennes. Nous avons finalement construit une entreprise capable de prendre le meilleur des deux mondes : le marché américain pour le business et l’Europe pour l’ingénierie et le produit.
Avec l’essor de l’IA générative, avez-vous le sentiment que nous vivons une transformation comparable à l’arrivée du cloud ?
Ces deux transformations sont en réalité très différentes. Le cloud permettait surtout de faire « comme avant », mais plus vite, moins cher et plus efficacement. L’IA, elle, change la nature même des produits. Elle rend possible des choses qui ne l’étaient pas auparavant. Le bon parallèle à faire avec l’IA, ce n’est pas le cloud : c’est la révolution industrielle ! Avant les machines, on était limités par la force physique humaine ou animale. Aujourd’hui, avec l’IA, on commence à dépasser certaines limites du cerveau humain. Avant, l’informatique exécutait simplement des instructions. Désormais, la machine peut comprendre un document, en extraire automatiquement des informations ou répondre à une question de manière autonome. Quand nous montrions certaines fonctionnalités à nos clients en 2023 ou 2024, je leur disais souvent : Si vous m’aviez demandé cela deux ans plus tôt, je vous aurais répondu que ce n’était pas possible. C’est ce qui rend cette révolution si différente : on ne parle plus seulement d’amélioration incrémentale, mais de nouvelles capacités.
Quel est aujourd’hui le principal enjeu autour de l’IA en entreprise ?
Beaucoup d’entreprises pensent encore que plus elles donnent d’informations à une IA, meilleurs seront les résultats. En réalité, un trop-plein d’informations peut devenir un problème, car l’IA répond toujours avec le même ton de confiance. Un chatbot peut donner une réponse avec assurance, même si elle provient d’un document ancien ou obsolète. Notre rôle consiste donc à garantir que l’IA travaille sur les bonnes données et uniquement sur les bonnes données.
Dans notre magazine en 2021, vous encouragiez les étudiants à « sortir de leur zone de confort chaque jour ». Est-ce toujours votre philosophie ?
Oui, mais je reformulerais probablement cette idée aujourd’hui. Avec l’accélération technologique actuelle, le véritable enjeu est surtout de remettre constamment en question ses hypothèses. Dans la tech, ce qui était vrai il y a six mois peut déjà être faux aujourd’hui. Une fonctionnalité que vous pensiez difficile à reproduire peut devenir accessible du jour au lendemain avec l’IA. Finalement, entreprendre aujourd’hui, c’est accepter de remettre en question en permanence ce que l’on croyait acquis.
« À l’X, j’ai appris à parler plusieurs langages » Ce qui m’a énormément servi avec Polytechnique, c’est l’aspect pluridisciplinaire. Très tôt, j’ai compris que pour parler efficacement avec un client, il fallait comprendre son métier. Ma formation me permet aujourd’hui de “parler métier” avec des acteurs issus d’industries très différentes, qu’il s’agisse de la banque, de l’aéronautique, de la chimie ou encore de la santé.

AODocs recrute
AODocs poursuit actuellement son développement sur plusieurs métiers liés à l’IA, à la R&D logicielle, mais aussi au marketing et aux ventes. L’entreprise recherche notamment des profils d’ingénieurs attirés par l’intelligence artificielle, la gouvernance des données et les technologies cloud.
Chiffres-clés : 250 collaborateurs / 50 millions € de CA
30Contact : stephane@aodocs.com