« Une grande école à vocation internationale »
Frank DebouckDirecteur de l’Ecole centrale  Lyon

 

Frank Debouck Directeur de l’Ecole centrale Lyon © ECL

Frank Debouck Directeur de l’Ecole centrale Lyon © ECL

De quelle façon allez-vous collaborer avec d’autres établissements dans le cadre de la réorganisation de l’enseignement supérieur ?
L’opportunité de participer pleinement à la construction de la grande université de Lyon est tout à fait passionnante : nous avons souhaité une université fédérale forte, respectant les spécificités de chacune des composantes. Notre école restera école avec son recrutement national et international, et gardera son agilité qui est un de ses principaux atouts. Lyon dispose d’incroyables atouts et la richesse de son enseignement en fait une des toutes premières places européennes. Notre visibilité à l’international, l’excellence de nos enseignements et de notre recherche bénéficieront ainsi d’un formidable booster. Rejoindre Lyon pour la poursuite de ses études doit faire partie des choix naturels pour tous les élèves quelle que soit leur origine.

 

Vous avez déclaré « L’ingénieur de demain sera de plus en plus ouvert sur le monde ». Que faites-vous pour intégrer cette dimension internationale ?
Le monde de l’emploi étant désormais mondial, 30 % de nos diplômés poursuivent leur cursus ou rejoignent le monde des salariés à l’étranger. Si un parcours national ne nécessite pas l’obtention d’un PhD, il en est tout autre dans de nombreux pays. A ce jour 14 % de nos jeunes ingénieurs poursuivent leurs études vers un doctorat, le chiffre de 20 % sera atteint d’ici 5 ans. Nous travaillons également sur un projet d’obtention du doctorat ou PhD par la valorisation des acquis de l’expérience (VAE) – de nombreux ingénieurs au parcours remarquable d’experts scientifiques de haut niveau peuvent en effet revendiquer ce titre. Sur nos 135 accords de partenariat conclus avec des établissements du monde entier, on compte déjà plus d’une soixantaine d’accords de doubles diplômes.

 

Quelles formes de partenariats développez-vous avec des établissements français et étrangers ?
Etre ingénieur aujourd’hui ne veut plus dire technicien spécialisé mais bien ingénieur généraliste capable d’imaginer des réponses à de nombreux problèmes complexes. La formation initiale que nous proposons doit être enrichie et ces extraordinaires années d’études doivent permettre de développer de nombreuses compétences. Nous multiplions les passerelles, nous mettons en commun nos différents regards au sein du formidable groupe des écoles centrales (Paris, Nantes, Lille Marseille et Lyon) et maintenant Pékin, Hyderabad et Casablanca. Nous proposons de nombreux doubles diplômes en France mais surtout à l’étranger, nous avons élaboré et réussi un improbable accord qui fonde le Collège des Hautes Etudes Lyon Science[s] (l’Ecole Normale Supérieure de Sciences Po Lyon, le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, VetAgro Sup et Centrale Lyon). Chacun de nos élèves peut ainsi suivre un des cours dans un autre établissement, nous accompagnons les labos juniors qui travaillent sur une thématique partagée… la fertilisation croisée ne fait que commencer.

 

Vous avez créé « Le Learning Lab » avec EMLyon pour avancer sur des nouvelles manières d’apprendre. Quelles autres innovations pédagogiques mettez-vous en place ?
La création du « learning lab » avec notre voisine et partenaire historique EMLyon est un affichage important pour nos deux écoles. Si le tout numérique n’est pas pour demain, l’importance de la rencontre et des échanges entre enseignants et élèves, mais aussi entre élèves, est fondamental. La vie sur un campus fait partie de nos outils de formation, mais les jeunes d’aujourd’hui sont plus ouverts, plus réactifs, plus numériques aussi et nos amphithéâtres ne répondent plus à leurs attentes. Nous innovons chaque année, nous enrichissons nos modes de formation, nous donnons plus d’autonomie et nous ouvrons de nouveaux espaces d’expression – et le learning lab est là pour nous accompagner. Un des grands projets que nous avons actuellement est le projet dénommé Archipel qui vise à restructurer l’ensemble de nos espaces afin de donner de nouveaux espaces à nos élèves de co-working, de favoriser la rencontre entre toutes les composantes de l’école et de rejoindre ainsi les meilleurs standards internationaux.

 

Quelles actions menez-vous en matière de recherche ?
L’excellence de notre recherche est un de nos grands atouts. Notre formation technique s’appuie sur six grands laboratoires de recherche labellisés CNRS. Nous sommes co-auteurs de plus de 250 publications par an et nous sommes internationalement reconnus. Nous valorisons notre recherche avec l’industrie et nous existons à l’international au sein de six laboratoires internationaux. Nous souhaitons une ingénierie forte de toutes les composantes du site et avons obtenus d’excellents résultats lors des derniers appels à projet du Plan d’Investissement d’Avenir. Une plateforme en bio-ingénierie est venue compléter nos équipements (Ingénierie du Vieillissement des Tissus Vivants) et le projet PHARE destiné au développement des machines tournantes nous positionne en toute première place en Europe et dans le monde.

 

La diversité constitue-t-elle un trait caractéristique de l’Ecole Centrale de Lyon ?
Notre statut permet d’offrir des études de grande qualité à nos élèves. Les frais d’inscriptions sont identiques à ceux de l’université et nous sommes fiers de cette disposition. Pouvoir poursuivre ses études supérieures quelle que soit son origine et ses moyens est un droit que nous défendons. Nous recherchons toujours plus de diversité, nous diversifions certains de nos recrutements et aucune minorité n’est exclue de notre système. Nous pouvons toujours et encore faire mieux et nous multiplions les initiatives. Nous avons effectué les travaux nécessaires pour accueillir toutes les formes de handicap, l’accessibilité de l’ensemble du campus est maintenant assurée. A noter que nous accueillons près de 25 % de filles – dont certaines retrouvent dans notre enseignement bio-ingénierie leur terrain de prédilection – et sur point là aussi nous visons un meilleur score.

 

Comment présentez-vous à vos élèves l’intérêt d’intégrer des PME-PMI et des ETI et de quelle façon développez-vous l’entrepreneuriat ?
Une proportion de plus en plus élevée de diplômés se dirige vers les PME et les ETI au sein desquelles ils bénéficient d’une grande liberté d’action. Nous organisons chaque année des journées avec les PME de la région. En matière d’entrepreneuriat, 5 % de nos élèves créent leur propre entreprise dans les cinq ans à la sortie de l’école. Nous développons l’esprit d’entreprendre et d’innovation, là aussi les initiatives sont nombreuses et nous espérons pouvoir offrir dès cette année 2015 l’accès à des incubateurs de la Silicon Valley. Nous espérons doubler dans les dix ans la proportion de nos diplômés se lançant dans l’aventure entrepreuriale que ce soit à la sortie de l’école ou après plusieurs années au sein de l’entreprise. Là aussi nos élèves ont du talent.

 

Quelle est votre vision stratégique globale pour l’avenir de l’école ?
Nous souhaitons occuper pleinement une place de premier rang en Europe, dans les sciences l’innovation et l’entrepreneuriat au cœur de la compétition mondiale. Je souhaite offrir le meilleur pour nos élèves, les accompagner dans leurs projets et leur donner tous les moyens pour envisager sereinement la réalisation de leur rêve. Notre exigence en termes de formation scientifique doit être le pendant de leurs exigences pour leur projet professionnel. Etre ingénieur demain et avoir bénéficié d’un étonnant et riche parcours impose des devoirs et je suis confiant en leurs capacités. En complément nous renforcerons encore l’apport des sciences humaines et sociales. Nos cafés Philo et nos cafés Ethique font salles combles, et je souhaite également que chercheurs et ingénieurs reviennent au premier plan du débat public.

 

Patrick Simon