Benoit Touzery, formateur en culture économique, juridique et managériale au sein du centre de formation Eduservices de Pigier Lyon, partage avec nous son expérience d’enseignant à distance et son ressenti sur la situation.

 

Comment se passe votre confinement ?

Après un mois de confinement apparaissent de nouveaux ressentis dont on ne se douterait pas en travail sédentaire. Ce fameux enfermement, que l’on aurait pu croire anxiogène, se révèle finalement source de challenge quotidien face à la question : « comment maintenir l’accompagnement en distanciel avec les étudiants après un mois d’isolement ? ». Il faut chaque jour se renouveler et faire preuve d’ingéniosité, d’innovation et d’humour face aux nouvelles problématiques telles que les petits soucis de connexion, de son, d’évaluation ou encore d’ouverture de fichiers partagés…

Comment ne pas perdre ce lien ?

Il est vrai que cette crainte était bien présente, avouons-le. Fort heureusement, les habitudes se créent et le contact résiste : celui-ci se consolide avec les groupes d’étudiants et se renforce entre collègues avec qui la communication n’a jamais été aussi sincère et bienveillante. Nous nous soutenons les uns les autres avec une conviction qui force le respect.

Que pensez-vous des cours à distance ?

L’aménagement des interventions a changé. Bien sûr, les classes virtuelles nécessitent toujours autant de préparation de cours. Mais, le passage inattendu au tout numérique, sur 100 % du temps d’intervention, démultiplie les heures de travail personnel à la maison. Il ne s’agit plus seulement de ne pas gêner son conjoint (qui d’ailleurs fait de son mieux pour ne pas envahir vos classes virtuelles !) mais plutôt « d’aller travailler sans aller au travail ». Le sas de transition vie personnelle / vie professionnelle n’est plus que symbolisé par une simple connexion / déconnexion en un clic.

Le + de cette méthode de travail ?

Les étudiants participent plus facilement, même les plus discrets se libèrent grâce à l’anonymat relatif qu’offre l’écran. Mais l’avantage le plus marquant reste l’anéantissement inattendu des frontières géographiques grâce à la classe virtuelle. Il n’y a jamais eu autant de proximité avec des étudiants, souvent dispersés, tous confinés, sur tout le territoire français et même à l’étranger. Pour l’anecdote, j’ai un étudiant qui suit mon cours tous les mardi matin depuis un hôtel au Cameroun !

Et le – ?

Mes interventions doivent passer de plus en plus par une animation accrue pour susciter et conserver l’attention de l’étudiant coincé chez lui, parfois dans des conditions difficiles et qui, pour autant, fait quand même l’effort d’être devant son ordinateur. Après plus d’un mois de confinement, la deuxième faiblesse de cette méthode de travail reste toujours la réduction notable des interactivités. Bien que les étudiants soient connectés, il n’est pas rare de n’avoir que 7 ou 8 qui sont réactifs et participent à l’oral. Pour les autres, la participation reste à mon grand regret seulement écrite et ponctuelle. Enfin, notons que les affres liées à l’écran d’ordinateur apparaissent. Après un mois, les yeux fatiguent et les troubles musculo-squelettiques se font ressentir. Heureusement, l’accompagnement passe aussi par la légèreté. Les traits d’humour restent un générateur exponentiel de convivialité dont les étudiants sont d’autant plus demandeurs en cette situation inédite qui les angoisse tant sur le plan sanitaire que sur le plan plus factuel de la réussite de leur examen.

Quelle est la valeur ajoutée de Pigier selon vous ? 

Les formations Pigier sont fondées sur trois caractéristiques qui trouvent encore plus leurs sens en cette période de confinement :

La proximité : nous, formateurs Pigier, restons malgré cet éloignement physique très proches de nos étudiants. Nous sommes disponibles par les voies de communication habituelles (mails…) mais aussi par de nouvelles plateformes comme Teams.

L’accompagnement : il est hors de question pour mes collègues et moi-même qu’un étudiant confiné se sente seul au sein de sa formation. Personnellement, j’ai décidé de réaliser depuis le début du confinement une courte vidéo de 4 minutes à destination de mes étudiants pour maintenir le lien.

L’innovation : la nouveauté et l’originalité, tant en matière de supports, de dispense de formations et de pédagogie restent notre préoccupation première. Il est très important de pouvoir s’adapter à la fois à la demande du marché du travail mais aussi à cette génération Y si différente, avec ses forces et ses faiblesses, afin de maximiser les effets de nos pédagogies.

Avez-vous des conseils à donner aux autres étudiants ou intervenants ?

Il y aura à n’en pas douter un avant et un après confinement. Les employeurs, jusqu’ici parfois frileux concernant le télétravail, découvrent sa faisabilité et l’implication des salariés dans cette nouvelle façon de travailler. Il en sera de même dans le paysage de l’apprentissage. L’utilisation a certes été « forcée » depuis un mois, mais se révèle être un nouvel outil de formation au même titre que le présentiel. J’incite donc employeurs, intervenants et étudiants à considérer le distanciel comme un dispositif d’accompagnement fiable. Lancez-vous !