Emanation de l’Institut Européen d’Innovation et de Technologie, InnoEnergy a pour mission d’investir dans des projets, startups et cursus pédagogiques dédiés à l’innovation énergétique. Juste… passionnant ! Rencontre avec Laurent Thibaudeau (Centrale Marseille 90, GEM 11), le Directeur de l’Innovation France d’InnoEnergy. – Par Jérôme Bourgine

 

 

Trois raisons qui rendent passionnant le fait de travailler pour InnoEnergy ?

Trois mots me viennent :

International, tout d’abord, puisque nous travaillons dans un environnement a minima européen : 6 pays étant directement impliqués dans notre collaboration et bien d’autres concernés.

Europe, ensuite. A un moment où se posent des questions sur son poids et son devenir, il est important de montrer que dans divers domaines la collaboration entre pays est un fait établi et fructueux.

L’Innovation enfin, notre mission. Un domaine exigeant, mais passionnant. Car ce ne sont pas là que des « arguments », c’est aussi ce qui nous anime, chaque matin, lorsque nous nous rendons au travail. Avec le sourire, donc.

® Claude Lepaire Paris

® Claude Lepaire Paris

Sur quoi travaillez-vous chez InnoEnergy, à Grenoble ?

Sur 8 champs thématiques différents, les plus importants étant le stockage de l’énergie, l’efficacité énergétique dans l’industrie et l’instrumentation nucléaire. Nucléaire, oui, car c’est aussi cela qui est passionnant – et assez unique : chaque pays arrive avec son histoire et sa culture énergétique particulière (la Pologne, par exemple, fonctionne encore essentiellement au charbon ; comment inventer du charbon propre ?…) et il s’agit de faire progresser tout le monde. Cela entraîne, naturellement, des confrontations, très enrichissantes lorsqu’elles sont dépassées. L’ensemble débouchant sur un mix qui n’est pas uniquement énergétique, mais également culturel ! Et ce, jusque dans nos manières de travailler. Raison pour laquelle nous recherchons des personnes large d’esprit.

Votre mission est d’être ‘‘la locomotive de l’innovation et de l’entreprenariat dans les énergies durables au niveau européen’’. Comment relève-t-on pareil défi ?

En s’appuyant sur 3 piliers majeurs : la technologie de pointe, l’éducation et l’entreprenariat. 3 grandes activités structurent notre travail : nous menons à bien des projets d’innovation proches de la commercialisation de nouveaux produits ; nous accélérons les startups innovantes, et nous créons enfin les formations nécessaires (masters, MOOCs, modules d’e-learning) indispensables pour nourrir les cerveaux qui voudront à leur tour s’emparer de ces questions… C’est ce que nous appelons le triangle de la connaissance : les projets deviennent des startups, les étudiants doctorants sont financés pour travailler sur des innovations concrètes qui pourront être mises rapidement sur le marché, etc.

© utopikphoto

© utopikphoto

Vous avez maintenant 6 années de pratique. Pour quels résultats ?

70 projets innovants, 130 startups et au moins autant de produits qui en sortent ou en sortiront prochainement. Ces résultats tangibles, nous les présentons chaque année , dans le cadre de l’évènement appelé « Business Booster » (cette année à Barcelone) où nous allons à la rencontre d’industriels et clients potentiels. Enfin, côté éducation, plusieurs centaines d’étudiants sont passés par nos masters.

Nous allions justement vous demander quels types de nouveaux cursus vous mettiez au point…

7 masters sont déjà estampillés InnoEnergy, au sein desquels, outre l’aspect purement technologique, nous avons incorporé les doses de soft skills aujourd’hui indispensables pour évoluer dans nos domaines, ainsi qu’une ouverture sur l’économie et l’entreprenariat. Nous avons également conçu des MOOCs et des modules d’e-learning accessibles sur notre site www.ise.innoenergy.com (ISE pour Institut of Sustainable Energy) et, dernièrement, en partenariat avec l’X et HEC, nous avons créé une formation intitulée « entrepreneurship in renewable energy ».

 

Vous avez travaillé pour les plus grands : CERN, Thales, Atmel, CEA… Et continuez de travailler avec eux. Mais quelle valeur ajoutée y a-t-il à travailler pour un institut collaboratif oeuvrant pour l’intérêt général ?

Outre cette valeur intrinsèque forte fondant la mission d’InnoEnergy, les atouts, à mes yeux étaient multiples. D’abord celui de rejoindre cette aventure pratiquement à son point de départ, quand nous n’étions nousmêmes qu’une startup. Ensuite, pour moi qui ai la double expérience expertise technologique (j’ai commencé dans la recherche) + fonction marketing (que j’ai exercé des années durant), mettre à contribution les deux à la fois représentait une opportunité formidable. Arriver à mettre sur le marché, qui plus est dans un domaine de pointe comme les énergies, des innovations technologiques qu’on a transformé en autant de produits et startups pérennes, c’est tout simplement l’idéal. Sans oublier que même si nous avons conservé notre esprit startup côté ambiance de travail, nous n’oublions pas que nous sommes une vraie entreprise, dont le but est de devenir rapidement profitable, pour pouvoir financer nos futurs travaux, nos gains étant réinjectés dans la machine.

 

Pouvez-vous nous citer une pratique ou un évènement révélateur de l’ambiance qui règne au sein de votre entreprise ?

Quand vous travaillez dans 6 pays avec des cultures différentes, pour que vos belles idées deviennent autant de vrais produits rencontrant (pour certains au moins) le succès, il faut de la motivation individuelle, mais également de la collaboration et un peu d’intelligence collective. Mais lorsque les innovations commercialisées deviennent nombreuses, il devient difficile d’être au courant de tout et de s’approprier ces succès. C’est pourquoi, chaque vendredi, les porteurs d’innovations viennent présenter leur business : quels produits, quels marchés visés et, également, quelle collaboration serait la bienvenue dans le but de booster les ventes. Ainsi, chacun est au courant de tout ce qui se fait, et se trouve en mesure, le cas échant, d’apporter sa pierre à l’édifice.

Vous êtes principalement partenaires d’universités et d’écoles du Sud-Est de la France ?

Nous l’étions, parce que nous sommes implantés à Grenoble et avions commencé par regarder autour de nous. Mais aujourd’hui, l’ENSTA ParisTech, CentraleSupélec, Mines Nantes et plus récemment Polytechnique ou encore le Politecnico di Torino sont des partenaires actifs. HEC Paris s’est également joint à nous pour la formation « Entrepreneurship in Renewable Energy »

 

FORMATION…
Vous avez choisi Grenoble pour votre Master spécialisé en 2010. Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose apprise en retournant sur les bancs de l’école ?
Que l’on n’a jamais fini d’apprendre. J’y ai trouvé les outils indispensables à ma réorientation professionnelle et, dans le même temps, cela a été pour moi extrêmement rafraîchissant de lever la tête du guidon et de discuter avec des personnes plus jeunes qui n’étaient pas encore « contaminées » par ces sortes d’automatismes de pensée contractés à force d’oeuvrer dans le cadre unique de l’entreprise. J’ai beaucoup aimé cela.

 

SECRET DE DIRIGEANT
A quelle occasion avezvous eu l’impression de comprendre quelque chose de capital concernant la vie professionnelle et qu’était-ce ?
Si je me suis engagé dans ce cursus spécialisé en 2010, c’est parce que je souhaitais me réorienter professionnellement ; j’avais, de fait, très envie de travailler dans les énergies. Une décision importante quand on possède déjà une expertise dans un autre domaine. Mais la leçon apprise valait le coup : tout est possible dans une carrière si l’on s’en donne les moyens (j’ai démissionné), si l’on ose (je n’avais aucune idée de ce dont serait fait mon avenir) et si l’on choisit avec soin ses outils pédagogiques (la bonne école, le bon cursus).

 

Contact : france@innoenergy.com