© Alan Keromnes

© Alan Keromnes

Les contradictions de l’ère industrielle et écologique
Le réchauffement climatique et les problèmes environnementaux sont pratiquement toujours vus sous l’angle anxiogène de la limitation du confort, des libertés, et des catastrophes à venir. Le réflexe inquisiteur écologique se manifeste alors par l’appui aux politiques de restriction de l’exploitation des ressources, la défense du statu quo des milieux naturels, la mise à l’index des plus gros consommateurs énergétiques et par voie de conséquence de la plupart des grands acteurs é conomiques. A c e p remier r éflexe n aturel et légitime s’oppose alors la contrainte économique et se développe alors la schizophrénie généralisée de la société, qui se retrouve même au niveau le plus intime faisant de chacun de nous des consommateurs coupables lorsque nos usages et notre confort sont mis en jeu et des défenseurs de l’environnement vertueux lorsque nous dénonçons les excès de l’industrie et de la société de consommation.

 

Thérapie de groupe
A tous les niveaux on peut faire le constat de la nécessité de sortir de la vision manichéenne d’un monde où les méchants industriels détruiraient l’environnement des gentils citoyens. Chaque consommateur devrait être un acheteur responsable qui, en bon citoyen, privilégie les produits et les services le plus à même de garantir la pérennité de son environnement et de son modèle social au détriment de ceux juste moins chers ou mieux « publi-cités ». Par exemple, ne devrait-on pas se réjouir de l’augmentation du prix du pétrole ? Le consommateur obtus s’en offusque car le prix de sa mobilité s’en voit affecté, mais le citoyen devrait s’en féliciter car quel meilleur moteur pour l’apparition et la généralisation de modes alternatifs de propulsion et de transport ? Avez-vous remarqué que la consommation d’une voiture n’est un argument de vente que dans les pays où le combustible est cher ?
La prise de conscience de plus en plus grande de la nécessité de modérer les émissions de gaz à effet de serre et l’exploitation des ressources naturelles est de fait, une formidable opportunité pour les ingénieurs. La recherche en propulsion par exemple s’est exclusivement concentrée sur la quête de vitesse depuis l’apparition des moteurs thermiques ou électriques au 19è siècle. Ce n’est qu’avec les premiers chocs pétroliers que l’on voit la consommation énergétique des moteurs diminuer à la fin du 20è ! Or faire un gros moteur puissant sera toujours plus facile que d’en faire un qui consomme peu, c’est surtout là qu’il faut du génie. Innover dans les domaines de l’efficacité énergétique, ou de la réduction de l’empreinte écologique, ouvre des champs d’action passionnants et ouverts aux ingénieurs de demain.

 

Ingénieur ou rien
La solution pour un monde où le confort et l’allongement de la vie restent le moteur du progrès sans détruire pour autant l’environnement est dans les mains des futurs ingénieurs. C’est bien dans ces problématiques que la science de l’ingénieur trouve toute sa noblesse et sa vocation sociale. Offrir des produits et des services de plus en plus sophistiqués e n n’allant puiser que sur les ressources recyclées ou renouvelables; voilà un vrai défi d’ingénieur. Et voilà un défi que seuls les ingénieurs pourront relever, avec l’aide des consommateurs. Mais des ingénieurs peutêtre sortis d’un moule légèrement différent : à la passion des voitures, trains, avions, fusées, ponts et gros bateaux il faudrait ajouter la passion de l’empreinte minimale ; défi technologique tout autant que sociétal. Mais ne sauve-t-on pas plus de vies en épargnant des millions de consommateurs d’un produit toxique car mal conçu que dans une vie entière de médecin ? Quelles nouvelles vocations doivent animer les ingénieurs pour que la société de la transition énergétique et de la croissance verte soit une perspective réelle et non seulement une nécessité constatée par tous ? Ingénieures, ingénieurs, l’avenir dépend de vous; transition énergétique et croissance verte sont les nécessités du futur monde, et un monde d’opportunités pour vous.

 

Par Luis Le Moyne,
Directeur de l’ISAT

 

Contact : luis-le.moyne@u-bourgogne.fr