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Grand Témoin : Isabelle Kocher de Leyritz, ex-directrice générale d’ENGIE et présidente des Entretiens de l’Excellence

Isabelle Kocher de Leyritz ENGIE Les Entretiens de l’Excellence

Elle est la figure de la transition d’ENGIE vers l’énergie carbone. De 2016 à 2020, Isabelle Kocher de Leyritz a été Directrice générale du géant français de l’énergie et l’une des premières (et des seules !) femmes à la tête d’une entreprise du CAC 40. Diplômée de l’Ecole normale supérieure Ulm, agrégée de physique et ingénieur du Corps des Mines, passée par Suez et les cabinets ministériels…  La top manager a derrière elle un parcours impressionnant. Forte de cette carrière, elle met aujourd’hui son expérience au service des Entretiens de L’Excellence et des jeunes pour les guider dans leur orientation professionnelle. Rencontre. – Marine Delcros

Vous êtes présidente de l’association Les Entretiens de l’Excellence. Parlez-nous en.

C’est une initiative qui met en relation deux communautés : celle des lycéens d’un côté et des professionnels de l’autre. Le but est de les faire échanger lors de forums, dans des amphithéâtres d’universités ou de grandes écoles, pour essayer d’aider ces jeunes à toucher du doigt ce qu’est réellement la vie professionnelle dans tout type d’entreprises et de secteurs. Nous travaillons avec 1 200 lycées en France (donc une grande partie des établissements français), mais avec un effort tout particulier dans les zones d’éducation prioritaire ou rurales.

Le but de ces rencontres ?

Provoquer un déclic ! Nous voulons qu’ils ressortent de ces échanges en se disant : « Le monde des études supérieures est fait pour moi ». Il y a parfois une inquiétude vis-à-vis des universités et des grandes écoles. Il faut démystifier le sujet et leur donner l’ambition de l’initiative. Et ça marche, puisque la plupart recommandent à leurs amis de participer à leur tour !

Pourquoi vous êtes-vous engagée dans cette association ?

D’abord, je suis toujours interpelée par ce paradoxe : un quart des jeunes sont sans emploi ou dans un emploi précaire alors que de nombreuses entreprises n’arrivent pas à recruter. Ensuite, accompagner les jeunes vers leurs projets de vie est une envie de longue date. En tant que chef d’entreprise, j’ai mené plusieurs initiatives auprès des jeunes. Je crois aussi énormément à l’apprentissage. Chez ENGIE nous l’avons développé à grande échelle et j’ai contribué à faire de l’entreprise celle avec le plus d’apprentis et de très loin. Nous avions jusqu’à 10 % d’apprentis dans les équipes avec un système organisé de binômat. Les collaborateurs étaient très enthousiastes. Transmettre est quelque chose de magnifique.

A votre avis, que faudrait-il faire davantage ou mieux pour garantir une égalité des élèves devant l’éducation en France ?

J’ai la conviction que l’orientation n’est pas un sujet qui concerne uniquement l’Education nationale, mais est un vrai sujet de société. Il faut faire partager aux jeunes l’envie de s’inscrire dans le monde professionnel, de s’engager pour des entreprises, l’Etat, les collectivités locales… Aux Entretiens de l’Excellence nous sommes convaincus que l’information est primordiale. Or, il y a une vraie inégalité entre les élèves sur le sujet. Avec Internet, on trouve des informations en abondance, mais sans âme, pas adaptées en termes de discours pour les jeunes. Nous avons d’ailleurs fait des propositions dans ce sens dans le cadre des élections présidentielles : faire se rencontrer toutes les excellences en organisant des rencontres entre les filières  générales et professionnelles par l’immersion, créer une fête de l‘orientation à l’échelle nationale ou encore encourager le goût de l’orientation active grâce à des challenges à l’échelle régionale ou nationale.

Suez, ENGIE… Vous êtes passée par les plus grandes entreprises d’ingénierie française : quel est le fil rouge de votre carrière ?

Le secteur de l’eau et de l’énergie sont passionnants car au cœur des problématiques actuelles, sur le climat notamment. Je suis une amoureuse de l’entreprise, c’est un lieu extraordinaire, un lieu de création où on invente le futur. J’ai toujours eu le goût d’entreprendre et de m’engager pour que les choses changent. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de chance dans ma vie professionnelle car j’ai touché du doigt ce qu’est une transition. J’ai pu, chez ENGIE, impulser et guider cette transition. ENGIE est un groupe formidable qui a remis en cause son modèle industriel pour devenir le leader de la transition énergétique. En quatre ans à la tête du groupe, nous avons réduit par deux nos émissions de carbone, tout en ne sacrifiant pas une juste rémunération des moyens investis.

Justement, quelles leçons tirez-vous de vos années de directrice générale d’ENGIE ?

Cette expérience est venue alimenter en moi une vraie conviction : l’entreprise peut être un levier absolument majeur dans les transitions en cours. Les citoyens attendent beaucoup de l’entreprise et ils ont raison. C’est ensuite une aventure collective qui m’a extraordinairement marquée : je suis fière de voir que la transition impulsée chez ENGIE a reçu un soutien incroyable de la part des équipes.

Et en matière de leadership ?

On a parfois une image d’Epinal du patron qui décide seul. Mais ce n’est absolument pas le cas, surtout quand on porte un virage dans l’entreprise. Un leader est là pour façonner une organisation à l’image du projet, réguler constamment et réaffirmer le cap. Il faut être très modeste et prêt à reconnaître ses erreurs.

Vous avez longtemps été citée comme la seule femme à la tête d’un groupe du CAC 40. Est-ce pour vous une fierté ou un regret de voir que les choses n’avancent pas assez vite sur le champ de la parité dans les plus hautes instances ?

Le regard n’est pas habitué à voir une femme à la tête d‘une grande organisation. J’ai probablement contribué à ce qu’on s’y habitue un peu ! Si j’ai pu déblayer le terrain pour les suivantes j’en suis très fière. Je suis ces questions de près et j’aide comme je peux.

De quelle manière votre formation aux Mines a-t-elle contribué à faire de vous la dirigeante d’entreprise que vous êtes devenue ?

J’ai un souvenir mythique de cette formation. Après une formation théorique en physique à l’ENS Ulm que j’ai adorée, mon passage aux Mines a été très formateur, car c’est une formation extrêmement ouverte. Je suis quelqu’un de curieux par nature et l’école l’a largement nourri. Il y avait une vraie ouverture d’esprit, une variété d’enseignements et des stages multiples.

SI vous deviez définir l’esprit Mines ?

C’est une école qui invite à l’engagement, qui ne forme pas des gens qui considèrent que le monde est à eux mais des personnes qui, au contraire, s’engagent et se questionnent. Une formation qui est très ajustée au besoin de leadership d’aujourd’hui.

C’est-à-dire ?

Je ne crois pas que nous nous sortirons des multiples crises que nous traversons par la technologie. On va s’en sortir grâce à l’humain, grâce au leadership, à la capacité d’entreprendre, à l’engagement. Aujourd’hui un leader a besoin de beaucoup d’ouverture d’esprit, il doit comprendre le monde, avoir une vision large, car n’importe quelle activité a un effet papillon. Le leader de demain doit être magnanime au sens « avoir une grande âme », voir grand et être humble. C’est un alliage qui peut paraître paradoxale mais l’école alimente ces deux aspects. Je trouve que les jeunes qui sortent des Mines sont bien équipés pour aborder leur vie.

Pour conclure, quel conseil donneriez-vous aux jeunes ?

Je les encourage à passer des concours, à repousser leurs limites et leurs capacités. Il y a plein de domaines passionnants, pas uniquement dans les écoles d’ingénieurs d’ailleurs. Je les encourage à être ambitieux, mais dans le bon sens du terme car le nombre de talents que l’on ne développe pas est invraisemblable ! Il faut essayer, tester au maximum pour progressivement découvrir son talent. Tout le monde en a un et toutes les formes d’excellence sont importantes.

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