Le pôle d’excellence économique lillois dédié aux TIC accompagne le développement des entrepreneurs du numérique grâce à une méthodologie et un savoir-faire uniques. Explications de Raouti Chehih (Université Lille 1 S&T, Stanford University), son Directeur Général. – Par Bertrand Bourgine

 

 

Comment EuraTech a réussi à devenir le plus gros incubateur d’Europe et le 1er accélérateur de startups en France ?

Il n’y a pas de recette miracle, cela a été essentiellement de l’itération et beaucoup d’ambition, d’énergie et de talents. A la fin des années 90 et début 2000, il a d’abord fallu fédérer les acteurs locaux (écoles, universités, grandes entreprises, investisseurs, pouvoirs publics) autour d’une ambition commune : faire bouger la région de ses industries traditionnelles vers le numérique. Cela s’est symbolisé puis matérialisé de 2006 à 2011 avec l’installation du parc d’activités technologiques autour du bâtiment central Le Blan- Lafont, une ancienne filature qui avait perdu 4 000 emplois en 1989. Depuis 7 ans, nous avons réussi à créer cet écosystème avec la mise en place d’un programme d’incubation et d’accélération pour accompagner les entreprises vers le succès. Le fait d’avoir commencé avant tout le monde nous permet d’être plus mature afin d’attirer les jeunes talents, les créateurs et les capitaux.

Patio du batîment Le Blan-Lafont @ Renaud Waillez

Patio du batîment Le Blan-Lafont @ Renaud Waillez

Quels sont vos autres atouts ?

L’un des éléments concrets de réussite, c’est la clarté de notre proposition de valeur qui s’articule autour de quatre blocs de services innovants :
•Think, notre académie et « usine » à inciter et orienter les initiatives en matière d’innovation et d’entrepreneuriat
• Start, notre programme d’incubation (80 jours pour faire naitre un produit minimum viable)
• Scale, un programme d’accélération en 3 x 3 mois dédié au scale up
• Grow, un programme d’accompagnement à maturation plus lente sur 5 ans

« Ce qui a du sens, c’est de savoir passer du virtuel au réel ! »

 

Et votre stratégie de développement ?

L’enjeu est d’augmenter la base de la pyramide, avec un essaimage régional, voire national puis international, pour aller chercher le plus de projets pérennes, notamment sur le volet « go to market ». Nous allons aussi verticaliser notre approche sur de nouveaux secteurs de l’économie numérique comme l’insurtech, la fintech, la foodtech, etc.

Parvis du batîment @ Astier Frederik

Parvis du batîment @ Astier Frederik

Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Mes parents émigrés algériens, qui avaient des capacités pour apprendre, ont toujours souffert de ne pas avoir été à l’école. Frustrés de ce manque d’opportunités, ils ont toujours poussé leurs 11 enfants à étudier. L’école, c’était le mot d’ordre qui revenait tous les matins. Ils avaient compris que les études étaient la clé pour s’intégrer en France et franchir l’étape d’après. Avec le peu d’ingrédients dont nous disposions, ils nous ont demandé de faire la meilleure salade possible. Ma colonne vertébrale dans la vie, c’est l’éducation qui est un vrai sujet de fond : comment transmettre, comment amener les gens à, comment changer le cours de sa vie grâce au savoir? Le numérique n’est pas une fin en soi mais un outil pour comprendre et interagir, accélérer les relations entre les gens, favoriser les bonnes initiatives, permettre l’accès à la culture,

 

Une startup emblématique d’EuraTech ?
Je constate qu’avoir fait une grande école offre plus d’opportunités et de chance dans la vie. Je me dis qu’on doit pouvoir faire autrement et amener des gens qui n’ont pas cette filiation à réussir et entreprendre dans la vie. C’est le cas pour Way Konect, une jeune pousse qui vient de remporter le Tour de France Digitale cet été. Outre leur activité dans la voiture connectée, c’est surtout le parcours et le profil de ces entrepreneurs que je trouve remarquables. A l’image de leur cofondateur et COO, qui était responsable de rayon chez Decathlon en 2014, les 4 fondateurs n’avaient pas forcément le bon pedigree. Beaucoup d’incubateurs ne les auraient pas sélectionnés. Nous, oui, car il y avait dans leur projet, dans leur équipe, la volonté d’outrepasser et de construire quelque chose. Ils sont sur le chemin et n’ont pas encore réussi. Pour moi, c’est un vrai modèle de résilience, d’auto-persuasion pour atteindre les objectifs que l’on s’est fixé.

 

CHIFFRES CLÉS
150 entreprises hébergées
200 entreprises et 4 000 emplois créés
60 startups accompagnées par an
100 projets incubés par an
110 M de levée de fonds sur les 4 dernières années
500 évènements et 60 000 visiteurs par an
5 bureaux internationaux (New York, San Francisco, Shanghaï, Dubaï, Belo Horizonte)

 

Contact : www.euratechnologies.com/emploi