Christine Balagué, sociologue du numérique, titulaire de la Chaire Réseaux sociaux et objets connectés à Télécom École de Management, nous explique que le monde n’est pas prêt au tout numérique. Il faut néanmoins rester vigilant face à certaines technologies. Par Maximilien Arengi

 

Une société hypra-connectée

Selon Christine Balagué, titulaire de la Chaire Résaux Sociaux et objets connectés à Télécom Ecole de Management, il y a un vrai risque dans les objets connectés : « Je travaille beaucoup sur ces sujets. Tout objet est potentiellement connectable : de la montre à la pompe à insuline. On va vers une société où tout devient hypra-connectée. Le défi c’est de savoir si les objets de santé sont fiables, si les mesures sont bonnes. Il y a également le défi de la sécurité. Aujourd’hui, le réfrigérateur connecté est la porte d’entrée vers votre ordinateur, votre login et votre mot de passe. »

 

Une vie entièrement dictée par les algorithmes ?

Les algorithmes peuvent aussi représenter un danger, car ces programmes informatiques peuvent être amenés à guider notre vie. La sociologue nous explique : « Dans une société ultra-connectée, notre vie est de plus en plus orientée par des algorithmes et cela peut présenter un danger. C’est le prochain débat en France, car il y a des risques d’être dépendant des algorithmes. » De plus, il n’y a pas de transparence et on peut se poser la question de la discrimination. « Par exemple, dans le domaine des assurances, les prix ne peuvent pas être différents selon le genre, mais on peut tout à fait exploiter les données des réseaux sociaux pour donner son genre et utiliser ces informations pour discriminer les prix selon le proxy du genre. Il y a également la question de l’impact sociétal sur les opinions qui a été un débat après les élections américaines. »

« Le problème est qu’on ne contrôle pas la manière dont les algorithmes formatent les informations qu’on voit tous les jours. Axelle Lemaire a mis en place Transalgo, une plateforme qui permet aux chercheurs de développer des technologies pour vérifier si les algorithmes respectent un certain nombre de critères éthiques. Je travaille aussi sur ces questions-là à la Commission de réflexion sur l’Éthique de la Recherche en sciences et technologies du Numérique d’Allistene. »

 

Demain, tout numérique ?

Christine Balagué ne se dit pas inquiète : « Nous ne sommes pas dans le tout technologique. Si un certain nombre de robots automatisent des tâches, par exemple le e-commerce s’appuie sur de nombreux modèles hybrides, mettant en jeu tant de l’humain que du numérique. » Pour la sociologue, notre rapport au numérique est lié au stade de l’évolution de notre société. « Nous sommes dans une ère où la majorité des gens se sont appropriés un certain nombre d’usages. Approprié, c’est lorsque les usages sont constants et quotidiens, comme pour l’utilisation du mobile. L’apprentissage de technologies nouvelles et de services nouveaux restera facile, car nous sommes sans cesse en phase d’apprentissage. »

 

Quelle est la valeur ajoutée des nouvelles technologies ?

Christine Balagué se pose la question de la valeur apportée aux individus par les nouvelles technologies : « Au sein de la Chaire, nous étudions l’expérience utilisateur et les usages sur les objets connectés. Il y a une déconnexion entre les promesses des fabricants des objets connectés et les usages. Les individus utilisent les objets connectés d’une manière qui n’est pas celle qui est prescrite, ils ont leur propre utilisation. Il ne faut plus penser cas d’usage lors du développement des technologies, mais mesure de l’expérience utilisateur. Beaucoup de grands groupes vendent des objets connectés, mais quand on mesure l’usage le marché n’est pas là, car on oublie de penser au consommateur. »

 

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