Alliant la rigueur des bâtisseurs et la créativité des Maisons de luxe, Sidney Toledano (Centrale Paris 76) a été à la tête de Christian Dior pendant plus de deux décennies. Il a accompagné plusieurs générations de créateurs et contribué à transformer la Maison. Un mindset qu’il poursuit aujourd’hui en tant que conseiller spécial de Bernard Arnault.
Quelles ont été les étapes structurantes de votre parcours dans le luxe ?
Je le dois d’abord à l’éducation que j’ai reçue. J’ai grandi à Casablanca dans un environnement où l’élégance faisait partie du quotidien. Mon père avait un instinct très sûr pour le style mais surtout, une grande simplicité. Ces valeurs de respect et de modestie me sont restées. Ma carrière est aussi faite de rencontres et de moments charnières. Après dix ans chez Lancel que nous avions fortement développée et internationalisée, un de mes amis dans le Groupe m’a suggéré de rencontrer Bernard Arnault. L’entrevue a été très rapide. Il m’a parlé de Dior et j’ai immédiatement senti que c’était le moment d’écouter mon instinct et d’accepter de changer de route.

Depuis plus de trente ans au sein de LVMH, que retenez-vous de votre collaboration avec Bernard Arnault justement ?
Travailler avec Bernard Arnault, c’est d’abord comprendre ce qu’est un véritable entrepreneur. Il possède un instinct exceptionnel et une exigence d’exécution qui tirent toute l’organisation vers le haut. Il montre le cap et il sait surtout choisir les bonnes équipes : dirigeants, créateurs, profils capables de faire progresser les Maisons. Pendant des années, nous avions des rendez-vous réguliers sur le terrain. C’est là que j’ai appris le métier. À ses côtés, j’ai compris qu’un dirigeant doit transmettre, qu’un patron qui garde son expérience pour lui ne sert pas à grand-chose. Ma plus grande fierté aujourd’hui ? Avoir contribué à faire émerger des dirigeants qui ont ensuite pris la tête d’organisations importantes.
Diriger une Maison comme Dior, c’est forcément une grande fierté ?
Absolument. Mais c’est d’abord accepter une évidence : rien ne vous appartient. Le vrai propriétaire d’une marque, c’est le client. Notre rôle consiste à faire fonctionner ensemble tous les éléments de la Maison : la création, les ateliers, la production, les boutiques, l’expérience client. C’est un travail d’orchestration permanent. Je me souviens très bien de la première fois où j’ai poussé la porte de Dior, en 1994. Il y avait énormément de choses à reconstruire : développer la maroquinerie, structurer le réseau de boutiques, redonner de la cohérence à l’offre. Le chantier était immense. Dans ce métier, il faut avancer comme en montagne : choisir le bon chemin pour progresser sans s’épuiser.
Lorsqu’un jeune diplômé frappe à la porte du luxe, quels signes vous font dire qu’il a du potentiel ?
Avant tout : la passion du produit. Travailler dans la mode sans aimer les produits, ça ne fonctionne pas. C’est comme vouloir travailler dans l’automobile sans aimer les voitures ! C’est pour cela que je dis souvent aux jeunes : intéressez-vous d’abord à l’objet, aux matières, aux coupes, au savoir-faire. Ensuite, il faut être curieux et accepter de travailler beaucoup. Les métiers du luxe sont des métiers exigeants. Ceux qui y réussissent sont ceux qui gardent cette curiosité et cette énergie sur la durée.
Etre formé à Centrale, c’est un plus pour faire carrière dans le luxe ?
Centrale m’a avant tout apporté une ouverture intellectuelle et humaine. Dans ma promotion, nous venions d’horizons très différents et l’école favorisait cette diversité de profils et d’expériences. J’y ai rencontré des personnes passionnantes et des enseignants de très haut niveau, qui nous poussaient à réfléchir et à nous dépasser. Cette formation m’a appris à structurer ma pensée et à rechercher l’excellence dans ce que l’on entreprend. Mais elle m’a aussi donné le goût de l’ouverture : voyager, découvrir d’autres cultures, rencontrer des personnes très différentes.
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