AU NOMBRE DES MULTIPLES RÉVOLUTIONS APPORTÉES PAR L’ACTUELLE MUTATION NUMÉRIQUE, CELLE DU BIG DATA EST L’UNE DES PLUS CONSIDÉRABLES. PAS UN SECTEUR D’ACTIVITÉS QUI NE SOIT BOULEVERSÉ PAR UNE « DATA SCIENCE » QUI GÉNÈRE, LOGIQUEMENT, NOUVELLES FORMATIONS ET NOUVEAUX MÉTIERS. APERÇU…

 

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L’humanité produit aujourd’hui en deux jours autant de données qu’elle ne l’a fait entre son commencement et… l’an 2000 ! Données stockées dans la sphère virtuelle qui – pour peu qu’on sache les faire parler – nous disent tout sur… tout. Des moindre faits et gestes d’un individu connecté en continu à la marche des continents. Résultat : l’avenir appartient à ceux qui sauront utiliser cette manne. Or, tel est précisément l’objectif de la data science, nouvelle discipline « nécessitant de maîtriser un corpus de connaissances et de savoir-faire interfaçant plusieurs disciplines », explique Stéphan Clémençon, créateur à l’institut Mines Télécom* du premier cursus dédié (2013). Concocté à base de statistiques, informatique, économie de la création de valeur et… droit, cet enseignement a pour but d’extraire de la masse de données brutes des informations chiffrées suffisamment explicites pour orienter les décisions des managers. « Dans tous les services : marketing, ventes, logistique… ET toutes les professions : de la médecine aux transports en passant par l’énergie et les services, reprend Stéphan Clémençon. D’où le succès rencontré auprès des étudiants comme des managers qui, voyant leur métier changer, s’inscrivent en masse dans les mastères dédiés.» (voir encadré)

 

Ruée vers l’or virtuel
Ayant fait la preuve de son impact sur la profitabilité des entreprises, la data science se développe vite, s’organisant en véritable filière professionnelle : data analyst, data ingénieur et chief data officer, une fonction qui gagne peu à peu les grandes entreprises et que Fabrice Otano fut l’un des tout premiers à occuper en France, chez Accor. « Ce poste est une fusée à trois étages. Dans le premier, vous produisez des analyses de plus en plus complexes et prédictives. Dans le second, vous recrutez des data scientists et les formez aux besoins spécifiques de l’entreprise ; au troisième, vous déployez cette nouvelle ‘‘culture data’’ au sein de l’encadrement. Sans négliger les aspects réglementaires liés à la CNIL ». Quelles qualités requièrent cette nouvelle Voie Royale ?… « Une aptitude aux mathématiques probabilistes, un brin de programmation, du goût pour la création d’applications s’interfaçant avec les différents métiers et une réelle aptitude à travailler de manière collaborative » verdicte Stéphane Clémençon.

 

L’arroseur arrosé !
Rançon paradoxale du succès : impossible de trouver des data fiables concernant… le marché de la data ! Au regard des chiffres de l’APEC, on en viendrait même à douter de la réalité de cette nouvelle filière : « Nous avons reçu moins de 650 offres d’emploi sur des postes de data analyst et data scientist en… 4 ans ! ». L’explication ? Elle est simple : quand la demande est trop forte, l’offre disparait ! Avides de « data talents », les entreprises captent directement la ressource convoitée à sa source. « Nos élèves n’ont quasiment pas le temps de finir leurs études, explique Stéphan Clémençon. Ils sont happés avant. Tout se passe dans les meet-up tandis qu’un véritable réseau spécialisé se met en place ». Dont acte comme disent les juristes…
* Et, depuis : Polytechnique, Ensae, Centrale-Supélec, Ensimag…

 

Du CRM au Big Data
Essentiel à la prise de décision des managers, la data science s’est logiquement invitée dans les écoles où ils sont formés. Le but ? Leur permettre de comprendre les data scientists et d’échanger avec eux. « L’étude des données fait partie du marketing depuis des années avec la CRM (Customer Relationship Management), explique Marc Vanhuelle, Directeur délégué et professeur à HEC, mais l’explosion du volume traité et l’extension des applications bouleversent tout. Le discernement est d’autant plus important que le big data n’est pas pertinent pour toutes les entreprises : selon le cabinet Gartner, 60 % des projets data menés ces prochaines années s’arrêteront au stade pilote, d’où l’importance de maîtriser le sujet pour les dirigeants ». Abordée en dernière année de master à HEC ou GEM, la data science est également au centre de MBA axés nouvelles technologies dans ces deux écoles.

 

JB