Depuis quinze ans, Christophe Gouthière (HEC Paris 82) accompagne la transformation d’Autodistribution, l’une des marques phares du groupe Parts Holding Europe (PHE), un acteur majeur de la distribution indépendante de pièces automobiles en Europe. Aujourd’hui directeur général Finances et Gestion de PHE, il pilote la stratégie financière et la croissance d’un ensemble qui réunit plus de 10 000 collaborateurs à travers le continent.
Autodistribution s’impose comme un acteur clé de la distribution de pièces automobiles. Comment décririez-vous la trajectoire du groupe et sa place sur le marché européen ?
Quand je suis arrivé en 2010, le groupe réalisait environ 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Nous avons depuis triplé de taille, tout en devenant un acteur européen solide, présent en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne et en Irlande. Autodistribution est la marque historique et le cœur du groupe PHE, qui fédère aujourd’hui plusieurs enseignes de distribution et de services. Notre raison d’être résume bien notre mission : promouvoir une mobilité abordable et durable, en privilégiant la réparation, la réutilisation et, de plus en plus, le recyclage des pièces.
L’électrification du parc automobile bouleverse la chaîne de valeur. Comment anticipez-vous cette mutation du business model ?
C’est avant tout une opportunité. Certes, un véhicule électrique nécessite moins d’entretien, mais les pièces sont plus sophistiquées et plus chères : freins renforcés, systèmes de refroidissement des batteries, pneus et liaisons au sol adaptés. Nous suivons simplement la composition du parc : sur 44 millions de véhicules à entretenir en France, environ 1,6 million sont électriques. Le renouvellement est lent, ce qui nous donne une visibilité à long terme. Notre métier évolue : moins de filtres à huile, plus de batteries et d’électronique. Et comme nous dépendons du parc roulant, pas des ventes de véhicules neufs, et dans un contexte de difficultés économiques, notre activité reste contre-cyclique.
Vous avez déployé de nombreux outils digitaux. En quoi la transformation numérique a-t-elle changé votre manière de piloter le groupe ?
Elle a tout changé. En interne, nous sommes une entreprise très digitalisée : catalogue et commandes en ligne, tablettes connectées pour les commerciaux, téléphonie IP, intelligence artificielle pour optimiser les stocks et la logistique. Côté clients, nous équipons les garages d’outils numériques : diagnostic connecté, accès aux bases constructeurs, bases de données de pannes. C’est une véritable révolution métier : la donnée et la réactivité sont devenues nos meilleurs leviers de performance.
Vous dirigez les finances et la gestion du groupe depuis plus de dix ans. Comment votre rôle a-t-il évolué avec l’internationalisation de PHE ?
Mon périmètre s’est considérablement élargi : je supervise la finance, l’informatique, le juridique, la fiscalité, la conformité et l’audit interne. La première évolution, c’est la croissance internationale : identifier, acquérir et intégrer de nouvelles sociétés, avec une gouvernance et des outils cohérents entre eux. La seconde, c’est la centralité de l’informatique, désormais au cœur de toutes nos décisions. Sur le plan européen, nous appliquons une logique simple : local quand cela crée de la valeur, global quand il y a synergie.
HEC Paris
HEC Paris m’a appris le courage de s’adapter et la curiosité d’innover. On y apprend à ne pas craindre l’avenir et à garder l’esprit ouvert. La formation m’a aussi donné une vision globale du business, essentielle pour arbitrer entre court terme et création de valeur durable. Une des valeurs très importantes que je retiendrais également, c’est l’humilité ! On réalise vite que seul on avance plus vite, mais ensemble, on avance plus loin !
Elitisme ou ouverture : qu’y a-t-il vraiment derrière les portes des Parisiennes aujourd’hui ? Je dirais qu’il y a forcément une part d’élitisme, mais au sens du mérite et de la valeur travail, pas du milieu social. Ces écoles demandent un vrai engagement, un parcours exigeant, mais elles forment surtout des dirigeants complets, capables de conjuguer excellence et humanité. On y apprend bien plus que des méthodes : on y cultive des valeurs humaines, un sens du collectif et une vision globale de l’entreprise. En ce sens, je les vois davantage comme des écoles d’ouverture, tournées vers le monde de l’entreprise et la société dans son ensemble, que comme des bastions fermés.
Chiffres-clés : 3 milliards € de CA / 13 % de rentabilité / 10 000 collaborateurs en Europe
Contact : c-gouthiere@autodistribution.com