Ai Weiwei, sans doute l’artiste chinois actuel le plus connu, conçoit l’art qu’il produit avant tout comme un moyen de contester un régime qu’il ne supporte plus. Zoom sur le porte-parole d’une nouvelle génération contestataire.

Connu du grand public pour sa participation à l’architecture du Nid d’oiseau, le stade futuriste construit à Pékin à l’occasion des Jeux Olympiques, l’oeuvre d’Ai Weiwei a une influence qui dépasse largement le domaine de l’art. Ai Weiwei est surement l’artiste chinois contemporain le plus connu actuellement grâce à sa vision engagée de l’art. Aujourd’hui, le modèle chinois est de plus en plus contesté de l’intérieur notamment à cause des conséquences sociales de l’ouverture à l’économie capitaliste. Les disparités de richesses sont grandissantes et mettent en péril l’idéal communiste du régime. La contestation du modèle chinois par une nouvelle génération, notamment via Internet, est grandissante. Si Ai Weiwei s’engage de manière plus conventionnelle, en étant par exemple signataire de la Charte 08 signée par 300 intellectuels et artistes chinois en faveur de la démocratie et la défense des droits de l’homme en Chine, il a choisi de dédier son oeuvre au combat qu’il mène contre le régime chinois.
Ainsi, non content d’avoir été l’investigateur d’un mouvement citoyen en faveur des enfants tués dans l’effondrement de leurs écoles mal construites pendant le séisme du Sichuan, Ai Weiwei dédie une oeuvre à cette cause. Remémoration (2009, Haus der Kunst, Munich) est une installation de 9 000 sacs d’écoliers qui a pour objectif de commémorer la mémoire des enfants victimes de la corruption des dirigeants de la région qui ont sans scrupules négligés la construction de leurs écoles. Malgré la censure, Ai Weiwei utilise massivement Internet dans la diffusion de son art contestataire. Grâce à son blog très populaire sur Sinna, le média social favori des chinois, il crée un tryptique Pop art en moquant une photo truquée postée par un membre du parti Henan. Le but de ce tryptique est, une nouvelle fois, de dénoncer les mensonges, petits comme grands, des cadres du Parti. « C’est la manière la plus excitante pour moi de faire de l’art. Ça ne servait à rien de lancer en l’air de belles idées, c’est beaucoup plus efficace de s’attacher à des cas concrets, auxquels les gens réagissent. Les responsables du gouvernement ne savent plus où se mettre » dit-il à propos de cette oeuvre. Si son blog a aujourd’hui été fermé par les autorités, les internautes gardent en mémoire le combat de l’artiste en le surnommant  » Ai Weilai « , un jeu de mot qui signifie « celui qui aime l’avenir ». Plus encore, dans l’oeuvre Sunflowers Seeds (2010, Tate Gallery, New- York) le message est plus profond. Plusieurs millions de graines de tournesol sont installées au sol sur plus de 1 600 m2. L’artiste reprend habilement la comparaison que Mao faisait entre les tournesols et les chinois. Ainsi, toutes les graines sont identiques au premier abord mais en réalité, aucune d’elles n’est peinte de la même manière. Ai Weiwei questionne le rapport de l’individu à la masse, une réflexion caractéristique du communisme. Il questionne aussi le phénomène du  » MadeinChina  » et ses implications culturelles en mêlant artisanat et production de masse puisque les millions de graines sont en porcelaine typique de la période impériale et ont été peintes à la main par des artisans du village de Jingdezhen. Aujourd’hui, Ai Weiwei n’est plus autorisé à quitter Pékin à cause de ses oeuvres contestataires un peu trop médiatisées. Pourtant, il va fort à penser que cela n’ébranlera en rien ses convictions « vos actes et vos comportements disent au monde qui vous êtes et en même temps quel type de société vous défendez ».

 

JUNIOR CONSEIL
Adèle Bied-Charreton (promo 2016)