Le Grand Entretien : Paul Friedel, directeur de Télécom Bretagne

 

A Télécom Bretagne, le numérique est un vecteur d’enrichissement des enseignements, des contenus, des modes pédagogiques. Il révolutionne les relations étudiants/professeurs. Il est aussi une opportunité inédite pour les futurs ingénieurs de personnaliser leurs modes d’apprentissage et de développer de nouvelles facultés et compétences. Les précisions de Paul Friedel, directeur de l’établissement.

 

Paul Friedel, directeur de Télécom Bretagne © Télécom Bretagne sous licence CC by NC SA

Paul Friedel, directeur de Télécom Bretagne © Télécom Bretagne sous licence CC by NC SA

 

Quelles réflexions vous inspire la transformation numérique en tant qu’établissement ?
Le numérique a le potentiel de déstabiliser et transformer l’ensemble des activités humaines. En ce qui nous concerne, il transforme la relation entre l’institution et ses élèves. Notre grande question est donc de définir quel sera notre rôle d’école et notre modèle d’enseignement demain ? J’y vois une opportunité de nous repositionner dans nos rôles historiques, et pour nos ingénieurs d’être acteurs et promoteurs de changements structurants pour l’avenir.

 

Comment préparez-vous vos élèves à jouer leur rôle dans un monde numérique ?
Un ingénieur est un acteur du changement du monde. Un ingénieur dans le numérique crée des produits, les industrialise et les diffuse au plus grand nombre d’utilisateurs. Nous les préparons bien sûr par la technique, la technologie, les sciences ; à la gestion de projets complexes, à industrialiser les produits. L’autre pan est tout aussi fondamental : la formation humaine de futurs responsables. Notre ambition étant de faire prendre conscience à nos élèves de l’impact qu’ils auront dans ce monde, des responsabilités qu’ils auront à assumer, des questions d’éthique que soulèvent les évolutions technologiques comme doter les humains de nouvelles facultés grâce à des implants ou rêver d’immortalité. Des choses plus quotidiennes ne sont pas anodines comme transférer une partie de notre mémoire à un smartphone.

 

Quels champs pédagogiques vous ouvre le numérique ?
Pour préparer des acteurs de la transformation numérique, il nous faut cibler les compétences techniques qui permettent de gérer, voire imaginer les évolutions. Ainsi, l’usage des outils numériques a fortement développé la consommation d’électricité dans le monde. L’enjeu pour nos ingénieurs est de déterminer comment maintenir ce niveau de prestation en réduisant les consommations et l’impact sur l’environnement. Autre exemple : Télécom Bretagne est membre du pôle d’excellence en cybersécurité de Bretagne voulu par le ministère de la Défense. Sa vocation est d’armer le pays contre les attaques numériques et de le doter des capacités pour y répondre.

 

Qu’apporte réellement le numérique aux élèves ?
Le numérique est un support via lequel chacun développe sa propre stratégie d’apprentissage. Par exemple, nos MOOC (dont nous avons été pionniers) sont à disposition sur une plateforme ouverte et interactive entre élèves et professeurs. Chaque étudiant peut choisir son mode et son rythme d’apprentissage. Le numérique est aussi un vecteur de formation par l’action et pour déployer la pédagogie de la classe inversée. Il permet aux élèves de s’emparer de projets, de connaissances, d’être acteurs de leur formation. Or, il est acquis que cette attitude suscite et renforce la motivation. On ne peut pas anticiper tous les usages que vont développer les apprenants. Ainsi, notre observatoire astronomique a inspiré à deux doctorants un projet de diffusion de connaissances scientifiques. Ils ont modélisé la lunette et ont créé une maquette imprimée en 3D. Fonctionnelle et interactive à distance avec le télescope, c’est un support de formation à l’astronomie pour leurs présentations devant des lycéens.

 

Comment définiriez-vous votre rôle aujourd’hui ?
Le numérique permet de dispenser des « grains pédagogiques », d’assembler des séquences et de varier les modalités et supports pédagogiques. Il nous conduit à repenser les cours, à introduire une nouvelle dynamique, à imaginer de nouveaux parcours d’apprentissage. Dans ce contexte, notre rôle est de plus en plus d’être un guide (et de moins en moins un instructeur) pour orienter les étudiants dans leurs parcours.

 

A.D-F