S’ouvrir, prendre de la hauteur pour lancer une accélération stratégique, tel est l’objectif de ESCP cette année. Malgré la crise de la Covid, l’école parisienne qui a fêté son bicentenaire en 2019 compte en effet plus que jamais affirmer haut et fort sa signature It All Starts Here. Rencontre avec Frank Bournois, Dean de ESCP.

 

Brand & Size : une stratégie gagnante ?

Certainement ! Pour preuve, ESCP a déjà dépassé ses objectifs stratégiques pour 2022. Nous sommes passés de 4 000 à 7 000 étudiants avec + 17 % de candidats et + 13 % d’entrants cette année, y compris chez les non-français. Des étudiants issus de 121 nationalités (contre une centaine en 2014) qui représentent aujourd’hui 56 % des étudiants de chaque programme en moyenne.

 

L’ESCP, une valeur refuge en temps de crise ?

ESCP est la plus ancienne business school au monde. Elle a traversé plus de 200 ans de mutations et crises économiques, militaires, sanitaires… et offre aujourd’hui une employabilité record à ses diplômés : c’est évidemment très rassurant. Et notre ambition n’a pas changé : nous voulons recruter les meilleurs talents du monde entier pour leur offrir une expérience paneuropéenne unique tant en terme d’excellence académique que de services. L’expérience étudiant constitue d’ailleurs notre colonne vertébrale : faire vivre à nos élèves les grandes dimensions du management et de la gestion par le biais de la multiculturalité dans ces « laboratoires in vivo » que sont nos différents campus en Europe.

 

Quelles leçons tirez-vous de 2020 ?

Des leçons autour du numérique tout d’abord. Nous avons testé et clarifié nos convictions avec un  modèle, le 20 / 40 : les programmes devront comprendre, au minimum, 20 % de numérique et 40 % de présentiel dans tous leurs cours. Plus de numérique, certes, mais aussi plus d’intensité et d’échanges dans le présentiel à travers une approche phygitale repensée ! Nous allons aussi en profiter pour repenser le subtil rapport entre recherche et pédagogie.

Cette période nous pousse également à prendre plus activement le pouls de la transformation des entreprises. Dans moins de 5 ans les GAFAM, qui ne sont que la face émergée de l’iceberg que sont les EdTech, seront en capacité d’entrer sur le marché de l’enseignement supérieur : acheter une business school, ce n’est rien à l’échelle des capitalisations de ces entreprises. Leur motivation sera double : investir dans un secteur porteur, certes, mais aussi et surtout s’assurer que les écoles forment les talents dont ils ont besoin. C’est une réalité qui doit accélérer la mutation de nos modèles économiques aussi bien qu’académiques.

 

Et en termes d’immobilier ?

C’est un point fondamental. Une école ne sera jamais totalement dématérialisée. La rénovation du campus de Berlin est en cours, l’acquisition du campus de Turin bien engagée, tout comme la rénovation de notre campus parisien de République, qui fait l’objet d’un concours architectural. Sur tous ces lieux d’apprentissage, les demandes des élèves sont fortes en matière d’ergonomie, de développement durable… et nous y prêtons grande attention. Car l’immobilier est tout sauf une coquille vide, c’est l’incarnation de notre pédagogie.

 

Une pédagogie en plein changements comme en atteste votre réforme du Master In Management (MiM) d’ESCP BS ?

Avec cette réforme, nous sommes résolument en phase avec la tendance de l’ultra learning qui répond à des attentes très claires de l’entreprise sur la notion de compétences. En phase aussi avec notre signature : l’hybridation. Hybridation des cultures, des connaissances et aujourd’hui, des compétences. Notre MiM propose aujourd’hui 58 spécialisations, dont 27 créées lors du premier confinement, déjà toutes pourvues et sur tous les campus. Cela permet à nos élèves d’acquérir une triple compétence, ce qui est très rare dans le paysage des business schools.

 

Faut-il en conclure que vous ne formez plus des généralistes mais des spécialistes ?

Nous préparons les leaders internationaux de demain. Ils évolueront dans un monde extrêmement complexe nécessitant de voir les choses sous un prisme très large. Notre approche pédagogique est une approche inversée : ils commencent leur parcours MiM par un enseignement généraliste qui leur servira dans la deuxième partie de leur carrière, car leur vocation est d’atteindre des postes de direction générale, et nous les hyperspécialisons en fin de 2e année (sur 3) pour être directement employables à des postes à haute responsabilité réclamant plusieurs domaines de compétences pointues.

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Dans ce contexte, la tentation d’augmenter les frais de scolarité est grande. Qu’en est-il ?

Même si nous opérons des investissements importants (projets immobiliers, équipement des salles en matériel de pointe pour assurer les cours en distanciel…), nous ne souhaitons pas augmenter nos frais de scolarité de manière significative en formation initiale. Pour attirer les talents du monde entier et conserver notre diversité sociale, nous allons, en revanche, renforcer notre politique de bourses, grâce aux apports de la Fondation notamment. Aucun candidat ne renoncera à une formation initiale à laquelle il est accepté à ESCP parce qu’il ne pourra pas la financer.

 

ESCP ne souhaite plus solliciter l’accréditation AMBA. Triple couronne = ancien monde ? 

C’est effectivement une grande décision prise en 2019. Car si la triple couronne avait un sens il y a plusieurs années, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Beaucoup de grands classeurs dans le monde ne tiennent plus compte d’AMBA  et ESCP détient aujourd’hui quatre accréditations internationales (AACSB, EQUIS, EFMD EMBA et EFMD MBA) ainsi qu’une accréditation nationale pour chacun de ses campus. ESCP est probablement l’école la plus auditée au monde ! Il y a des codes qu’il faut savoir remettre en cause et, pour moi, la notion de triple crown relève effectivement de l’ancien monde.