L’histoire de Christophe Germain à Audencia a commencé avec sa rencontre avec Aïssa Dermouche, alors directeur de l’école. Pourquoi y est-il resté ? « Parce que c’est Audencia tout simplement ! ». A l’aube du lancement d’un nouveau plan stratégique, le directeur de la business school répond sans langue de bois aux questions posées par deux élèves de l’école à l’occasion d’un déjeuner animé réalisé quelques jours avant le début du confinement – Par Clarisse Watine

 

 

Hadrien Titié, étudiant de dernière année du PGE en stage de fin d’études à Paris et Lise-Marie Perret, étudiante du MS MOS ont relevé le défi lancé par la Rédac : poser leurs questions au directeur de leur école. Son parcours, les classements, son quotidien de dean, ses meilleurs souvenirs à Audencia… tous les sujets ont été abordés. Morceaux choisis.

 

2020 sonne la fin du plan stratégique de l’école. Quelles sont ses plus grandes avancées ?

C’est un plan stratégique un peu particulier pour moi car il a été dessiné avant le début de mon mandat. Parmi ses belles réalisations : la croissance significative de l’école (nous sommes passés de 35 à 60 millions sans baisser la sélectivité dans le recrutement des étudiants), la création de nouvelles activités à l’étranger (Shenzhen et Chengdu), l’affirmation de notre rayonnement international, le renforcement de l’hybridation des compétences…

 

Les classements : fiables ou pas ?

Si leurs résultats sont aléatoires, ils constituent néanmoins un vrai sujet. Ils viennent notamment résoudre partiellement cette asymétrie qui existe entre les marchés amont et aval de nos écoles. Ils sont à appréhender avec pédagogie mais il ne faut pas en ignorer l’impact. Il est nécessaire de progresser partout où c’est possible, mais sans se trahir.

 

La place qu’ils accordent à Audencia vous parait-elle juste ?

Ces cinq dernières années, les classements ne nous ont pas toujours été très favorables.  Notamment parce qu’ils accordent, via les critères choisis, une prime à la taille. Deux choix s’offrent alors à nous : suivre le mouvement de la course à la taille ou affirmer un positionnement alternatif. Ce qui est certain, c’est que nous ne suivrons pas la tendance de fusionner avec d’autres écoles. C’est notre proposition de valeur qui nous permettra de remonter dans les classements.

 

Le Top 5 du Sigem est-il dans votre ligne de mire ?

Le Sigem est effectivement le classement du marché… et donc le meilleur ! Il nous positionne actuellement à la 6e place et je n’ai pas encore assez d’éléments pour affirmer que nous pourrons tangenter l’EDHEC et atteindre le Top 5 d’ici 5 ans. Même si nous nous positionnons très bien sur la finance, un de ses domaines phares. Pour preuve, noter département Finance est notre département de recherche le plus productif et nous venons d’annoncer le lancement d’un master en fintechs à Shenzen, LA place financière de l’Asie aujourd’hui.

 

Audencia est-elle toujours la business school de la culture ?

La culture et les humanités font en effet pleinement partie de notre ADN. Car pour permettre à nos élèves d’atteindre les responsabilités managériales qui seront les leurs, ils doivent s’acculturer à l’interdisciplinarité et apprendre à sortir du management pur. Tous les sujets posés aujourd’hui, de l’IA à la RSE, doivent être, à un moment ou un autre, adressés par le fil rouge des humanités et de la culture. Comme je le dis souvent, il n’y a pas de meilleurs ouvrages de management que les grands classiques de la littérature ! Tolstoï, Dostoïevski, Camus… tout y est.

 

Un symbole de cet engagement ?

Dès octobre prochain, L’arbre de la connaissance prendra racines sur le parvis du campus. Une œuvre contemporaine choisie par les étudiants de la majeure Culture et inscrite dans Le voyage à Nantes. Haute de 7 mètres et ornée de boules en verre, cette œuvre symbolise la connaissance qui prend corps dans les racines de l’école et qui portent ses fruits à l’extérieur.

 

La RSE fait aussi partie des valeurs d’Audencia ?

L’école a été novatrice en la matière. La preuve, dès 2001, nous recrutions un professeur qui en avait fait son sujet de thèse. Notre engagement se matérialise aujourd’hui via des partenariats (avec WWF notamment), une chaire, une spécialisation dans le PGE, un programme commun sur la transition énergétique avec les écoles de l’Alliance, la montée en puissance du programme Negotraining qui promeut l’égalité femmes – hommes… Ce n’est ni un effet de mode ni quelque chose de « plaqué » : il s’agit d’engagements en harmonie avec l’histoire et les valeurs de l’école. La preuve, 40 % de nos travaux de recherche touchent à la RSE.

 

On parle d’un grand campus à Paris : fake news ?

Aujourd’hui, la grande majorité de nos étudiants est à Nantes. Dans les 5 ans, nous allons bien sûr développer de nouveaux espaces. A Nantes, à Paris ou ailleurs ? Tout dépendra de la pertinence de la localisation en fonction des programmes. Mais non, demain, la majorité de nos étudiants ne sera pas à Paris. De plus en plus de jeunes ne veulent plus étudier dans de grandes métropoles et souhaitent privilégier la qualité, dans la proximité. Nantes est une ville attractive, c’est un atout. De même, notre nouveau campus en Vendée donne la possibilité à nos jeunes de commencer sur leur territoire et de poursuivre ensuite leurs études, à l’international notamment.

 

Racontez-nous une journée type de Christophe Germain.

Il n’y en a pas ! Il y a des journées à Nantes, à Paris, à l’international et d’une telle diversité qu’il est trop difficile de les décrire. Mais j’ai quelques incontournables. Trois fois par semaine, je débute par une activité sportive et je termine tous les jours par 45 minutes de lecture. Quand je suis à Nantes, j’arrive à mon bureau entre 7h et 7h30, je me fais un café et je sors pour prendre le pouls du campus. Ensuite, j’enchaine sur des réunions, des rencontres, un discours, une présentation… En 10 minutes, je peux passer de questions stratégiques à des sujets très opérationnels. Je revêts plusieurs costumes tous les jours avec le challenge d’accorder la même attention à toutes les personnes que je rencontre. Quelle que soit la situation, je représente l’école et dois donc en donner une image positive.

 

Votre expérience en Chine : un bon souvenir ?

C’était une très belle expérience. Plus on progresse dans sa carrière et moins on a la possibilité d’apprendre de choses. Et bien là-bas j’ai appris beaucoup de choses ! Je ne travaillais qu’avec des collaborateurs chinois, je n’étais pas un expatrié, je vivais avec eux une réalité managériale extrêmement différente de la nôtre. J’ai appris à connaitre la Chine et les Chinois et j’ai beaucoup d’amis là-bas. Je suis directeur heureux aujourd’hui, mais je dois dire que ça a été un vrai crève-cœur de quitter les équipes de Shenzhen.

 

Les élèves d’Audencia sont très investis dans le Triathlon de la Baule. Et vous ?

Le Triathlon est le meilleur symbole de notre école. Par le sport d’abord, partie intégrante de nos valeurs, qui permet d’apprendre sur soi et des autres. Mais aussi parce que c’est un événement organisé par les étudiants : sur le plan pédagogique, c’est dingue ! En 33 éditions, c’est devenu le premier triathlon d’Europe, ce n’est pas rien. J’y participe bien sûr avec plaisir à chaque fois que je le peux. Je courrais déjà beaucoup mais je me suis remis exprès à la natation et au vélo pour pouvoir assurer les trois épreuves.

 

Votre message aux élèves d’Audencia ?

Demain votre diplôme va vous permettre d’obtenir quelque chose dont vous n’avez pas encore conscience : la liberté. La liberté de choisir, de décider, sans précipitation. Vous avez gagné cette liberté bien sûr, mais ayez conscience que beaucoup d’autres ne l’ont pas. Si cette liberté vous permettra d’aspirer à de grandes choses, elle vous oblige également : c’est à vous de construire votre propre histoire. Comme disait Camus, la liberté est la seule chose impérissable dans la vie d’un homme. C’est une valeur qui transcende tout.

 

Et vous, vous sentez-vous libre ?

Oui, totalement… sinon je ferais autre chose !

Un mot pour définir Audencia ? Comme me l’a si justement récemment dit le responsable d’un grand groupe, Audencia est une école attachante.

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