Travailler dans le Luxe : une passion de la génération Z

Lorsque, dans la pénombre de mon bureau, j’évalue les candidats qui doivent intégrer mon programme, presque tous issus de la génération Z, je lis leurs essais sur leurs perspectives de carrières dans le Luxe où, en un espace très limité, ils doivent s’exprimer sur leurs motivations profondes pour entrer dans mon programme.

Le mot clé des fortunés qui sont admis est « passion » : travailler dans le luxe demande un dévouement et une motivation absolue qui ne peuvent être obtenus qu’à travers le feu de la passion.

C’est d’ailleurs le tout premier mot que j’ai entendu en vingt ans de carrière et que j’entends toujours prononcer par les professionnels des grandes maisons, françaises et internationales. Travailler dans le luxe – malgré les apparences étincelantes – est très dur et seule une passion inextinguible, couplée avec une grande humilité, peut assurer les justes motivations pour réussir.

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Les mots clés des professionnels du luxe : passion et sens du détail, humilité et disponibilité à apprendre pour innover

Si passion et humilité sont les mots clé, il faut bien en expliquer la signification dans le luxe. La Passion signifie amour des essentiels du luxe : connaissance et sens du détail. Connaissance des « codes » et de l’histoire du luxe, essentiels pour préserver l’héritage des grandes maisons, sens du détail, dans un business qui demande la perfection absolue et où le client est souvent lui-même un fin connaisseur.

L’Humilité se traduit par le goût d’apprendre et l’ouverture d’esprit, qualités éminemment importantes dans une industrie où tout naît de l’innovation et de la recherche. Les « classiques » naissent de l’innovation et seule l’innovation permet d’améliorer constamment le service. Cependant seule l’ouverture d’esprit permet de reconnaître et d’accepter cette « innovation radicale » qui est, dans les mots de du fondateur d’LVMH, Bernard Arnault (dans Harvard Business Review, 2001) l’essence de tout produit de luxe. L’Humilité se traduit, enfin, par disponibilité à bien analyser l’environnement économique, financier et politique et les contraintes que ceci peut poser aux maisons, en termes d’innovation et créativité.

Nouveaux défis économiques et nouvelles voies de carrière dans les grandes maisons

Finis les jours fastes des nouveaux marchés à conquérir en toute liberté. Les prévisions de croissance ne sont plus « double digit » et le panorama est assombri par une instabilité politique qui ne permet pas à l’économie de déployer ses forces de façon sereine vers la croissance. Le luxe aussi est atteint, même si, l’industrie du rêve ne connaît jamais de véritable crise. L’heure est maintenant à la haute surveillance sur les budgets. De plus en plus de professionnels dans les grandes maisons ont transité par les banques ou par la finance : la plus célèbre, Francesca Bellettini, PDG d’Yves- Saint-Laurent, autrefois Goldman Sachs. Budgets de communication hautement réduits, l’heure est aussi aux bons professionnels du marketing sans chichi, qui savent tirer profit en termes de chiffre et de façon hautement mesurables, des idées innovantes produites à cycle continu, par les créatifs des maisons. Un bon exemple en est le réseau des ex P&G dont Daniela Riccardi (Baccarat) et Antonio Belloni (LVMH) en sont de parfaits exemples. Les grandes maisons du luxe embauchent des jeunes qui, quel que soit leur chemin, ont acquis les codes et les mots clés de l’industrie : ouverture à l’innovation et à la connaissance, sens du détail, capacité d’analyse d’un environnement et d’adaptation à un économique difficile. Le tout noué avec le ruban de la passion.

 

Par Nicoletta Giusti,
PhD, Directrice du Mastère Spécialisé Fashion, Design and Luxury Management, Grenoble Ecole de Management