Les universités américaines font face à une offensive sans précédent de l’administration Trump. Une crise majeure qui interroge l’avenir de l’enseignement supérieur aux États-Unis.
Elles incarnent l’excellence mondiale, sont symbole de prestige et d’ouverture. Pourtant, les grandes universités américaines font face à une période de tourmente inédite dans leur histoire. Le candidat Trump préconisait de mettre fin aux politiques d’inclusion dans les établissements et de supprimer le ministère de l’Éducation : son Projet 2025 est devenu une réalité. Parmi les derniers épisodes en date : la prestigieuse université Harvard (pas moins de 162 prix Nobel à son actif !) s’est vu interdire d’accueillir de nouveaux étudiants étrangers, par révocation de sa certification SEVIS. L’administration Trump l’accuse d’« encourager la violence, l’antisémitisme et de collaborer avec le Parti communiste chinois ». Alors que près de 6 700 étudiants internationaux sont inscrits à Harvard cette année (soit 27 % des effectifs), cette interdiction, priverait l’université d’un pilier de son rayonnement mondial. Pour Laurence Boiteux, Directrice des Affaires Internationales de l’EM Normandie, cette instabilité particulièrement préoccupante est « accentuée par le fait que les décisions prises un jour peuvent être annulées la semaine suivante, laissant les universités sans visibilité ni cap clair. Les universités américaines ne sont pas du tout sereines à l’idée de devoir travailler dans de telles conditions sachant qu’elles n’ont aucun recours afin de pourvoir agir. »
Des acteurs majeurs de la recherche mondiale
Cornell, Northwestern, Columbia… Plusieurs autres universités ont déjà vu leurs subventions gelées ou menacées, accusées de promouvoir des « préférences raciales ». Parallèlement, la confiance du grand public tend à s’étioler : seuls 36 % des Américains disent aujourd’hui avoir foi en l’enseignement supérieur, contre 57 % en 2015 (Gallup 2024). « Les messages contradictoires envoyés par les autorités américaines ont alimenté chez nos étudiants une appréhension quant à la stabilité de leur statut et/ou leur avenir universitaire » constate Laurence Boiteux. De fait, même si les universités américaines demeurent des acteurs majeurs de la formation et de la recherche au niveau mondial, cette crise pourrait redistribuer les cartes de l’enseignement supérieur mondial. « Des signaux faibles mais significatifs apparaissent : les chercheurs et étudiants très qualifiés, qui autrefois voyaient les États-Unis comme un eldorado scientifique, explorent désormais d’autres options. Ils se tournent vers des zones perçues comme plus stables et accueillantes : le Canada, l’Europe ou l’Australie par exemple. Cela représente une opportunité pour les établissements européens, d’attirer des talents internationaux » analyse Laurence Boiteux. Plus que jamais, leur avenir se jouera à la croisée du savoir, de la politique et de la société.
« Le prestige des universités américaines reste solide, cependant, l’image des USA en tant que destination accueillante et ouverte, symbole d’innovation et de liberté académique s’est fragilisée. Pour certains partenaires académiques internationaux, ces évolutions ont pu nourrir une forme de prudence, voire de réticence à engager des collaborations durables. » – Laurence Boiteux, Directrice des Affaires Internationales de l’EM Normandie