La question du sexe des Grandes Écoles relève simplement du rôle que joue l’éducation – au sens large du terme – dans la construction sociale des genres. Dans un enseignement supérieur qui est généralement en fin du continuum éducatif, les profils sont sinon déterminés, du moins largement formatés et la répartition hommes/femmes est loin d’être toujours équilibrée.

 

De la résistance des inégalités

Si les écoles de commerce ou de management sont assez bonnes élèves en la matière, avec 100 % d’une parité raisonnable qui s’inscrit dans un intervalle de 40/60 % (cf. baromètre « égalité femmes-hommes 2018 » publié en juillet par la CGE), les écoles d’ingénieurs, elles, affichent une mixité perfectible avec un taux moyen de féminisation de 33 %. Encore faut-il préciser que la répartition féminine est très hétérogène entre les filières de spécialisation.

Outre une prise de conscience et une action individuelle déjà compliquées, d’autres engrenages inégalitaires continuent d’entraîner un déséquilibre : qu’il s’agisse des salaires d’ingénieur ou de manager, les femmes touchent respectivement et seulement 92 % et 94 % du montant de leurs pairs masculins. (cf Enquête d’insertion CGE 2017-2018).

Les préjugés et les cadres socioculturels sont « têtus » : on est souvent rattrapé par ce sacro-saint principe de réalité. Ainsi, la sexuation des maths continue de plus belle. Pourtant les neurosciences nous rappellent, si cela était encore nécessaire, qu’il n’y a pas de programmation génétique du cerveau dont la plasticité reste l’unique dernière réelle découverte et caractéristique heureuse. Il n’y a donc pas de déterminisme cérébral, mais manifestement, une vraie construction et réification des genres.

La notion de genre et de « sa place » sont intrinsèquement liées aux besoins d’une société et d’une perpétuation de l’espèce. Le monde n’est pas juste. Il a été façonné par l’opposition entre les intérêts collectif et individuel, déterminant ainsi la place et le rôle des genres. Je pense qu’il faut comprendre les mécanismes en jeu dans la construction des rôles sexués, pour mieux les déconstruire et les adapter aux sociétés nouvelles. À mon sens, la place de la femme et donc de l’homme – puisqu’on les oppose – change dans la société parce que celle-ci change.

 

Des axes pédagogiques de développement paritaire à l’EDC Paris Business School

Les programmes dont j’ai la charge à l’EDC comptent bon nombre de modules en développement personnel. Au-delà de l’acquisition de connaissances clés et de son déroulé de mises en situation, c’est un axe de développement en cours que de réconcilier les jeunes femmes avec leur propre valeur, de les révéler et de leur donner aussi les clés des bonnes pratiques en développement professionnel. Par exemple, les femmes ont tendance à considérer que si elles font bien leur travail, ne créent pas de problèmes, la reconnaissance viendra d’elle-même. Or, ce souci de « perfection tranquille » les met spontanément hors-jeu dans le monde des affaires d’aujourd’hui. La conduite d’une équipe, d’un projet, d’une entreprise, nécessite en effet régulièrement des prises rapides de décision. Et j’ai envie d’ajouter, dans un élan même un peu provocateur, que ces décisions soient bonnes ou mauvaises. Quand il faut avancer, c’est l’action qui doit primer sur la volonté de « bien faire » – ce scrupule si féminin qui exclut parfois les femmes d’une mouvance évolutive. L’expérience montre aussi que le mental et la confiance en soi font souvent la différence en cas de schémas compétitifs. Or, les filles ont souvent été confinées dans une volonté de plaire ou de ne pas déplaire. Un rapport féminin à soi qui est bien plus limitant que celui des garçons. Il faut leur apprendre à demander, à se donner le droit de trouver leur place. À dépasser ce sentiment d’imposteur qui, souvent, les habite.

 

En conclusion, je crois profondément que ce travail d’éveil, d’accompagnement personnel et de sortie des chemins balisés, les aidera sereinement à identifier, mettre en avant leur propre valeur, ainsi qu’à réapprendre à réintégrer les codes de solidarité et de sororité. À leurs côtés, nos étudiants travaillent sur leurs propres développements et nos intervenants professionnels s’assurent du bon emboîtement de ces relations réinventées au bénéfice d’un meilleur équilibre et d’une évolution paritaire accrue.

 

©Isabelle Dorpe

L’auteur est Véronique Carresse, Directrice des programmes Bachelor et Postgraduate, Professeur associé (Département Marketing), EDC Paris Business School

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