Covid-19, concours, financement des études… les sujets sont nombreux en cette fin d’année pour les business schools membres de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE). Alice Guilhon, DG de SKEMA BS et présidente du Chapitre des Ecoles de Management de la CGE et Christophe Germain, DG d’Audencia et VP du Chapitre ont fait le point sur tous ces sujets brûlants le 27 novembre 2020.

 

L’actualité des écoles de management est bien sûr aujourd’hui d’abord marquée par la gestion de la crise Covid. Une crise qui confronte les établissements à quelques injonctions contraires introduit Alice Guilhon. « Protéger la population est une priorité bien sûr. Mais comment peut-on nous dire à la fois de lutter contre l’isolement des étudiants et ne proposer une rentrée qu’en janvier ou février 2021 ? ».

Une question d’autant plus touchy que les étudiants ont été et sont encore « stigmatisés comme vecteurs du virus alors que les écoles ont été exemplaires sur le protocole sanitaire. Nos étudiants n’ont jamais été autant en sécurité qu’au sein de nos établissements. Mais nous savons qu’ils ont une vie extérieure à l’école et nous suivons au quotidien l’évolution de la pandémie avec les instances sanitaires » insiste Christophe Germain. « On ne peut pas faire des miracles mais on peut faire beaucoup. Hybridation, accompagnement des étudiants, voire même campagnes de testing pourquoi pas, nous mettrons en place les protocoles qu’il faudra, mais il faut prendre conscience que c’est un investissement lourd pour les établissements et les étudiants. Nous travaillons aussi avec la CPU et la Cdefi sur des positions communes pour incarner le collectif. Car nous sommes tous touchés » ajoute Alice Guilhon.

Un contexte dans lequel le nouvellement créé Bureau National des Etudiants en Management (BNEM) n’hésite pas à challenger le Chapitre. Un contexte où la transition fait loi, le moment idéal pour faire évoluer les modalités de concours. « Les étudiants nous poussent à réfléchir à d’autres formes d’évaluation et c’est le bon moment d’ouvrir collectivement ce sujet, notamment avec les classes prépa », ajoute-t-elle.

Trop d’accréditations tuent les accréditations ?

Des écoles que la présidente du Chapitre estime « sous les feux d’une évaluation permanente. Diplômes visés par le ministère, accréditations locales et internationales, process ISO… certaines de nos écoles finissent par passer une évaluation tous les mois !  Elles nous alertent donc logiquement sur le fait que nous sommes peut-être en train de passer une ligne. Nous devons mettre le sujet sur la table » insiste-t-elle.

Etudier dans une business school, combien ça coûte vraiment ?

Autre sujet brûlant sur le bureau du Chapitre : le financement des études. Un sujet remis sous les feux de la rampe après que des étudiants et leurs familles aient lancé des pétitions pour réclamer le remboursement partiel de ces frais en raison du confinement. Mais comme le Chapitre tenait à le rappeler dans une lettre ouverte publié le 16 novembre 2020 : « le coût des études en écoles de commerce françaises ne couvre pas le coût réel moyen de formation des étudiants. Pour compenser l’écart entre prix facturés et coûts réels, les écoles françaises allaient, par le passé, chercher des compléments de financement en particulier auprès des Chambres de Commerce. Elles le font désormais, via la Taxe d’Apprentissage, la formation continue et les financements privés. Le budget type d’une école de commerce est en moyenne composé de 70 % de frais de scolarité, 10 à 20 % de formation continue et 10 à 20 % de financements via la taxe d’apprentissage, les fonds privés, les alumni… {…}. Or, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les cours à distance ne coûtent pas moins cher que les cours en présentiel. Dans les faits, ils coûtent même plus cher, et il est ici important de souligner que le surcoût n’a pas été répercuté dans les frais de scolarité. »

Et les boursiers ?

Dans ce contexte, les questions de l’ouverture sociale et de l’augmentation du taux de boursiers deviennent alors plus que jamais cruciales. « Certes, le taux de boursiers dans les écoles du Chapitre reste encore trop faible mais il se développe. Même si nous sommes un peu en dessous au niveau des bourses CROUS en 1A, au niveau Master, nous sommes beaucoup plus vertueux que de nombreux acteurs de l’Enseignement Supérieur. D’autant plus que lorsqu’un boursier entre dans une de nos écoles, il a un job lorsqu’il en sort, ce qui n’est pas le cas partout ! » insiste Alice Guilhon. Mais « il est très réducteur de ne regarder la question de l’ouverture sociale que sous le seul prisme du taux de boursiers, indique Christophe Germain. Car elle se pose en réalité en amont, auprès des lycéens notamment. Il faut leur faire prendre conscience que l’Enseignement Supérieur, c’est aussi pour eux. Le pourcentage de boursiers à nos concours n’est qu’une conséquence de cela. L’ouverture sociale n’est pas un sujet financier : aucun élève ne quitte nos formations pour des questions de moyens ça serait inacceptable pour nous ! ».

Si la bonification des points des boursiers aux concours a été très clairement refusée en bloc par les étudiants, d’autres solutions sont en cours d’étude : « tout est ouvert, il n’y a pas de tabou ! » conclut la présidente du Chapitre.  

Quelles conséquences sur l’insertion des jeunes dip’ ?

Un contexte unique qui n’est pas sans conséquences sur l’employabilité des jeunes diplômés en sortie d’école. Même si grâce à des dispositifs particuliers, l’effet confinement n’a pas été aussi mauvais qu’on pouvait le penser. « Nous permettons à nos élèves de poursuivre leurs stages 6 mois de plus en les réinscrivant gratuitement. Ainsi, ils n’entrent pas tout de suite sur le marché du travail. » S’il est trop tôt pour mesurer l’impact réel des confinements sur l’emploi et la rémunération des jeunes diplômés, le Chapitre s’attend bien sûr à un décrochage dans certains secteurs (tourisme, évènementiel), mais aussi à un vrai regain pour d’autres (digital, RH, finance…). Pour faire front, les écoles ont « mis en place de façon très active des forums emplois virtuels et des connexions plus fortes avec les alumni ».