« Les références utilisées par nos sociétés sont celles du 19e et du 20e siècle, le 21e siècle n’ayant pas encore vraiment débuté. En réfléchissant plus à fond, nous allons peut-être trouver de nouveaux paradigmes pour résoudre cette problématique. »
Marc Henry, Grand Maître de la Grande Loge de France

Temple Franklin © Grande Loge de France

Temple Franklin © Grande Loge de France

La multiplication des canaux d’information peut réduire sa fiabilité et sa qualité. Quelle éthique souhaitez-vous mettre en oeuvre pour pallier ce risque ?
Le problème est de savoir qui utilise les canaux d’information et dans quel but. S’il s’agit de lobbying ou du développement de positions extrémistes incontrôlables, on ne peut plus les qualifier de canaux d’information. Les journalistes de la presse écrite, de radio ou de télévision, doivent se souvenir que dans les années 80, il existait de manière officieuse un Code de déontologie. Il consistait à recouper ses sources, à respecter les lois et à ne pas diffuser n’importe quelle information dont on assume la responsabilité. La mise en place d’une structure de contrôle minimum de la validité des informations nous paraîtrait souhaitable.

 

Pour la GLDF que représente concrètement la laïcité en matière religieuse ? Que faut-il autoriser ou interdire ?
La loi qui prévoit la séparation de l’Eglise et de l’État, nous satisfait pleinement. Tout ce qui a trait au religieux et à la foi, relève de la sphère privée. Il est nécessaire de se soumettre aux lois du pays dans lequel on se trouve. Par exemple, dans l’évolution de notre histoire, nous sommes parvenus à donner à la femme la place qui lui revenait dans notre société, soit l’égalité de droit. On trouve différentes confessions dans nos loges, ce qui permet d’échanger dans le cadre d’un dialogue interculturel et interreligieux sans que personne n’affirme détenir la vérité sur les autres.

 

La montée des extrémismes constitue-t-elle un danger pour les valeurs de la franc-maçonnerie ?
Bien sûr, dès lors que les valeurs de la Franc-maçonnerie sont mises en cause : la liberté, l’égalité, la fraternité ainsi que la laïcité, les droits de l’homme et la dignité humaine qui en découlent. Le retour des idées que la France a connues dans les années 30, comme, par exemple, la théorie du « complot judéo-maçonnique » me semble préoccupant. C’est pourquoi, nous accueillons le public à l’occasion de journées portes-ouvertes, afin de montrer ce que nous sommes vraiment, au-delà des fantasmes que certains projettent sur nous.

 

Les turbulences militaires internationales (guerres en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient…) prenant de l’ampleur, comment la GLDF peut-elle s’impliquer à travers les Frères Maçons pour réduire les risques de conflits ?
Je ne vois pas comment la Franc-maçonnerie pourrait s’impliquer directement, sinon en rappelant ses valeurs, car elle prône la paix. Toutefois, il est quelquefois possible d’intervenir personnellement. Il suffit de rappeler le combat mené par Pierre Brossolette contre le nazisme. En 1939, des loges ont clairement affirmé leur engagement dans ce même combat. A l’issue d’un conflit, les Maçons qui existent de part et d’autre, peuvent tenter de se rencontrer pour chercher des solutions à la crise.

 

La jeunesse des grandes écoles et universités peut-elle trouver un regain d’optimisme dans l’avenir en intégrant vos loges ?
Dans le monde où nous vivons, soumis à la vitesse et au stress, combien d’individus ont-ils le temps de s’interroger réellement sur les problèmes fondamentaux qu’ils rencontrent ou qui concernent la société ? La Franc-maçonnerie permet de prendre du recul deux fois par mois, en laissant ses problèmes personnels à la porte de la loge. La jeunesse, pleine d’énergie et de défis, qui a besoin de se construire, peut trouver chez nous la possibilité d’y réfléchir. Elle devient plus optimiste car elle acquiert des éléments de référence et peut prendre conscience que pour améliorer le monde, il convient peut-être d’abord de se perfectionner soi-même.

 

Patrick Simon