Nous assistons aujourd’hui à un phénomène d’intensification de l’innovation qui concerne, quasiment, tous les secteurs d’activités. Cette intensification est la résultante, en plus des implications de la mondialisation, d’un phénomène essentiel observé de plus en plus, celui des progrès technologiques, de la convergence des sciences et de l’hybridation des champs disciplinaires traditionnellement isolés (électronique, informatique, intelligence artificielle…).

 

Dans ce contexte, l’environnement d’action des entreprises est de plus en plus évolutif. La durée de vie des produits se réduit, la technologie évolue et les exigences et les attentes des clients se multiplient.

 L’innovation s’intensifie et se généralise…

La généralisation de la stratégie d’innovation intensive oblige les entreprises à mener leurs projets d’innovation de façon, à la fois, rapide et efficace. Ces projets d’innovation, qu’ils soient le résultat d’une démarche autonome ou induite, portent en eux une potentialité transformatrice de l’entreprise. D’un point de vue systémique, la relation de l’innovation avec les processus d’action de l’entreprise prend la forme d’un rapport d’échange et d’interactions complexes transformant ainsi l’ensemble considéré.

 

Aujourd’hui, elle doit être intégratrice de préoccupations nouvelles…

Une vision stratégique de l’innovation s’impose dans ce contexte et exige l’établissement d’un lien opérationnel entre, d’un côté, la stratégie générale de l’entreprise et les spécificités des projets d’innovation (Tremblay, 2003) et, d’un autre côté, les aspirations nouvelles des sociétés. Elle nécessite une complémentarité entre plusieurs facteurs concourant à sa réussite. En effet, contrairement à ce qu’affirment les modèles linéaires, la R&D n’est pas l’unique condition suffisante du succès d’une stratégie d’innovation (Boyer et Didier, 1998) mais il y a besoin également d’une forme de synchronisation entre divers facteurs dont dépend le succès d’une stratégie d’innovation. Ces facteurs sont divers et variés et vont des études de marchés et de la veille technologique à une gestion optimisée des ressources et des compétences déployées en passant par une revue des finalités de l’innovation.

Pour Axel Kahn et Heinz Wismann, il est indispensable d’inscrire l’innovation dans une perspective de progrès en lui assignant « une finalité dans une perspective humaniste » lui permettant ainsi une réconciliation avec la nature (Kahn et Wismann, 2012). Cette orientation nouvelle de l’innovation, (assez) utopiste pour certains, est en phase avec une prise de conscience grandissante de la finitude des ressources et de l’impact de l’activité humaine sur la nature.

 

… créatrice et porteuse de sens

Ainsi, l’innovation est considérée comme un phénomène complexe présentant de nombreuses caractéristiques qui en empêchent l’élucidation et une maîtrise totale : non linéarité, incertitude, instabilité, cohabitation d’ordre et de désordre, incomplétude, etc. Mais, comme tout phénomène complexe, l’innovation, tout en étant une contrainte et un risque d’incertitude pour l’entreprise peut constituer une source d’opportunités et d’atouts. Cette source réside principalement dans un alignement avec la quête de sens des générations futures qui s’exprime, selon Jean-Michel Caye (directeur associé du BCG), par « une volonté d’engagement qui est vraiment très importante » (Usine digitale.fr, 29/1/2016). S’interroger sur la dynamique des innovations et leurs succès conduit désormais les entreprises à se préoccuper de leurs sens et de la nature des transformations induites dans les sociétés.

Aujourd’hui, former nos jeunes dans ce domaine présente un enjeu majeur et un double défi (Laure Bertrand, cge.asso.fr, 26/02/2018) : tout d’abord, il faut qu’ils soient capables de faire face à leurs propres quêtes de sens et, puis, il faut qu’ils soient préparés à porter cette vision nouvelle de l’innovation dans leurs projets et responsabilités futures. C’est dans ce cadre, par exemple, que l’ISTEC axe son positionnement autour des nouveaux modèles d’affaires selon une approche transversale et dans une logique d’émergence d’une société responsable et solidaire. Enfin, une véritable stratégie d’innovation ne serait-t-elle pas celle créatrice et porteuse de sens ?

 

Bibliographie

Bertrand, L., (2018), La quête de sens des jeunes générations lance un défi aux entreprises classiques, cge.asso.fr, 26/02/2018.

Boyer, R., Didier, M., (1998), Innovation et croissance : relancer une dynamique de croissance durable par l’innovation, Innovation et Croissance, La Documentation Française, paris

Kahn, A., Wismann, H., (2012), Repenser le progrès dans une perspective humaniste, revue sciences et avenir.

Tremblay, D-G., (2003), Innovation, management et économie : comment la théorie économique rend-elle compte de l’innovation dans l’entreprise, Note de recherche, Canada.

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