À Grenoble, l’altitude n’est pas qu’une affaire de paysage : c’est un état d’esprit. On vise haut, on pense grand, on fabrique concret et on fait l’innovation. Vivien Quéma, administrateur général de Grenoble INP-UGA et président du Groupe INP, nous explique comment.
Où en est la transformation de l’établissement ?
Elle est en cours ! Le chantier est de taille, au point que le projet de transformation de l’administration est devenu un projet de transformation de l’établissement. Nous avançons fonction par fonction, en nous posant la question de la structure la plus appropriée pour chacune d’elles : scolarité, finances, ressources humaines, relations internationales, direction de la recherche. Grenoble INP – UGA est issu d’un regroupement d’écoles, chacune avec son mode de fonctionnement, autour desquelles se sont progressivement créés des services centraux. Par conséquent, nous constatons aujourd’hui une certaine hétérogénéité des pratiques administratives, rendant les services centraux inadaptés. Nous remettons donc tout à plat, ce qui prend un certain temps, car il faut cartographier les ressources humaines et les processus, pour en analyser les faiblesses et proposer de nouvelles organisations. Notre seule boussole, c’est l’efficacité et la qualité de vie au travail.
Et le modèle économique ?
Nous allons, pour la première fois cette année, mettre en place le nouveau modèle économique et financier. Il sera mis à l’épreuve lors de la construction du budget à venir. Le modèle économique et financier, c’est ce qui structure la construction du budget : comment on collecte les ressources, quels prélèvements on effectue, puis comment on répartit l’argent entre les écoles, les laboratoires, la vie étudiante, les relations internationales, les relations entreprise ou encore le fonctionnement courant. Jusqu’ici, nous étions surtout dans une logique d’expression des besoins : les composantes et les services faisaient remonter leurs demandes, puis on arbitrait. Nous passons désormais à une logique de dotation. La question devient : quel budget accorde-t-on aux composantes ? Et comment le calculer de façon juste ? Cette approche repose sur des critères objectifs : le nombre d’étudiants, le nombre de mètres carrés à entretenir, les missions portées… Comme pour tout sujet stratégique, le budget est élaboré collectivement avec les directions des écoles et des laboratoires. Cette approche prend certes plus de temps, mais permet d’aboutir à des solutions plus satisfaisantes et qui suscitent une adhésion plus forte.
Quelles transformations vont marquer l’année 2026 ?
Un établissement comme le nôtre est en perpétuelle évolution. Cette année, nous vivons un double événement : l’accréditation CTI de nos sept écoles d’ingénieurs et l’évaluation HCERES à l’échelle du site UGA. Cela nous a conduits à repenser une partie de notre offre de formation, avec la création de nouveaux diplômes d’établissement, de certificats de compétences, et une réflexion sur les formations tout au long de la vie. Nous avons également signé avec la région Auvergne-Rhône-Alpes une convention visant à augmenter de 25 % le nombre de diplômés dans les années à venir. Parmi les actions phares, nous pouvons notamment citer le développement de l’entrepreneuriat étudiant avec, cette année, la création d’InoPulse, un incubateur pour les projets d’entrepreneuriat étudiant. Enfin, nous travaillons à une meilleure articulation entre le diplôme d’ingénieur et les masters, ainsi qu’à une intégration plus marquée des enjeux liés aux grandes transitions. Cela se traduit aussi par plusieurs succès dans les appels à projets du plan France 2030, par exemple autour des matériaux biosourcés avec Pagora ou du nucléaire avec le projet N2G2V.
N2G2V : un projet phare pour la filière nucléaire
Lauréat de l’AMI-CMA France 2030, le projet N2G2V vise à renforcer l’enseignement de l’UGA et de Grenoble INP – UGA afin de répondre aux besoins de la filière nucléaire. Porté en collaboration avec de nombreux partenaires industriels, il doit permettre d’augmenter les capacités d’accueil, de développer de nouveaux enseignements, de renforcer l’attractivité du secteur et de porter le nombre de diplômés bac+5 spécialisés en nucléaire de 130 à 230.
Quel rôle entendez-vous jouer dans l’écosystème grenoblois ?
Le site grenoblois est assez simple à lire. Toutes les formations publiques d’ingénieurs sont dispensées au sein de Grenoble INP – UGA. Il relève donc de notre responsabilité de former sur le périmètre ingénieur-manager. Sur le plan de la recherche, notre marque de fabrique repose sur une recherche technologique : fondamentale ou appliquée, toujours à vocation technologique et au service des grands enjeux environnementaux et sociétaux. Nous travaillons de concert avec les partenaires du site, en parfaite complémentarité. Sur la formation, cela se joue notamment à l’interface avec les masters. En recherche, la logique est identique. Notre rôle est de contribuer à la recherche et à l’innovation technologique. Et nos partenariats sont de plus en plus souvent signés de façon tri- ou quadripartite, avec l’UGA, les organismes nationaux de recherche et les entreprises. Chacun apporte sa contribution à une offre cohérente et complémentaire.
Comment évoluent vos partenariats ?
Notre stratégie consiste à évoluer d’une succession de partenariats à une véritable stratégie partenariale, coordonnée et assumée. L’établissement possède un lien historique très fort avec le monde socio-économique, mais notre écosystème, malgré toute sa richesse, s’avère parfois hétérogène, insuffisamment lisible ou structuré dans la durée. Nous avons donc publié une charte partenariale pour clarifier les attentes et les objectifs, harmoniser les pratiques, définir des niveaux d’engagement et articuler les partenariats autour de nos trois missions fondamentales : la formation, la recherche et l’innovation. Cela se traduit par des partenariats structurants, à l’image des accords-cadres signés avec STMicroelectronics ou Schneider, par de nouvelles chaires autour de l’intelligence artificielle, des jumeaux numériques ou du numérique durable, et par une présence forte au salon Tech & Fest.
Qu’est-ce qui constitue l’ADN de Grenoble INP – UGA ?
Notre signature, c’est le régénératif. Nous visons à former des ingénieurs-managers qui seront des moteurs de cette transformation. Notre ADN repose sur une formation tournée vers l’action et la mise en œuvre, et qui repose sur des pédagogies fondées sur les projets, la mise en situation réelle, le travail d’équipe et la résolution de problématiques concrètes. C’est aussi une très forte culture expérimentale, adossée à des plateformes technologiques de premier plan. Le doer, chez nous, teste, itère, passe d’un concept à une application. Cette approche donne une compréhension fine des contraintes réelles – techniques, économiques, environnementales et sociétales – et passe par les projets, les stages, l’alternance, l’incubateur étudiant, ou encore la semaine Kaléidoscope qui ouvre l’espace des possibles et sensibilise les étudiants à de nouveaux sujets tels que la propriété intellectuelle. Oui, nous faisons les choses par plaisir, mais jamais sans questionnement.
La fierté de Vivien Quéma
Ce qui me rend très fier, c’est la force de notre collectif. C’est un établissement en constante évolution, qui sait prendre du recul sur lui-même, faire évoluer sa structure, son mode d’opération, son financement, mais aussi ses missions fondamentales au service de la société et des étudiants. Autres facteurs de fierté : notre modèle s’étend avec, par exemple, la création de Bretagne INP l’an dernier, l’ouverture d’un parcours Sciences du Vivant au sein de La Prépa INP, porté par Toulouse INP, la création de nouveaux diplômes d’établissement et la transformation de certains parcours de Master. Cette dynamique se retrouve dans la richesse de l’offre de formation, dans les recherches de premier plan, dans les innovations qui sortent des laboratoires, dans les startups créées, dans les projets remportés, dans les partenariats, mais aussi dans la vie étudiante. Nos étudiants sont véritablement des moteurs et des acteurs. Sans oublier l’excellence des résultats de nos étudiants sportifs de haut niveau aux Jeux de Milan-Cortina. Les initiatives poussent, fleurissent, et c’est extrêmement plaisant.