Alice Caplier, Grenoble INP -Phelma, UGA, ByCommute, et Quentin Candaele
Alice Caplier - crédit photo Pierre JAYET

Grenoble INP – Phelma, UGA : apprendre à oser – Interview croisée d’Alice Caplier et de Quentin Candaele

Ingénierie durable, intelligence artificielle, entrepreneuriat, vie associative : à Grenoble INP -Phelma, UGA, la formation d’ingénieur se pense aussi comme un terrain d’expérimentation. Entretien croisé avec Alice Caplier, directrice de l’école, et Quentin Candaele, diplômé de Phelma et cofondateur de la startup ByCommute.

Quels sont les grands chantiers engagés à Phelma cette année ?

Alice Caplier : Nous avons deux grands chantiers pédagogiques : la sensibilisation et la formation à l’utilisation de l’intelligence artificielle, et la transformation de nos maquettes pédagogiques, avec l’inclusion, sur trois ans, d’un parcours d’enseignement aux transitions portant sur les enjeux économiques et scientifiques, l’analyse du cycle de vie et le bilan carbone, et l’éco-conception et la recyclabilité.

Alice Caplier, Grenoble INP -Phelma, UGA, ByCommute, et Quentin Candaele
Quentin crédit photo Grenoble INP – UGA

Quentin Candaele : Ces sujets résonnent directement avec notre quotidien chez ByCommute. Nous construisons l’entreprise comme une entreprise digitale. Nous utilisons beaucoup l’IA, l’automatisation et les logiciels pour mesurer concrètement le potentiel de notre produit sur le terrain.

ByCommute, du campus à la mobilité du quotidien

L’idée de ByCommute est née d’une rencontre : celle de Quentin et de son associé, Guillaure Cornet, diplômé de l’IAE, lors d’un salon d’étudiants-entrepreneurs. Le concept : construire des abris vélo sécurisés à partir de conteneurs maritimes usagés. Le premier abri a été installé en 2023 sur le campus de Valence. Aujourd’hui, la startup pose un à deux abris par semaine et crée ainsi 40 à 60 nouvelles places de vélo. L’entreprise compte huit personnes, toutes issues du bassin grenoblois. Une réussite saluée par Alice Caplier : « ByCommute existe grâce à la rencontre entre un ingénieur et un manager. Cette complémentarité entre les écoles, entre l’ingénierie et le management, fonctionne très bien. Et grâce aux formations dispensées à Grenoble INP, pas besoin d’aller chercher les talents ailleurs. »

Comment concilier transition écologique et usage intensif de l’IA ?

Quentin Candaele : Nous nous sommes posé cette question en interne. Nous avons demandé à un expert en calcul carbone de comparer l’impact de notre usage de la tech avec l’impact positif généré par la pose d’abris à vélos. On peut alors voir l’IA comme un investissement carbone.

Alice Caplier : C’est précisément ce que nous voulons apprendre aux élèves : avoir l’esprit critique nécessaire pour établir un bilan carbone complet. Il ne s’agit pas juste de dire qu’une solution est bonne ou mauvaise. Il faut analyser l’ensemble des coûts, des usages et des bénéfices.

L’IA change-t-elle déjà la formation des ingénieurs ?

Alice Caplier : Cette année, nous avons introduit en première année un cours de sensibilisation à l’IA et aux IA génératives, couplé à un projet de groupe. Les élèves doivent expliquer comment ils les ont utilisées, ce qu’elles leur ont permis de faire, ainsi que leur valeur ajoutée par rapport à ce que l’IA leur propose. C’est un point essentiel. L’IA générative ne va pas tout faire à leur place. Nous allons aussi devoir changer nos méthodes d’évaluation et augmenter la complexité de ce que nous demandons aux élèves.

Quel sera alors le rôle de l’ingénieur demain ?

Alice Caplier : L’ingénieur devra apporter des idées nouvelles. L’IA générative ne sortira pas des règles. Elle n’a pas de discernement. Elle ne fait que proposer ce qui est le plus probable. Si l’on veut avancer, il faudra toujours des personnes créatives, capables de prendre des risques, d’analyser, de penser autrement.

Quentin Candaele : L’ingénieur de demain devra savoir utiliser les bons outils, poser les bonnes questions, comprendre ce que fait l’IA et lui donner les bonnes directives tout en conservant cette capacité à penser out of the box.

Qu’est-ce que Phelma apporte de plus ?

Quentin Candaele : Les soft skills. Ma formation technique m’aide, bien sûr, mais ce qui m’a le plus servi, ce sont la communication, le management, le travail en groupe et les associations. Les associations m’ont énormément appris et m’ont donné envie d’entreprendre. Quand on se rend compte qu’on peut organiser un événement pour 500 personnes ou diriger une équipe de 30 personnes, on comprend qu’on est capable de faire bien plus que ce qu’on imaginait. Donc regardez autour de vous et osez construire en dehors des cours.