Interview Louiliam Clot Grenoble INP Alumni

Grenoble INP Alumni : les anciens impulsent le renouveau – L’interview de Louiliam Clot, président de Grenoble INP Alumni

Plus jeune président de Grenoble INP Alumni depuis plus de 120 ans qu’existe l’association, Louiliam Clot (Grenoble INP – Phelma 22) fait souffler un vent de fraîcheur sur les alumni. Une jeunesse synonyme de renouveau et d’engagement pour l’avenir. En témoignent les nombreux projets envisagés ou même déjà lancés.

Quel a été votre premier défi en tant que président de Grenoble INP Alumni ?

Toutes les associations d’alumni en France font le même constat : la chute du nombre d’adhérents depuis ces vingt dernières années, et Grenoble INP Alumni n’a pas fait exception à la règle ! Internet et les réseaux sociaux notamment ont profondément modifié l’intérêt lié aux réseaux d’alumni. Aujourd’hui, LinkedIn est devenu le réseau professionnel de référence, et Facebook ou WhatsApp des vecteurs privilégiés de liens sociaux. Il était donc impératif de se renouveler en changeant de modèle.

C’est quoi alors une asso d’alumni en 2025 ?

C’est une organisation qui sert à avoir un réseau social professionnel avec un maillage un peu plus centré que sur LinkedIn et à faire le lien entre les anciens élèves et les écoles, notamment au niveau des stages. C’est une relation à double sens entre les élèves qui demandent des stages et les alumni qui ont besoin de stagiaires. Il a donc fallu changer de paradigme et réinventer le concept d’association d’alumni. Aujourd’hui, la plupart des événements que nous organisons ne sont pas des réunions de promo. Ce sont des afterworks dans lesquels on invite les étudiants et les ingénieurs qui cherchent des stagiaires. Et ça marche. Le nombre de nos adhérents a augmenté en 2024 et la tendance devrait se confirmer en 2025.

Un exemple qui témoigne du renouveau de l’association ?

Nous avons décidé de travailler avec les Junior-Entreprises des écoles et de les soutenir. Elles organisent notamment les afterworks grenoblois. En parallèle, certains de nos membres leur dispensent des formations sur la manière de gérer une entreprise. Le modèle fonctionne vraiment très bien. Nous sommes devenus un de leurs partenaires privilégiés pour les aider dans leur business.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans l’association ?

Je suis autiste de haut niveau. L’autisme fait que mes facultés relationnelles sont différentes. Je ne viens pas non plus d’une famille d’ingénieurs, mes parents sont musiciens. Donc lorsque je suis arrivé à Phelma, je n’avais ni réseau, ni compétences sociales consolidées. Je me suis alors rendu compte qu’il était important de me constituer un réseau pour m’aider d’un point de vue professionnel, mais aussi personnel en me forçant un peu à voir du monde et à comprendre un peu mieux comment fonctionne la sociabilisation en société. Le jour de la rentrée, le discours d’accueil de la présidente de Phelma Alumni m’a particulièrement marqué. Je me suis donc engagé à ses côtés et aussi dans trois autres associations (Surréalist’ — Liste BDA ; INPulse-Adelphie, LGBT+ et féministe ; Phelma News, journal des élèves de Phelma). Je sais que j’ai besoin de m’améliorer dans mes relations sociales et le meilleur moyen de se faire du réseau, c’est l’engagement associatif. J’ai tellement progressé que je me suis même présenté aux élections législatives en juin 2024. Cela m’aide aussi énormément dans mon métier de doctorant où je dois parfois prendre la parole en séminaires ou lors de conférences internationales au cours desquelles je présente un article. Désormais, je sais maintenir le lien une fois sorti de scène.

Qu’est-ce qui fait la force de Grenoble INP – UGA et, par extension, de ses jeunes dip’ ?

Je dirais principalement la qualité de ses formations et celle de son environnement. Ici, vous bénéficiez à la fois de la force d’un groupe, avec des moments de compétition inter-écoles, mais aussi de cohésion et de collaboration, et de la reconnaissance internationale du savoir-faire de chaque école depuis des dizaines d’années. La transmission du savoir est phénoménale. Sur la presqu’île scientifique où se situent la plupart des écoles et des laboratoires, vous baignez en permanence dans un environnement stimulant et très sain, tant au niveau de l’état d’esprit lié à l’effet groupe que de la qualité de vie. En première année, les écoles vous offrent même des séances pour vous apprendre à skier !

Quels sont vos projets pour l’année à venir ?

En accord avec le Conseil d’Administration, je délègue mes responsabilités le temps de finaliser et de soutenir ma thèse, ainsi que de préparer la suite de ma vie professionnelle postdoctorale. L’idée est donc de continuer à pérenniser le travail que l’on est en train de mener, à commencer par nos relations avec les Junior-Entreprises et les efforts d’investissement réalisés dans des outils numériques pour, notamment, faciliter la recherche des diplômés sur LinkedIn. Le but est de disposer de boîtes à outils pérennes. Un autre objectif est d’homogénéiser notre communication auprès des écoles. Enfin, mon vœu personnel serait d’accéder à la parité générationnelle et à la parité femmes – hommes au sein du conseil d’administration, au moins dans les mêmes proportions que dans les écoles d’ingénieurs, à savoir avoir 30 % de femmes.

C’est quoi finalement être un ingénieur de Grenoble INP-UGA ?

Je vais vous partager une anecdote. Le week-end du 14-15 mars 2020, tous les étudiants rentraient chez eux pour se confiner car les écoles et universités fermaient le lundi. Je me souviens avoir passé la journée du dimanche au téléphone avec une professeure qui était à quelques années de la retraite, et dont la connaissance et l’utilisation de l’informatique étaient très limitées, afin d’organiser les cours en ligne. Voilà ce qu’on attend fondamentalement d’un ingénieur. Vous avez un problème et vous devez trouver une solution… et vite, car on est passé du jour au lendemain d’un monde présentiel à un monde virtuel.

Un conseil pour les futurs élèves et diplômés ?

Ne négligez pas le réseau et encore moins vos réseaux ! N’oubliez pas qu’il existe de nombreux réseaux professionnels : LinkedIn, celui de votre promo, celui de votre secteur d’activité… Et à chaque réseau, sa personnalité. Aussi, profitez de vos années à Grenoble INP – UGA qui vont être parmi les meilleures de votre vie. C’est un ancien qui a intégré en 2019 juste avant le Covid qui vous le dit ! Donc, nourrissez-vous de ces années et dites-vous que ce ne sera jamais fini. Tout ce que vous aurez vécu vous servira toujours pour améliorer votre vie. Et n’oubliez pas de passer voir les anciens à l’occasion.

Et un message plus personnel à leur adresser ?

Même si l’ascenseur social n’existe pas, l’escalier social, lui, existe toujours ! L’ascenseur va certes vous emmener au sommet en un clic, mais avec un peu de volonté, l’escalier vous offrira une vraie possibilité de monter un étage ou deux. Mon cas le prouve : j’ai un handicap, il y a 40 ans, jamais je n’aurais été ingénieur. La persévérance peut permettre de réaliser vos ambitions et on n’est jamais seul. On peut trouver de l’aide. Si on travaille et que l’on sait bien s’entourer, alors on peut réussir de grandes choses. Or un ingénieur est une personne qui résout des problématiques avec les outils ET les personnes qu’il a à sa disposition.

Contact : contact@alumni.grenoble-inp.fr