Interview Romain Soubeyran CentraleSupélec
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Être ingénieur, c’est trouver des solutions aux problèmes qui se posent à l’Humanité – L’interview de Romain Soubeyran

Les écoles d’ingénieurs figurent en 2e position des formations les plus demandées sur Parcoursup en 2025. Pourtant, la France manque encore cruellement d’ingénieurs. Dans ce contexte, Romain Soubeyran, directeur de CentraleSupélec, affiche ses ambitions.

Quoi de neuf en 2025 – 2026 pour CentraleSupélec ?

Interview Romain Soubeyran CentraleSupélec
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Dans un contexte de pénurie de compétences et de vocations en ingénierie en France, notre plan stratégique 2023-2032 porte l’objectif ambitieux de doubler le nombre de nos diplômés, tout en conservant un même niveau d’excellence. Nous ouvrons donc de nouveaux diplômes tournés vers l’international, conformes aux standards mondiaux (MSc et bachelors), notamment nord-américains, sur le modèle de notre Bachelor of Global Engineering proposé avec l’Université McGill au Québec. Nous créons en 2025 deux nouveaux bachelors avec City University of Hong Kong (CityUHK) et la principale université privée indienne, Birla Institute of Technology & Science (BITS). Dès septembre, ces deux nouveaux bachelors accueilleront respectivement 40 et 50 élèves qui effectueront leurs deux premières années à l’étranger, puis les deux dernières chez nous. À terme, nous prévoyons des promotions comprises entre 100 et 150 élèves pour chacun. En parallèle de notre cursus d’ingénieur généraliste, nous lançons à la rentrée six diplômes d’ingénieur de spécialité portant ainsi à sept le nombre de diplômes d’ingénieur à l’école. Un nouveau MSc en management global des risques va également être proposé à la rentrée dans le cadre de la formation continue. Enfin, nous prévoyons d’augmenter le nombre de doctorants à travers le développement de la recherche sur contrat. Nous sommes déjà passés de 8 millions d’euros de contrats de recherche en 2018 à 30 millions en 2024.

Quel impact sur les relations entreprises ?

Historiquement, nous entretenons des relations très étroites avec le monde socio-économique. L’école a d’ailleurs obtenu pour la 6e année consécutive le Trophée Agires Synergie pour la qualité de ses relations entreprises, et reste l’institution française la plus appréciée dans le monde pour l’employabilité de ses diplômés selon le classement THE/Emerging. Nous organisons 120 événements d’entreprises par an à l’école, et les acteurs socio-économiques sont largement représentés au sein de notre conseil d’administration. C’est aussi en réponse à la forte demande de nos partenaires industriels que nous avons ouvert nos six cursus d’ingénieur de spécialité (en Électronique, Cybersécurité, Génie physique, Systèmes numériques, Informatique, et Génie électrique), au carrefour des compétences qu’ils recherchent et de  nos domaines d’expertise. C’est dans ces domaines-là que nous prévoyons d’accueillir trois chercheurs issus de Columbia et Georgia Tech dans le cadre de notre initiative Safe Place For Science.

Quelle vision de l’ingénieur entendez-vous porter au sein de l’école ?

De tout temps, les ingénieurs trouvent des solutions aux problèmes qui se posent à l’Humanité. Particulièrement depuis ces deux derniers siècles, l’ingénieur met en œuvre une démarche scientifique pour avancer. Et ça fonctionne. On le constate par l’allongement considérable de la durée de vie, le recul de la misère et de la faim dans le monde, ou encore face à la pollution, par exemple avec l’amélioration de la qualité de l’air à Pékin (où se trouve une école Centrale). Aujourd’hui, si les ingénieurs ne savent pas réguler l’addiction à la consommation de nos sociétés, ils peuvent néanmoins contribuer à réduire les atteintes à la nature et à atténuer les impacts sur les communautés humaines. C’est tout le concept de développement durable :  d’une part, réduire sur le long terme l’impact des activités humainessur la nature et, d’autre part, limiter l’impact sur l’Humanité des changements en cours, à commencer par le changement climatique.

Comment intégrez-vous ces enjeux dans la formation ?

Nous les intégrons à plusieurs niveaux. Tout d’abord, en entraînant nos élèves à appréhender des systèmes complexes à travers une vision holistique des problèmes, incluant notamment tous les impacts à court et long terme. D’où l’intérêt de la formation généraliste. Ensuite, nous les habituons à se montrer créatifs et proactifs en les exposant à l’entrepreneuriat tout au long de leur cursus, afin d’imaginer des solutions. Être créatif implique une grande ouverture d’esprit qui s’acquiert notamment par la culture générale, la pratique des arts, l’exposition à d’autres cultures, etc. Un ingénieur doit résoudre des problèmes en innovant, il faut donc l’habituer à sortir de sa zone de confort et à se confronter à des domaines qu’il ne maîtrise pas. Notre pédagogie en mode projet y contribue.

Comment collaborez-vous avec votre écosystème ?

Aujourd’hui, nous avons besoin d’ingénieurs dans tous les domaines : média, santé, pharmacie, design, sciences humaines et sociales, droit, économie, etc. L’Université Paris-Saclay compte ainsi une multitude d’activités où les compétences en ingénierie sont requises, elle nous aide donc grandement à hybrider nos formations. Du côté du Groupe des Écoles Centrale, nous pouvons nous appuyer sur notre ADN commun d’ingénieur généraliste, d’ingénieur à impact à vocation humaniste, pour expérimenter et partager les meilleures pratiques. Les réflexions sont permanentes et les synergies multiples. À l’international enfin, nous sommes engagés à diffuser le modèle de formation d’ingénieur à la française. Nous nous attachons aussi à développer des partenariats forts avec de grandes universités autour de nouveaux diplômes internationaux. À l’image de nos bachelors qui viennent compléter nos 90 doubles diplômes ingénieurs existants.

À quoi ressemblera l’ingénieur CentraleSupélec à l’avenir ?

Nous souhaitons former des personnalités créatives qui raisonnent rationnellement en s’appuyant sur un socle scientifique et technique extrêmement solide. Les émotions sont clés pour s’engager, mais il faut être capable de les maîtriser et de privilégier la raison pour agir. La société actuelle n’y pousse pas toujours. Sur les savoir-être, le jeune ingénieur doit trouver le bon équilibre entre la confiance en soi pour être innovant, et l’humilité pour écouter les personnes en désaccord avec lui et, ainsi, se remettre en cause. Nous souhaitons une forte ouverture d’esprit. D’où par exemple notre filière de recrutement d’artistes et de sportifs de haut niveau. Le sport notamment développe l’humilité et la confiance en soi, mais aussi l’exigence, le goût de l’effort, le sens du collectif et la solidarité. L’intégrité est également nécessaire pour créer de la confiance, celle-ci étant indispensable pour l’épanouissement et le succès de toute communauté humaine. Il est essentiel de promouvoir auprès des jeunes ingénieurs ces valeurs qui leur permettront d’avoir le maximum d’impact dans leurs futures activités.

Un message à leur adresser ?

Aux élèves qui nous rejoignent, j’explique : en entrant dans notre école, vous devenez membre de la communauté de CentraleSupélec et rejoignez une longue lignée, de près de deux siècles, de grands scientifiques et d’entrepreneurs qui ont permis des avancées considérables de la société. C’est un honneur et une responsabilité qui vous engage. Leurs exemples doivent vous inspirer. Vous en serez dignes en œuvrant, à votre tour, pour le bien commun.