Pour en savoir plus sur l’attention des étudiants ou pour manager avec ses émotions, les sphères éducative et professionnelle font appel aux connaissances et méthodes des neurosciences. Comment aident-elles concrètement à mieux comprendre le fonctionnement humain pour mieux l’accompagner ? Eclairage avec François Bonvalet, directeur de TBS, alors que l’institution développe son expertise dans ce domaine.

 

Dans l’éducation, l’évolution rapide des technologies pousse les professeurs à réévaluer leurs méthodes d’enseignement. L’attention, la mémorisation et la compréhension des cours par les étudiants sont au cœur de leurs préoccupations. TBS s’est emparée de ces questions avec son Brain Training Center. « Aujourd’hui, l’école se pose la question des durées optimales de séquences pédagogiques durant lesquelles l’attention, la compréhension et la mémorisation seraient au plus haut niveau chez nos élèves. Nous voulons leur fournir des cours d’une durée optimale pour un meilleur apprentissage. Nous travaillons également sur les programmes online et sur les différences d’interprétation et de restitution des savoirs par rapport à un cours en présentiel. »

François Bonvalet credits TBS

Neurosciences : de l’école à la vie active

Outre l’efficacité des séquences pédagogiques, les neurosciences peuvent également apporter des réponses sur les apports des enseignements dans le monde du travail. « Nous utilisons beaucoup les serious games, car nous comprenons leurs vertus éducatives, mais nous n’avons jamais mesuré leur efficacité dans la sphère professionnelle. Nous ne savons pas si des étudiants sauront réagir plus vite s’ils se trouvent dans la même situation que dans leur jeu. Grâce à notre experte en neurosciences, nous allons observer l’efficacité de ces dispositifs. »

Au-delà de l’éducation, les neurosciences trouvent également des applications au sein des entreprises et plus particulièrement dans le management et la gestion des émotions des collaborateurs. « Les neurosciences permettent de trouver un équilibre entre la rationalité et l’émotion. Désormais, on sait que leur prise en compte et leur maîtrise permet de créer des conditions de travail optimales. » Cette analyse des émotions par les neurosciences trouve des applications dans des secteurs très divers. Dans l’armée par exemple, elles permettent de mieux comprendre les décisions prises les militaires dans des situations de stress intense. Dans l’aviation, elles peuvent servir à détecter des émotions négatives chez les pilotes de ligne qui peuvent être un facteur d’accident.

Actuellement, les neurosciences répondent aux grandes questions posées par les organisations et la société sur la relation homme-machine. L’intégration de plus en plus importante de l’intelligence artificielle oblige le manager à adapter ses décisions en prenant en compte le volet émotionnel et humain, mais également la machine. À TBS, le professeur Laurent Germain a étudié les relations homme-machine dans le cadre du trading haute fréquence. « Même si l’intelligence artificielle permet de réaliser un nombre important de transactions par minute, les émotions de l’être humain lui donnent une capacité à sortir du cadre, une qualité essentielle au métier. »

« Il n’y aura pas de révolution totale des pratiques »

Malgré de nombreux impacts dans le monde académique et au sein des entreprises, François Bonvalet ne voit pas émerger de réelle tendance, surtout dans l’enseignement. « Il n’y aura pas de révolution totale des pratiques. Depuis Socrate, les méthodes ont évolué, mais une constante demeure : la relation entre l’apprenant et le pédagogue. Les neurosciences n’auront donc qu’une influence limitée, car l’éducation est un secteur où on retrouve une forte implication de l’humain. De nombreux professeurs continueront à privilégier cette approche, quels que soient les atouts de ces sciences. »