A travers sa provocation sonore, le questionnement engagé souhaite interpeller la notion de quotient intellectuel et ses diverses déclinaisons. Le QI qui a inauguré le règne des quotients (émotionnel, culturel, digital…) est moins prédictif qu’il n’y parait si on l’extrait de son substrat psychologique. D’autres variables, plus situationnelles qu’individuelles, interviennent dans la réussite.

 

Car l’« intelligence », telle que je la comprends, n’est pas une faculté arrêtée aux catégories figées […], elle s’active et se déploie, progresse, au fur et à mesure des intelligibilités traversées […] Or, plus ces intelligibilités sont écartées les unes des autres, plus elles donnent à découvrir et traverser. (François Jullien, Entrer dans une pensée ou des possibles de l’esprit, 2012, Gallimard, p. 20).

 

Un Q peut en cacher un autre

En matière de quotients visant à mesurer une aptitude étalonnée, le plus dodu (donc sexy) des Q reste le QI, quoi qu’on en dise. On le critique certes à l’envi, mais durablement, ce qui témoigne en premier lieu de sa pérennité. Créé à l’origine pour prédire le succès scolaire des enfants, le QI dans sa version adulte mesure quatre items : la compréhension verbale, la logique, la mémoire de travail et la vitesse de résolution des problèmes. Bien que centenaire, le QI reste alerte ; il continue de servir (certains diront sévir) dès qu’un soupçon de précocité est soupçonné dans une progéniture donnée.
Beaucoup plus jeune, le QE apparait dans les années 90, issu de ses deux pères (Peter Salovey et John Mayer), avec le vent en poupe, grâce à son parrain qui l’a popularisé, Daniel Goleman. L’intelligence émotionnelle se mesure en tant que conscience de soi, gestion de ses émotions, conscience sociale et gestion des relations. Diriger une entreprise avec succès dépendrait davantage du QE que du QI.

 

Quand deux Q se fréquentent

Le QC (C comme curiosité ou comme culturel) se déploie également, sans pouvoir encore être taxé de mature, avec moins de vigueur que ses grands frères. Sa particularité est de concerner la prise en compte de l’intelligence de l’autre. Il y a un pas de franchi qui ouvre la porte à l’interaction. Mais quelle intelligence faut-il alors déployer pour rendre féconde cette interaction quand la distance culturelle est grande ?

 « Au lieu de prétendre identifier des « différences » qui caractériseraient les cultures, je cherche à y détecter des écarts qui fassent reparaitre du choix et remettent en tension la pensée » (François Jullien, De l’Etre au Vivre Lexique Euro-chinois de la pensée, 2015, Gallimard)

 

Savez-vous lire écrire, compter et… cliquer ?

Quant au QD qui renvoie à l’intelligence digitale, son potentiel semble d’abord se décliner en fonction de la tranche d’âge à laquelle on appartient. Le QD serait le grand égalisateur dans la mesure où il suffirait de pratiquer pour apprendre à cliquer juste. On parle ainsi de numératie, terme forgé sur celui de littératie. Pour autant, saura-t-on encore lire et entendre les « illettrés » qui résistent à l’avènement du (tout) digital ?

 

Attention au Q qui cache la forêt

Ce sont les civilisations indo-européennes, qualifiées d’alphabétiques par David Abram, qui ont forgé les processus mentaux dominants pour connaitre et penser, de l’abstraction philosophique d’hier au virtuel technologique d’aujourd’hui. Mais c’est la même rupture, ontologique, qui reste à l’œuvre, entre le savoir (lire, écrire, compter, et désormais cliquer) d’une part, et la vaste forêt du monde d’autre part.
L’enjeu est de s’extirper de l’univers uniforme des Q en tout genre, dès lors qu’ils sont pensés comme attributs individuels, de l’enfant précoce au high po en entreprise. Que signifie avoir du Q, si ce n’est renvoyer à autre chose que soi ? Donc sortir de la diversité apparente des quotients (QI, QE, QC) étalonnés, pour se (re-)connecter à l’écoute de l’environnement (David Abram), à l’inouï du vivre (François Jullien), à la résonance du monde (Hartmut Rosa).
Le potentiel n’est pas ego-céphalo-centré. Il se niche d’abord dans les situations qui portent et contraignent des individus embarqués dans ces situations. L’enjeu pour tous, de l’artiste à l’entrepreneur, est de se mettre à l’écoute.

Assis tranquillement, sans rien faire,
le printemps arrive,
l’herbe pousse, par elle – même.
Bâsho (1644-1694), grand maître japonais du haïku

 

Quand la culture des quotients se décline à l’aune de l’individu mesurable et de sa performance intellectuelle ou comportementale, il y a entrave à la réception de ce qui vibre autour de soi, qu’on l’appelle le monde, le réel ou le vivant. Il s’agit pourtant de la première source (et ressource) à comprendre pour l’explorer et l’exploiter, en intelligence de situation. Saura-t-on s’y rendre disponible ? Telle est la question à la fois stratégique et éthique qui se pose aujourd’hui.

L’auteur est

Sybille Persson, Professeur ICN Business School

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