Avec la formation d’Aix-Marseille Université il y a 2 ans, l’agenda 2014 de son président Yvon Berland est dense. Nouvelle organisation, développement des relations avec les entreprises, projets pour ses étudiants, priorité à l’insertion professionnelle des diplômés, comment bâtit-il les fondations d’une nouvelle université ? Il nous dit tout.

 

Yvon Berland en discussion avec des étudiants d’AMU

Yvon Berland en discussion avec des étudiants d’AMU

 

Quel est votre plus grand enjeu pour AMU formée il y a deux ans ?
L’enjeu primordial était de bâtir les fondations solides d’Aix-Marseille Université lui permettant de monter au plus haut niveau son offre de formation et sa recherche dans un contexte universitaire national en mutation, et de pouvoir jouer un rôle majeur dans la compétition internationale.
Pour cela nous avons travaillé à :
– Installer l’ensemble des composantes de l’université unique – nous sommes passés de 40 composantes à 19.
– Instaurer une méthode de travail permettant de passer de trois organisations administratives et techniques à une nouvelle organisation au bénéfice d’une seule université de 72 000 étudiants, près de 8 000 personnels et 132 structures de recherche situés sur 5 campus dans deux villes. – Instaurer des procédures claires notamment en matière financière pour sécuriser la gestion d’un établissement dont le budget annuel s’élève à près de 750 M€.

 

Quels objectifs communs et synergies pouvez-vous créer dans un contexte de variété des disciplines et métiers auxquels préparent les départements de l’université ?
Une université unique rassemblant 5 grands secteurs disciplinaires permet la transdisciplinarité, la construction d’une culture universitaire riche, ouverte sur l’international et capable de répondre aux enjeux de la société. L’ouverture de 5 secteurs les uns aux autres favorise les interactions en matière de recherche et formation. L’association du droit et de la santé, de la médecine et de l’art, du sport et de l’économie, par exemple, peut créer de nouvelles formations pour de nouveaux métiers si cela correspond aux besoins du monde du travail. Ce sont ces nouveaux besoins que nous identifions avec nos partenaires économiques.

 

‘‘C’est aux universitaires de prendre conscience
que le monde change
et de faire changer l’université en l’adaptant intelligemment aux évolutions sociétales et aux nouvelles exigences du monde du travail.’’

Existe-t-il déjà une culture, un sentiment d’appartenance à la communauté d’AMU ?
Etudiants et personnels d’AMU s’approprient jour après jour cette nouvelle culture. Un intense travail de communication a été fait ces 18 premiers mois. De nombreux signes et témoignages me permettent de constater qu’un sentiment d’appartenance s’installe. Cela prendra du temps pour qu’il se généralise et comme tout sentiment d’appartenance, il faudra l’entretenir. Ma conviction est que les étudiants s’approprient davantage AMU qu’ils ne s’appropriaient les anciennes universités. Auparavant, ils s’identifiaient à leur faculté, institut ou école. Certes, les identités « de promo » perdurent, c’est important ; mais elles s’accompagnent aujourd’hui d’un sentiment d’appartenance à une grande université pluridisciplinaire qui a su, déjà, obtenir de réels succès.

 

Pensez-vous que votre culture et vos valeurs de médecin ont un impact sur votre manière d’envisagervotre rôle de président, le développement des étudiants et des enseignants-chercheurs ?
Oui, sans doute. Ma formation de médecin m’a appris à distinguer ce qui est urgent de ce qui l’est moins. Confronté à des maladies graves dans ma spécialité, la néphrologie, elle m’a appris à relativiser. Elle a également développé mes capacités d’écoute, compétence essentielle d’un manager, et m’a appris à pouvoir expliquer clairement les choses, en relations interpersonnelles étroites. Surtout, elle m’a appris à savoir prendre des décisions. Mes responsabilités cliniques m’ont par ailleurs enseigné deux qualités indispensables pour construire : la rigueur et le pragmatisme.

 

Est-ce important pour vous de lutter contre les stéréotypes sur l’université qui sont à la source de craintes des familles quant à l’intégration professionnelle de leurs enfants ?
Absolument. Cela procède de la modernisation de l’université dans laquelle nous sommes engagés. Dans un contexte concurrentiel et une économie en crise, il est important que l’université renforce son rôle et redore son image. C’est aux universitaires de prendre conscience que le monde change et de faire changer l’université en l’adaptant intelligemment aux évolutions sociétales et aux nouvelles exigences du monde du travail. Trop longtemps, l’université a été repliée sur elle-même. Elle doit s’ouvrir à la société, au monde socio-économique. Oui l’université doit produire de la connaissance et savoir la transmettre mais, à côté de ses missions d’enseignement et de recherche, l’insertion professionnelle des étudiants figure parmi ses priorités. En ce sens l’université est un acteur du développement économique de son territoire. Il persiste des stéréotypes sur l’université, quelque part ce n’est pas sans raison. C’est aux universités, par leurs actions, de faire tomber ces stéréotypes. Nos diplômés insérés dans la vie professionnelle seront les meilleurs ambassadeurs de nos établissements si nous savons évoluer.

 

Quelles actions déployez-vous pour valoriser vos profils universitaires aux yeux des recruteurs ?
Le renforcement des liens avec les décideurs socio-économiques est un axe majeur du développement d’AMU. Tout au long de l’année nous organisons des « forums-emplois-stages » et des rencontres entre étudiants et recruteurs. Depuis deux ans nous multiplions les séances de travail avec des grandes entreprises du territoire pour élaborer des partenariats de formation et de recherche. Des professionnels interviennent dans les formations, des conventions permettent à nos étudiants d’obtenir des stages en entreprise. En novembre, nous avons organisé la première édition de la « Semaine AMU-Entreprises » avec plus de 120 partenaires. Elle a été un succès et nous la renouvèlerons chaque année. Ce type d’actions est facilité par l’existence d’une seule université sur le site, plus visible, plus lisible et plus accessible.

 

Quel serait votre plus grand rêve pour Aix-Marseille Université ? Pour ses étudiants, ses enseignants-chercheurs, son territoire ?
Cette formulation est intéressante ! Cette année encore la campagne de communication d’AMU traduit l’idée que l’université offre à tous, enfants comme adultes, la possibilité de réaliser ses rêves et ses ambitions. Mon rêve serait que, grâce à AMU, étudiants et personnels atteignent leurs objectifs. Et qu’Aix-Marseille Université soit un acteur incontournable pour le développement du territoire.

 

Quels seront les impacts des dispositions de la loi Fioraso pour AMU ?
La loi Fioraso incite au regroupement sur les sites. Pour AMU, c’est fait. Nous pourrons mener des conventions de projets permettant une association, notamment avec nos partenaires : université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, Centrale Marseille et Sciences-Po Aix. Sur le site, notre Initiative d’excellence A*MIDEX est un outil de coopération qui unit Aix-Marseille Université, le CNRS, l’Inserm, le CEA, l’IRD, Centrale Marseille, Sciences Po Aix et l’AP-HM. Nous nous réunissons chaque mois pour développer l’Enseignement et la Recherche sur le site.

 

A. D-F