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AgroParisTech – Ingénieurs du vivant : le virage collectif

Dialogue avec les entreprises, refonte du cursus et rôle des ingénieurs agro face aux défis du vivant : Laurent Buisson, DG d’AgroParisTech et Maroua Izzo, étudiante en 2A et présidente du Forum Vitae 2025, croisent leur regard sur ces sujets au cœur des débats au sein de l’école.

AgroParisTech a lancé une convention étudiante à la suite de l’annulation du Forum Vitae en juillet 2025. Quels en étaient les objectifs ?

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Laurent Buisson. Il faut d’abord rappeler qu’elle a été lancée à l’initiative des étudiants. Nous sentions depuis quelques années déjà des tensions entre étudiants, certains ne se retrouvant pas dans le panel des employeurs invités et d’autres ne souhaitant pas voir certaines entreprises invitées. Face à cette diversité de points de vue (tout à fait normale dans une communauté aussi large que la nôtre), nous avons tout de suite accepté l’organisation de cette convention étudiante car il nous semblait important de consulter un groupe d’étudiants représentatifs de la diversité des publics et des opinions sur ce sujet central. Nous avons reçu cette proposition comme un moyen intéressant d’avancer et de dégager des pistes de progression..

Quelles propositions de cette convention vos semblent les plus pertinentes ?

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Maroua Izzo. D’abord, celle d’inscrire le Forum dans une démarche uniquement proactive (et non réactive). C’est-à-dire d’inviter les entreprises à notre propre initiative, sans lancer d’appel à participation. Pour les prochaines éditions, nous souhaitons mettre en place une grille d’évaluation, dont les critères seront établis avec l’aide de professionnels et débattus au sein de la communauté étudiante. Cela devrait nous permettre d’assurer plus de diversité, aussi bien en termes de types de structures, que d’activités et alternatives représentées.

Laurent Buisson. Cette convention a aussi permis de réfléchir à la manière de répondre aux besoins de l’ensemble de nos étudiants : élèves-ingénieurs bien sûr, mais aussi étudiants en masters, en les intégrant notamment à la cellule organisatrice du forum, qui revenait historiquement toujours à la même promotion. Mais ce que je retiens surtout de cette convention, c’est sa logique proactive, collective et positive.

Le programme Avenir-Agro a été lancé en 2025 pour créer un « choc d’attractivité » sur les formations et parcours des ingénieurs agro. Mais c’est quoi être un.e ingénieur.e agro en 2026 ?

Maroua Izzo. Dans ma prépa Technologie et Biologie (TB), AgroParisTech était clairement identifiée comme la meilleure école d’agro. En raison notamment de sa très grande diversité de spécialités, dont la santé, que je suis aujourd’hui avec l’objectif de travailler dans les thérapies géniques ou les sciences du vivant au sens large. Et c’est d’ailleurs là la spécificité de l’ingénieur agro : il englobe tous les sujets qui entourent et impactent le vivant.

Laurent Buisson. Cette vision systémique est fondamentale dans notre formation qui vise à outiller les étudiants pour trouver des solutions qui, par nature, ne peuvent se cantonner à la technique. Ces solutions doivent en effet aussi prendre en compte des aspects individuels, humains, sociaux, sociétaux, environnementaux, pour être adoptées dans une dynamique collective. Cette vision systémique irrigue également bien sûr nos formations de spécialités (biotechnologies, numérique appliqué à l’agriculture, nutrition etc.).

« Il y a des générations qui héritent du monde, et d’autres qui ont la chance de le réparer » : qu’est-ce que ça vous évoque ?

Maroua Izzo. L’impact est une notion importante pour notre génération. Nous avons effectivement hérité d’un monde dont il faut prendre soin et qu’il faut essayer d’améliorer. En tant qu’étudiants d’AgroParisTech, nous sommes bien formés et informés sur ces enjeux globaux, on nous donne les outils pour être à l’écoute et en soutien du monde.

Laurent Buisson. En tant qu’établissement d’enseignement supérieur et de recherche, notre devoir consiste bien sûr à exposer nos étudiants aux enjeux et aux risques, mais aussi aux opportunités et aux solutions. Parler uniquement de menaces leur met une pression terrible sur les épaules. Comme l’a très bien dit Maroua, nous devons leur expliquer que leur formation leur donne les clés pour prendre soin du monde, l’améliorer, trouver des solutions et les rendre opérationnelles en les faisant adopter par le plus grand nombre. Cet équilibre entre lucidité, rejet du fatalisme et dynamique collective est absolument essentiel pour trouver des solutions positives pour le monde de demain.

D’ailleurs, quelles sont les grandes lignes directrices de la nouvelle maquette du cursus ingénieur prévue pour la rentrée 2027 ?

Laurent Buisson. Je citerais plusieurs exemples. D’abord, l’international : la CTI nous incitant à y exposer davantage nos élèves, nous réorganisons fortement nos maquettes, pour permettre notamment à nos étudiants de 2A de partir au premier ou au second semestre. Nous allons aussi mettre l’accent sur l’approche par compétences tout en continuant d’assumer très clairement le caractère essentiel des disciplines dans nos formations. Nous allons aussi sans doute nous orienter vers un système de majeures / mineures / enseignements complémentaires, tournées autour d’écosystèmes voire de socio-écosystèmes, afin d’ouvrir un maximum d’opportunités à nos étudiants.