Bernard Ramanantsoa a été élève à HEC Paris, puis professeur et enfin doyen avant d’en devenir le Directeur Général en 1996.

 

Bernard Ramanantsoa

Bernard Ramanantsoa

Fort de votre longue expérience au sein d’HEC Paris, qu’est-ce qui selon vous explique son excellence ?
Si on est exhaustif, il y a quatre choses :
1. Nous avons d’excellents élèves. En moyenne ce sont des étudiants qui ont beaucoup de capacité analytique, qui réfléchissent très vite, qui sont très ouverts en général et sur l’international en particulier. Ce ne sont pas des polars, ce sont des individus très structurés, qui sont capables d’articuler beaucoup de choses en même temps. Et puis ce sont de vrais bosseurs.
2. Les professeurs, qui, je pense, sont meilleurs qu’à beaucoup d’autres endroits et qui sont de très bons chercheurs si on les compare aux standards internationaux.
3. Nous avons une proximité avec le monde de l’entreprise qui est très forte.
4. Notre réseau international.

 

Quels sont les domaines de compétence d’HEC Paris ?
Je pense que nous avons de loin la meilleure équipe en finance. Nous offrons également une expertise en entrepreneuriat, en droit grâce à notre double diplôme avec Paris 1, dans les média avec notre Mastère Spécialisé MAC (Média, Art, Création), dans les technologies via nos doubles diplômes avec les écoles de ParisTech et Supaero (ISAE), et nos chaires avec Orange, Google, Safran. Mais la question de la différenciation est de second ordre. Il faut avant tout que la machine tourne. Cela se voit terriblement dans les marchés comme le MBA. Il y a des normes : si vous les respectez c’est bien, vous êtes incités à vous asseoir à la table. Sinon, non. Il faut d’abord être arbre et pas buisson. C’est ensuite que la question de la différence se pose. Par ailleurs, s’il y a un conseil à donner à vos lecteurs, c’est de creuser un peu. L’image, la communication que met en avant l’école, c’est un élément, mais ce n’est pas le seul. Les points forts d’un établissement ne sont pas toujours ceux qu’il prétend être les siens.

 

Comment Paris-Saclay auquel HEC Paris appartient contribue-t-il à son excellence ?
Tout d’abord, la marque est quelque chose d’important. Il vaut mieux appartenir à un rassemblement d’élites plutôt que de ne pas en faire partie. De plus, aujourd’hui dans l’imaginaire mondial les grandes universités sont des universités de recherche. Si vous êtes dans une université de recherche, cela attire d’excellents professeurs qui attirent les meilleurs élèves qui à leur tour attirent les meilleurs professeurs, etc. Aujourd’hui, plus qu’une école, HEC Paris est devenue une marque, un symbole.

 

Comment ce processus s’est-il fait ?
Il y a un point qui a été très fort il y a quelques années : lorsque nous avons décidé de rassembler tous les programmes que nous proposions sous la marque HEC. Après coup on se dit que c’est évident, mais sur le coup cela a donné lieu à des discussions acharnées. L’autre point (et celui-ci date de plusieurs décennies) c’est qu’HEC est restée HEC. L’école n’a pas changé de nom.

 

Et qu’est-ce que ce symbole représente ?
A l’étranger, soyons modestes, si vous parlez d’HEC sur la cinquième avenue, personne ne sait ce que c’est. Mais nous avons fait pas mal de progrès d’après nos sondages dans les milieux étudiants et professeurs. De plus, le fait que nous soyons très bien classés depuis quelques années a aidé à nous faire connaître dans le monde de l’entreprise. En France, je crois qu’HEC veut dire très bonne école. Après il y a ceux qui ont un a priori positif, et ceux qui pensent « fils de bourges ».

 

Avec l’élection de François Hollande, HEC obtient son premier président de la République. Est-ce le symbole qu’HEC mène à tout ?
Oui c’en est le symbole, mais ce n’est pas nouveau. Absolument HEC mène à tout, plus que l’ESSEC ou qu’ESCP Europe. On trouve un certain nombre d’anciens diplômés d’HEC dans la presse, même chez les archevêques, le premier ministre sénégalais est un HEC et nous avons aussi des artistes. Mais il ne faut jamais oublier que l’école reste l’école. La personnalité des élèves joue un rôle primordial dans leur réussite.

 

Si vous deviez convaincre un élève de rejoindre HEC en une phrase ?
Tout est possible. Tu feras ce qui t’intéresse.

 

Comment l’école se finance-t-elle ?
La contribution de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris représente 17 % de notre budget (en incluant le loyer). A cela s’ajoutent 8 % qui proviennent de la fondation, 4 % de la taxe d’apprentissage et le reste se décompose en ressources propres : frais de scolarité, chiffre d’affaires de la formation continue, résidence. Nous sommes parvenus, malgré la conjoncture, à maintenir notre chiffre d’affaires en formation continue. Le marché du MBA rencontre plus de difficultés tandis que le marché pré-expérience est en croissance. Nous sommes confrontés à un défi important : augmenter l’ensemble des contributions extérieures; nous comptons en particulier sur la poursuite de la croissance du fundraising réalisé par la Fondation HEC. Nous avons ainsi lancé une campagne sur 5 ans en 2008, qui se donnait pour objectif 100 millions d’euro de dons individuels et d’entreprises. Nous en sommes déjà à plus de 90 millions.

 

Claire Bouleau
Twitter @ClaireBouleau