LE GRAND ENTRETIEN : ALICE GUILHON

 

Rare femme à la tête d’une école de premier plan, Alice Guilhon est aussi celle qui a réussi une fusion audacieuse, et à positionner Skema Business School comme école globale à l’excellence affirmée sur les champs de l’économie de la connaissance. Elle revient pour nous sur trois années exceptionnelles et nous présente ses nouveaux projets.

Alice Guilhon, directrice générale de Skema Business School

Alice Guilhon, directrice générale de Skema Business School

Avec 3 ans de recul, quelles ont été les clés de la réussite de la formation de Skema ?
Nous avons marié deux écoles en bonne santé. Dès lors, nous avons travaillé sur nos points forts comme les points d’amélioration pour qu’ils ne soient pas des facteurs de blocage. Communiquer dans la transparence en interne comme vis-à-vis de l’externe, est une autre clé. Face à un projet d’envergure, un changement majeur, les personnes se posent légitimement des questions. Nous étions déterminés à couper court aux tergiversations sur la fusion afin de passer à l’action de manière à avoir un développement rapide.

 

Quelles sont les valeurs cardinales de Skema ?
La définition de valeurs communes au Ceram et à l’ESC Lille a été fondamentale. Elles sont le ciment qui nous a rapprochées et permet notre développement. Celle qui me tient le plus à coeur est aussi la plus dynamique : Innover et Entreprendre. Elle reflète le fait que nous sommes en mouvement. La fusion en elle-même a été gestion des collaborateurs. Chacun a pu se repositionner dans notre ambition de croissance. Aujourd’hui, nous plaçons collaborateurs, étudiants, entreprises et parties prenantes au coeur des décisions. Nous sommes aussi attachés à l’Apprentissage et au statut de l’erreur qui permet de progresser dans une perspective d’amélioration continue. Enfin, l’Ouverture internationale au sens de la mobilité, de la globalisation, du multiculturel, du respect des sociétés et des cultures ancre notre stratégie. Elle a forgé notre identité, notre fonctionnement.

 

De quelles réalisations êtes-vous la plus fière, hier au Ceram et aujourd’hui à Skema ?
Le Ceram avait pris le virage de l’international. L’avait décliné dans sa structure, sa culture et sa stratégie. Je suis heureuse d’avoir contribué à mettre le Ceram sur cette trajectoire. Concernant Skema, je suis bien sûr fière d’une fusion réussie mais aussi que nous ayons atteint nos premiers objectifs. La fusion nous a clairement permis d’être plus forts et plus rapides pour atteindre notre objectif d’école globale. La création de Skema a au départ été critiquée, et d’une communauté bouge et entend dire qu’il va échouer, c’est qu’il dérange. Aujourd’hui, on cite Skema comme exemple de fusion réussie.

 

Quel est votre prochain projet et à quelle stratégie répond-il ?
Au-delà d’une stratégie multi campus, notre ambition est d’être une école globale en reliant les technopoles mondiales, les sphères d’innovation, afin de susciter la connaissance, l’effet d’apprentissage, l’approche multiculturelle, l’appréhension de l’ouverture en 2013 d’un campus à Noida en Inde. Notre récente alliance stratégique avec Strathclyde Business School en Grande- Bretagne conduira à des doubles diplômes, des programmes conjoints. Nous nous installerons ensemble en Inde. A nous deux, nous comptons 14 campus dans le monde qui seront ouverts à tous nos étudiants. Skema entend en avoir 10 en propre à terme. Comme annoncé lors de notre formation, nous ciblons l’Amérique Latine, l’Europe de l’Est, la Russie et l’Australie.

 

Quel regard portez-vous sur vos étudiants en 2012 ?
Je constate avec plaisir que notre stratégie et nos apprentissages se traduisent dans leur placement. D’abord leur taux d’emploi est de 88 %, et ils sont 30 % à débuter à l’international. Ils débutent hors de France car cela est devenu culturel pour eux et que les entreprises les identifient comme des talents multiculturels. J’observe un changement drastique depuis 5 ans : ce qui plait aux jeunes est d’être baignés dans l’information et la connaissance, dans une perspective dynamique. Ils se réalisent au travers de la communauté, le réseau. Ils ont l’habitude de partager des valeurs, et se rejoignent sur cette base. Nous devons en tenir compte dans notre pédagogie. Je leur dis « si vous avez des projets, êtes mobiles, avez envie d’international, d’apprendre ou des idées saugrenues, venez à Skema ! Nous allons transformer vos projets ! »

 

Quel est leur principal sujet de préoccupation selon vous ?
Ils conjuguent préoccupations personnelles et professionnelles. Tout va si vite autour d’eux, ils sont sur-sollicités voire pressurés. Ils sont donc en quête d’équilibre. Ils sont atypiques, enthousiastes, car ils ne nourrissent pas un objectif unique. Je les entends beaucoup dire qu’ils ont envie de contribuer, d’apporter quelque chose à la société ou aux autres, tout en ayant une vie professionnelle réussie.

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’enseignement supérieur ?
Notre environnement devient industriel et soumis à la mondialisation comme tout autre secteur. L’enseignement supérieur en management compte 13 000 acteurs dans le monde. Le choix est donc très large pour les étudiants, induisant une grande compétitivité entre institutions. La nécessité de faire du sourcing se heurte à nos objectifs et valeurs plus nobles de création et transmission de connaissances, de développement des talents. Nous ne devons pas perdre de vue ces objectifs parfois contradictoires.

 

Que vous inspire la concentration des business schools ?
La première réponse à la globalisation est la concentration. Les acteurs les plus forts, solides et différentiés tirant leur épingle du jeu. Alliances et fusions sont en cours dans toutes les régions du monde. La France n’échappe pas à ce phénomène dans un double mouvement de rapprochement avec les universités et entre écoles. C’est une question de survie à moyen terme que de prendre son destin en main, que l’alliance soit voulue et non subie.

 

A quoi rêve Alice Guilhon pour la France ?
Depuis 20 ans je travaille pour la compétitivité de notre pays. Mon rêve serait, grâce à Skema, de faire rayonner la France comme étant le fer de lance de l’enseignement en management dans le monde. Notre modèle d’éducation a une
carte à jouer face aux anglo-saxons.
Pour ses élèves ?
De les armer pour qu’ils soient les talents du XXIe siècle. Leurs attentes ont changé. Nous devons questionner et faire évoluer nos projets pédagogiques pour leur offrir les clés de la réussite. Il ne s’agit pas de les formater, mais de les aider à se révéler.
Pour Skema ?
Si Skema est l’école de l’économie de la connaissance, se projette dans la mondialisation avec ses valeurs d’innovation et d’entreprendre, nous aurons réussi ! Et j’y crois fermement !
Et pour l’enseignement supérieur français ?
Des regroupements de compétences afin de former des pôles d’excellence pluridisciplinaires et développer autour de ceux-ci de la recherche et de la pédagogie. C’est d’ailleurs ce que font les Américains ou les Chinois de façon redoutable. L’enseignement supérieur français doit et peut relever ce défi.

 

A. D-F

 

www.skema-bs.fr