Entre 2007 et 2014, les réseaux de femmes sont passés de 200 à 450. Cause ou effet : les inégalités salariales semblent se réduire. Selon l’Insee, l’écart serait passé sous la barre des 10 % en 2013 et ne serait plus en 2015 que de 5 % pour les femmes cadres de moins de 30 ans selon une récente étude de l’Apec. Mais il reste beaucoup de chemin à faire : seuls 14 % des postes de direction sont occupés par des femmes (étude CSA-KPMG de juin 2015) et on ne compte que 11,8 % de femmes dans les ComEx en 2015 (étude Russell Reynolds Associates). Face à ce constat, est-il juste de penser que l’efficacité des réseaux féminins passe par la mixité ?  – Par Clarisse Watine

 

Comment se projeter dans la mixité quand on est un homme ?

Longtemps cantonnées aux associations de femmes, les questions de mixité, de parité voire d’égalité homme / femme sont aujourd’hui également au cœur des préoccupations des hommes (plutôt jeunes papas modernes, il faut le reconnaitre). « Il y a quelques années, nous avons constaté une certaine crispation autour du sujet. Notamment parce que beaucoup d’événements tournant autour de ces thématiques étaient women only » indique Emmanuelle Gagliardi, Directrice associée de Connecting WoMEN, agence experte en mixité et connectée à plus de 450 réseaux féminins.

 

Comment implanter durablement la mixité dans les entreprises ?

« On se rend compte que tous les réseaux de femmes qui ont essayé d’inclure des hommes ont échoué. Notamment parce qu’ils utilisent une terminologie et des thématiques (confiance en soi, autocensure…) faisant barrage aux hommes qui ne se sentent pas concernés. Ainsi, s’il faut bien sûr conserver les réseaux de femmes car certains problèmes, comme le plafond de verre, sont loin d’être résolus, il s’avère essentiel de travailler avec les hommes pour qu’ils expriment ce qu’ils voient de positif ou de négatif dans la mixité. La rencontre entre réseaux de femmes et cercles d’hommes dans un espace bienveillant et sur des sujets stratégiques pour tous est aussi très vertueuse », ajoute-t-elle.

Christophe Martin Délégué Régional d’Elles Bougent pour la Normandie

Christophe Martin Délégué Régional d’Elles Bougent pour la Normandie

Un réseau de femmes représenté par un homme ?!

Tous, pas sûr. Christophe Martin Délégué Régional d’Elles Bougent pour la Normandie œuvre en effet au quotidien pour convaincre plus de jeunes filles de se tourner vers des carrières scientifiques et techniques. « Au début, on me demandait souvent ce qu’un homme faisait là. Mais ça n’a jamais été pénalisant ni pour moi ni pour l’association, même si j’ai longtemps été désigné comme « DéléguéE » sur notre site », pointe-t-il avec humour. Cela a même parfois été un atout pour faire passer des messages auprès d’hommes qui se demandent encore pourquoi on a besoin de femmes ingénieures… Car pour cet homme engagé, il est ridicule de trouver des arguments en faveur de la féminisation du secteur « C’est inadmissible qu’une femme et un homme n’aient pas les mêmes perspectives d’orientation et d’évolution seulement parce qu’on décide de fermer d’office des portes. On doit permettre aux filles de dire « je ne veux pas être ingénieure », martèle-t-il.

 

Quand les hommes aussi défendent l’égalité sociale et professionnelle
Lancé en 2013 par Antoine de Gabrielli (Président de l’association Mercredi-c-papa), le réseau Happy Men rassemble près de 350 membres qui échangent sur la mixité et l’égalité professionnelle et s’engagent pour mieux concilier vie personnelle et professionnelle. Parmi les thèmes abordés : la performance de l’entreprise, la qualité managériale, les conditions d’un meilleur épanouissement personnel et professionnel, ou encore la culpabilité d’être père en entreprise, un sujet encore assez tabou. Un réseau qui fait des hommes des alliées des femmes (mobilisées depuis longtemps sur ces questions) dans toute l’Europe.