APPRENTISSAGE & EMPLOI
Analyse de Jean-Claude Lewandowski

 

Plébiscité de tous côtés, l’apprentissage recule pourtant depuis trois ans – sauf dans l’enseignement supérieur. Pour le relancer, il faut redorer son image, cesser d’en faire un outil d’insertion… Et surtout, ne pas le freiner dans les universités et les grandes écoles.

 

Développer l’apprentissage ?

Tout le monde est d’accord. Les étudiants, qui apprécient cette voie de formation concrète, qui facilite leur insertion professionnelle ; les enseignants, pour ses atouts au plan pédagogique ; les entreprises, soucieuses de recruter des jeunes bien formés à leurs métiers ; et les familles, auxquelles l’apprentissage apporte une aide financière. Sans oublier les pouvoirs publics, qui en font un moyen de lutte contre le chômage des jeunes.

Autant de (bonnes) raisons qui expliquent l’essor de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. A l’ESSEC Business School, première grande école à se lancer (dès 1993), 30 % des élèves du cursus phare sont formés par cette voie. Les Mines d’Alès comptent 300 apprentis ; EM Normandie, environ 500. Côté universités, Marne-la-Vallée se classe en tête, avec 2 500 apprentis pour 11 500 étudiants.

500 000 apprentis, un objectif hors de portée

Mais le supérieur reste une exception. Tous niveaux confondus, force est de constater que les effectifs des CFA reculent. En dépit des campagnes de promotion, l’apprentissage est passé de 307 000 entrants en 2012 à 280 000 l’an dernier.

L’objectif d’un «stock» de 500 000 apprentis en 2017, fixé notamment par le président de la République, est hors de portée : le chiffre actuel dépasse à peine 400 000…

Aussi certains, en particulier du côté des collectivités locales, proposent-ils une solution toute simple : freiner l’essor de l’apprentissage dans le supérieur, et donner la priorité aux premiers niveaux de qualification. En somme, déshabiller le «post-bac» pour accorder plus de moyens au «pré-bac» (CAP, notamment).

Ne pas casser ce qui marche

Ce serait une lourde erreur. Pour progresser, l’apprentissage doit d’abord améliorer son image auprès des jeunes et des familles. Plutôt que de concentrer les efforts sur les faibles niveaux de qualification, mieux vaut mettre en avant sa percée dans le supérieur. En faire une filière d’excellence pour tous les élèves, quel que soit leur niveau.

Après tout, comme le souligne le directeur général d’Audencia Business School, Emeric Peyredieu du Charlat, « les internes en médecine ont tous été formés par l’apprentissage ».

L’apprentissage doit cesser d’apparaître comme une voie pour jeunes en difficulté et un instrument des politiques d’emploi. « L’idée qu’il doit être réservé à l’insertion professionnelle est contre-productive », assure Bruno Goubet, directeur des Mines d’Alès.

Autre impératif : remettre à plat l’organisation de l’apprentissage. Alléger les formalités pour les entreprises, et revoir le mécanisme de financement, très contraignant, notamment pour les PME. C’est d’ailleurs, peu ou prou, ce que préconise la CCI de Paris Ile-de-France, très engagée dans ce mode de formation.

Autant de réformes qui permettraient de donner un nouvel élan à une formule qui a fait ses preuves.