La révolution numérique, ou digitale, transforme l’ensemble des organisations et la vie de tout un chacun. C’est indéniable et c’est irréversible. Et n’est-il pas temps d’enseigner dans nos écoles comment en faire une des solutions disruptives aux enjeux de nos sociétés ? 

 

La révolution est en marche sous nos yeux

Gilles Babinet, grand observateur du phénomène, nous dit que nous ne sommes qu’au début d’une période de rupture qui va marquer profondément l’histoire humaine, période pour laquelle il trouve de fortes similitudes avec celle de la Renaissance. A l’époque, l’apparition en Europe de la poudre à canon et des Etats Nation change alors le rapport au temps et à l’espace. Aujourd’hui, l’apparition du digital et de l’ubiquité du monde nous met dans la même dynamique.

 

Ça s’accélère docteur ?

La fameuse Loi de Moore est confirmée dans les faits.

Depuis 70 ans, l’informatique développe des systèmes de stockage d’informations, nos chères « datas », et de traitement de celles-ci, nos puissants algorithmes enrichis par l’IA, avec sur certains aspects des capacités bien supérieures à l’esprit humain. Depuis 30 ans et le phénomène Internet, l’humanité entière est peu à peu connectée dans un espace global où l’information est instantanée. Depuis 15 ans, les objets connectés, ces systèmes technologiques grands publics, miniatures et bourrés de capteurs, nous assistent au quotidien dans de nombreuses tâches de notre vie personnelle et professionnelle.

 

Le révélateur de la pandémie

La crise sanitaire actuelle vient aussi de démontrer ce que le numérique permet en maintenant de nombreuses activités malgré ces contraintes soudaines. Il suffit d’essayer d’imaginer ce qu’aurait été le confinement avant l’avènement d’Internet et de la visio-conférence.

 

Usages et expériences

Derrière cette expansion de la technologie dont les coûts baissent continuellement, c’est de nombreux usages qui se créent. Des nouveaux modèles bel et bien disruptifs apparaissent et réinventent l’« expérience utilisateur» ; par exemple dans le commerce, l’apprentissage, le voyage, le divertissement ou la rencontre. Tout cela dans une joyeuse anarchie portée par nos sociétés libérales et nos fameuses Startups qui ubérisent les organisations et les métiers dans un mouvement perpétuel. D’ailleurs, Uber lui-même sera n’en doutons pas bientôt « ubérisé » !

 

Un monde professionnel sous tension

Dans le monde professionnel, les administrations et entreprises grandes ou petites ont bien compris qu’elles devaient prendre le train en marche au risque de disparaitre. Elles doivent évidemment développer les compétences de leurs équipes et sourcer les nouvelles compétences qui leur permettront de faire un pas en avant. Les métiers se réinventent, notamment dans la communication, la technologie, le design et le management. Et au-delà, il s’agit aussi de revoir en profondeur son mode de fonctionnement en cassant les silos et en travaillant en mode projet et agile.

 

Problème ou solution pour les enjeux à venir ?

Dans cette période clé, et si ouverte, l’humanité fait face néanmoins à d’immenses défis : le défi climatique et écologique que vont vivre les générations à venir, la question de la juste répartition de la valeur créée par les technologies et les plateformes dominantes, la défense des libertés individuelles, l’inclusion de ceux qui vivent aujourd’hui ces mutations plutôt comme une mise en marge et sont tentés par des solutions de repli. Il faut donc que le débat continue sur l’impact du digital sur notre nouveau monde. Quel projet de société porte-t-il ? Souhaitons-nous en faire une source de progrès, de partage, de bonheur, de réalisation personnelle et de réalisation collective ? Si oui, comment concrètement mettre ce formidable outil au service de notre communauté humaine ?

 

Par Emmanuel Peter, Directeur de l’IIM, Institut de l’Internet et du Multimédia, Une école du Pôle Léonard de Vinci