Ce n’est nullement en ces termes, qu’Anne-Virginie Salsac, spécialiste de la biomécanique des fluides au CNRS et exerçant au laboratoire de biomécanique et bio-ingénierie de l’UTC, voit son élection comme Femme en Or dans la catégorie Innovation fin 2015. La spécialiste internationale de la mécanique vasculaire, qui a également reçu le Trophée du public et la médaille de bronze du CNRS en 2015, fait concrètement avancer les technologies de diagnostic et de thérapie de demain. – Par Ariane Despierres-Féry

 

Etre une Femme en Or, ça fait quoi ?

Il m’est difficile d’estimer mériter un prix ou la reconnaissance de mes pairs. Chacun peut instiller de l’énergie et l’envie de faire au sein d’un groupe. Recevoir des prix est d’abord la reconnaissance de travaux d’équipe, d’une volonté de faire ensemble avancer la science et la technologie. C’est aussi une satisfaction lorsqu’on est passionné et engagé. Je suis particulièrement heureuse d’avoir reçu le Trophée du Public des Femmes en Or. Il est important que le public se sente concerné par la science et la recherche. J’espère que ce coup de projecteur va faire rêver et inciter les plus jeunes à s’engager dans la carrière scientifique.

Je prends ce prix comme une incitation à aller plus loin dans mes travaux pour comprendre la complexité du corps humain au service de la médecine

 

Quelle est votre motivation pour la recherche ?

La curiosité ! Je suis mue par l’envie de comprendre, de progresser. Mon second moteur est d’innover ou de permettre à d’autres d’innover grâce à mes travaux. Au même titre que l’on ne peut pas nourrir uniquement une vision appliquée de la recherche au risque de se cantonner au court terme et de devenir stérile, nous devons consolider et approfondir nos bases scientifiques fondamentales pour espérer pouvoir appliquer nos travaux un jour.

Le travail accompli n’est pas une finalité pour un chercheur. C’est un cadeau, un sésame pour ouvrir la porte suivante !

 

Comment se fait le déclic permettant de passer du fondamental à l’appliqué ?

A un moment donné nous avons mené assez d’avancées fondamentales et une personne termine le travail en imaginant l’application. Elle parvient à l’innovation ou à la découverte. Le chercheur a plus tendance à considérer ce qu’il ne sait pas encore, ce qu’il lui reste à faire, que ce qu’il a découvert. Il n’a jamais le sentiment d’être arrivé. Il raisonne par étape. Chaque découverte est un cadeau que la vie nous apporte, et je la considère comme une opportunité d’aller plus loin.

 

La biomécanique et la bioingénierie pour soigner les vaisseaux sanguins

Quel est le rapport entre biomécanique et traitement des maladies cardiovasculaires ? « Le corps humain fonctionne en grande partie suivant les principes de la physique et répond aux forces de la mécanique, explique Anne-Virginie Salsac. Le sang circule car le cœur crée, en se comprimant, une différence de pression qui génère l’écoulement sanguin. »

Grâce à ses observations de la mécanique vasculaire, la chercheuse contribue à mettre au point des outils qui serviront aux radiologues interventionnels pour diagnostiquer et traiter les vaisseaux malades. « L’enjeu est de proposer des technologies peu invasives et adaptées à chaque type de vaisseaux, les diamètres variant de 2 cm pour l’aorte à 4-5 microns pour les plus petits capillaires. Je travaille entre autres sur l’utilisation de colle chirurgicale pour bloquer des vaisseaux anormaux ou endommagés ».

La chercheuse s’appuie à la fois sur des principes de la physique et de l’ingénierie pour développer des technologies utiles aux médecins. Elle travaille sur le concept d’encapsuler des produits à l’échelle micro/nano pour amener des substances thérapeutiques via les vaisseaux jusqu’aux organes. « Il est à parier que les techniques de thérapies ciblées verront leur utilisation croître exponentiellement au cours des prochaines années. »