Des ingénieurs, des leaders scientifiques, des citoyens, des décideurs. Voilà les femmes et les hommes que l’Ecole polytechnique entend former. Oui, mais comment ? Les réponses de sa directrice générale, Laura Chaubar.
S’il fallait définir le leadership made in Polytechnique en un mot ?
Pour revenir aux origines de l’Ecole je parlerais d’un leadership humaniste. Un leadership éclairé par la science et tourné vers l’intérêt général, c’est en tout cas ce que cherche à transmettre la formation humaine et académique de l’Ecole polytechnique.
Votre Institut de Défense (dont la construction a été annoncée en mars dernier) réaffirme la militarité de l’école. Pourquoi ?
Toutes les activités de l’Ecole ont aujourd’hui un ancrage fort dans le domaine de la Défense et plus largement du service de la Nation. Je pense à la recherche bien sûr, qui s’intensifie sur les technologies de souveraineté pour la France et l’Europe : IA, technologies quantique, cybersécurité, technologies du nouveau nucléaire. Ces liens forts s’illustrent aussi dans notre action d’enseignement. Nos élèves ingénieurs français sont militaires pendant quatre ans, il nous parait donc indispensable de les former aux enjeux géopolitiques et de souveraineté, pour leur faire toucher du doigt concrètement ce que signifie participer à la défense nationale. Et parce que ce sont des élèves-officiers, nous les poussons également à s’engager pour la société, à travers des temps d’immersion en milieu scolaire, associatif ou pénitentiaire par exemple, pour être au contact de la réalité sociale et renforcer ce lien entre les Armées et la Nation.
Et en matière d’innovation ?
La défense a toujours été une aiguillon dans ce domaine car elle pousse les technologies à leurs limites de performance et d’emploi en conditions extrêmes. L’incubateur X-UP de l’Ecole accompagne les startups de l’aéronautique et de la défense au travers du programme BLAST en partenariat avec le cabinet Starburst. Le renforcement de notre partenariat avec Orange sur l’IA et la cybersécurité s’inscrit également dans cette dynamique d’innovation au service de la souveraineté et de l’intérêt général.
Pensez-vous que les grands décideurs devraient plus se nourrir des sciences pour mieux diriger ?
Ma position pourrait être biaisée à ce sujet, mais je vais essayer de rester objective ! La formation et la culture scientifiques apportent deux choses importantes à la décision publique. D’abord, les connaissances scientifiques permettent de faire les bons constats, et de modéliser les phénomènes complexes que doit prendre en compte l’action publique. Mais plus important encore, les outils de la démarche scientifique _ la déduction, l’expérimentation, l’évaluation _ doivent guider la conception et la conduite des politiques publiques. Donc oui, on a besoin des ingénieurs et des scientifiques dans tous les cercles de l’Etat !
La Gen Z se questionne de plus en plus sur son rapport à la responsabilité, à la décision. Qu’en pensez-vous ?
Les jeunes que je côtoie à l’Ecole se singularisent par une grande envie d’engagement, de prendre leurs responsabilités face à l’état du monde. Est-ce que ça coïncide encore avec le schéma traditionnel de progression et de réussite managériale ? Beaucoup se posent la question effectivement. Pas parce qu’ils veulent fuir leurs responsabilités, au contraire ! Parce qu’ils s’interrogent sur la bonne manière de le faire. Ils sont finalement très matures sur leur désir d’engagement, avec le souci de trouver la bonne place pour être utile.
Et vous, sur quels critères vous basez-vous pour être sûre de prendre la bonne (ou la moins mauvaise !) décision ?
Je suis une ingénieure donc j’aime bien trouver des solutions. Mais il faut parfois trouver le bon équilibre entre la meilleure décision en théorie et celle qui va réellement produire un effet sur le terrain. Finalement, les décisions les plus difficiles sont celles où il faut peser le décalage entre la bonne idée et l’action efficace.