Les monnaies locales sont à la fois sociales, complémentaires et parallèles. Elles sont à l’initiative des citoyens d’un territoire et servent comme unité de compte et d’intermédiaire d’échange. Elles sont généralement adossées à une monnaie nationale dite monnaie centrale (un Euro vaut un Rollon – monnaie locale normande).

 

Aujourd’hui, il existe en France, plusieurs dizaines de monnaies locales. Pour mieux appréhender la place de celles-ci dans le système économique, nous avons enquêté sur la Gentiane, la Pêche, l’Ourse et le Rollon, gérées dans un cadre associatif, très jeunes dans le champ de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) et couvrant différents territoires : la Gentiane, la Haute-Savoie, la Pêche, l’Ile-de-France, l’Ourse, la Bretagne et le Rollon, la Normandie.

 

Les monnaies locales existent depuis l’antiquité, mais ont un regain d’intérêt en période de crise.

Elles sont perçues comme une solution contre le désordre économique et social dans lesquels plonge généralement une crise. Depuis la crise financière de 2008, on observe une multiplication de ces monnaies, encouragées en France par leur reconnaissance légale inscrite dans la loi du 31 juillet 2014, dite Loi Hamon. Son article 16 reconnaît ces monnaies comme des moyens de paiement dès lors qu’elles sont initiées par des organisations de l’ESS et qu’elles respectent le code monétaire et financier c’est-à-dire lorsqu’elles sont restreintes à un territoire et un nombre limité de marchandises et services. Néanmoins, cette Loi considère la monnaie locale comme un bon d’achat ou un ticket restaurant. Elle est complémentaire à l’Euro, parce qu’elle n’a pas la prétention de le remplacer. Elle est parallèle parce qu’elle a son propre mécanisme monétaire. Elle peut prendre la forme de billets au format papier et aux couleurs de la ville mais son passage aux formes électroniques est fortement souhaité. Elles sont vues comme des innovations monétaires territoriales avec une approche sociale parce qu’elles prennent en compte une charte de valeur, de lien social, d’un sentiment d’appartenance à un groupe. Dans une perspective, l’approche régionale reste intéressante pour avoir une force de frappe pour développer la monnaie.

 

Elles favorisent les circuits courts et de proximité entre les acteurs du même territoire.

Les monnaies locales permettent de promouvoir un territoire et contribuent au développement économique et social de celui-ci. Par exemple, beaucoup de restaurateurs d’Annecy peuvent être connus grâce à la monnaie locale « la Gentiane ». Elles encouragent les « éco-comportements » et peuvent être un moyen de financer la transition écologique des territoires. Quand on fait ces courses avec la monnaie locale, on a une charge mentale de consommation moins forte, donc on sait ce que l’on doit consommer sans excès. Enfin, ces monnaies sont avant tout citoyennes puisque l’on redonne du pouvoir aux citoyens et aux entreprises du territoire concerné pour se réapproprier ces monnaies ainsi que leurs fonctions. On peut spéculer avec les monnaies traditionnelles mais pas avec la monnaie locale.

 

Malgré leurs avantages indéniables, elles présentent toutefois des limites.

Elles sont adossées aux monnaies traditionnelles et donc en sont dépendantes et sensibles aux conjonctures qui peuvent affecter ces dernières. Ainsi, la période Covid n’a pas été favorable au développement de la monnaie locale. La plupart des acteurs économiques ont une plus grande confiance dans les monnaies traditionnelles, ce qui limite l’influence des monnaies locales, qui restent utilisées par des militants ayant les moyens de choisir leur consommation. Il faut donc continuer à la rendre accessible à tous. Une autre limite concerne le manque de moyens financiers et humains, ce qui fragilise ces dispositifs. Non seulement, les modèles économiques de ces dispositifs ne sont pas toujours clairs, ni même formalisables, ce qui peut susciter une méfiance des pouvoirs publics, mais également, le coût d’émission des billets reste élevé. Ces monnaies fonctionnent avec un énorme investissement de bénévoles qui peuvent ainsi s’essouffler au fil du temps. Malgré le fait qu’elles se développent de plus en plus, l’impact économique des monnaies locales reste faible et limité puisqu’elles ont une taille réduite par rapport à l’activité économique, sociale et nationale. Elles sont largement méconnues, ce qui impacte leur légitimité.

 

Des initiatives pourraient se développer avec un engagement plus fort des autorités publiques.

L’implication publique, par la mise en place d’un dispositif national de coordination de ces monnaies locales, pourrait accroitre leur visibilité et leur légitimité en leur offrant un espace d’échange de bonnes pratiques et d’entraide. Il pourrait être intéressant de payer les impôts locaux ou sa facture d’eau grâce à la monnaie locale et/ou que les collectivités locales distribuent un revenu de base aux habitants qui servirait uniquement pour la monnaie locale pour en faire la promotion. Enfin, Véolia Eau du Grand-Lyon souhaite payer une partie des salaires de ses employés avec la Gonette, la monnaie locale lyonnaise.

 

GARNIER L. (2018). « La Normandie teste une nouvelle monnaie locale et numérique ». Capital, Publié le 13/07/2018 à 10h02

LEGUELTEL P. (2018). « Monnaie locale : la Normandie lance son moyen de paiement régional ». Les Echos, Publié le 9 janv. 2018 à 9:52

 

 

 

 

Les auteurs sont : Amandine Laré, professeur associé en économie sociale et solidaire – chef du département économie des territoires et développement durable et Angélique Chassy professeur associé en économie – directeur académique du m2/ms stratégie de développement et territoires de l’EM Normandie