« L’Université c’est ma vie » annonce Georges Haddad, president de l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne jusqu’en juin 2020. A la veille de la fin de son second mandat, il répond sans langue de bois aux questions posées par deux étudiants de l’université à l’occasion d’un déjeuner parisien très animé – Par Clarisse Watine

 

Oihanna Da Rocha, en M2 Pro Administration internationale et Gary Merran, en L2 Gestion, ont relevé le défi lancé par la rédac : poser leurs questions au président de leur université. Parcours, présidence, passions, occupation de Tolbiac, tous les sujets ont été abordés. Morceaux choisis.

 

Président d’Université, un patron comme les autres ?

Beaucoup me voit comme le patron effectivement. Si l’autorité ne me gêne pas, je n’ai pas le pouvoir d’un patron d’entreprise. Moi, je suis au service de l’université.

 Comment êtes-vous devenu président de Paris 1 ?

Par un concours de circonstances ! Mathématicien et judoka, j’aime la notion de sérendipité, cette aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité. Jeune professeur à Nice, j’ai rejoint Paris 1 lorsque l’université s’est dotée d’un UFR de mathématiques de plein exercice. J’avais 36 ans et on m’a demandé si je voulais me présenter au CA… alors que je ne savais même pas en quoi ça consistait. Ce sont les juristes qui m’ont convaincu d’y aller. Ils ont regardé mon profil avec une telle hauteur… que ça m’a donné envie de mettre un peu ma pagaille. J’ai rejoint le CA et ensuite, on m’a parlé de présidence. J’ai écrit un programme qui décoiffait tellement que j’en ai perdu mes cheveux ! Et ça a marché.

 Et la seconde fois ?

Je suis revenu à Paris 1 il y a 5 ans pour finir ma carrière. Je venais de reprendre mon poste d’enseignant quand des professeurs m’ont interpellé Boulevard Saint Michel : « Georges, il y a de nouvelles élections, vous allez y aller ? ». Il ne restait que 3 mois avant le vote et je n’avais pas le temps de faire campagne. J’ai donc d’abord décliné. Mais il risquait d’y avoir un candidat unique et j’aime le débat, alors je me suis lancé dans la course. J’étais le Léonardo Di Caprio de l’université : le Revenant !

 C’est historique ?

Je suis en tout cas le seul à avoir été président de l’université 2 fois à 27 ans d’intervalle. J’étais le plus jeune, je serai le plus vieux. Je suis celui qui est resté le plus longtemps président (9 ans, un record inégalable, les mandats de présidents d’université étant de 4 ans renouvelables une fois  aujourd’hui – ndlr). Je suis aussi le seul matheux à avoir été à la tête d’une université de sciences humaines et sociales. La preuve que dans la vie, il ne faut jamais faire de plans !

 Président c’est un métier politique ?

C’est une fonction qui revêt une dimension politique bien sûr, mais je suis contre la politique politicienne. Je crois qu’il faut passer de la « politique » au « pôle éthique ». Pour moi la politique est portée par des valeurs, une déontologie et pas par un système de partis.

 Vous vous sentez seul parfois ?

Même si je suis entouré d’une très bonne équipe à laquelle je rends hommage, il m’arrive de ressentir une forme d’isolement. Etre président c’est avoir de très grandes responsabilités, on exige de nous des choses difficiles et on est donc forcément confronté à des moments de grande solitude qu’il faut savoir dépasser.

Comme pendant l’évacuation de Tolbiac en 2018 ?

La décision de faire intervenir les forces de police n’a pas été facile à prendre. Mais je l’ai prise quand j’ai réalisé que les politiques n’étaient pas prêts de m’aider. J’ai joué la carte des médias pour nous tirer de cette situation, sinon l’université était fichue. Ce qui m’a fait souffrir ce n’est pas l’occupation mais le manque de soutien des politiques.

 Professeur pour toujours ?

Je suis et je finirai professeur ! Je ne veux pas partir à la retraite comme un président en fin de mandat mais comme un enseignant qui donne de la force, qui donne envie d’apprendre à ses élèves.

 Votre journée type ?

Aller à l’université le plus tard possible. Prendre le temps de rêver est indispensable pour travailler et décider. Quand j’arrive à mon bureau… tout le monde me tombe dessus ! Alors je n’ai pas de journée type. A chaque fois que je vais à l’université, je me dis que c’est une nouvelle aventure qui commence !

 Les maths et le judo, vos deux passions ?

Les maths bien sûr, car c’est un monde de liberté. Pour le judo, ma forme physique fait que je pratique plutôt le « judo mental » aujourd’hui ! Mais le judo n’est-il pas de toute façon une discipline spirituelle ? Car quand on fait face à un colosse de 120 kg, la première question qu’on se pose c’est « comment le battre alors qu’il est plus fort que moi ? ». En prenant sa force ! L’esprit doit alors être en accord avec le corps pour ne pas aller force contre force. Et finalement c’est aussi ce que fait un président d’université. Il joue sur les valeurs et les symboliques. Par exemple, quand je perds la main dans un conseil, je n’hésite pas à jouer la carte de l’humour pour déconcerter.

 Pour vous l’université c’est quoi ?

C’est ma vie !  Et je trouve dommage que les étudiants en aient de plus en plus une vision consumériste, du style « j’ai mon diplôme et je me barre ». Ils sont obsédés par le diplôme alors qu’ils devraient être dans l’obsession d’apprendre : apprendre à être, à vivre ensemble, à entreprendre. Ils n’ont pas le sentiment d’appartenir à une institution citoyenne. Laissons nos jeunes respirer. L’université devient un tanker de 300 000 tonnes qu’on alourdit sans cesse avec des choses qui n’ont rien à voir avec ses missions. Alors qu’elle devrait être un grand voilier poussé par le souffle des étudiants et de la recherche. Aujourd’hui, notre système est sous respirateur.

Avez-vous des propositions pour améliorer l’université ?

D’abord, une première année de découverte après le Bac. Une année de respiration, mais pas pour ne rien faire ! Pour découvrir des choses, des disciplines, renforcer son dossier…. Il faudrait aussi repenser le rythme du secondaire. Commencer les cours plus tard (pas avant 9h30 l’hiver et 8h30 l’été) et, pourquoi pas, rallonger les études d’une année… même si ça ne colle pas à l’idéologie actuelle du « Bac vite fait ». Plus globalement, faire de l’université une priorité nationale et y mettre les moyens. Car la grandeur de l’université, c’est d’accompagner des jeunes de tous horizons. Moi c’est Normale Sup qui m’a sorti de la pauvreté. Alors pourquoi ne pas creuser aussi la question du salaire étudiant ?

 L’université doit-elle se rapprocher des entreprises ?

La formation continue n’est pas encore entrée dans les mœurs mais il faudrait pourtant faire prendre conscience au monde universitaire de sa dimension entrepreneuriale. Le jour où l’université fera sa mue, elle dépassera les grandes écoles grâce à sa dimension pluridisciplinaire unique et la présence permanente de la recherche. Sorbonne Alliance va d’ailleurs dans ce sens. Je suis persuadé que la dichotomie université / grande école va disparaitre d’ici 20 ans. Moi si j’étais chef d’entreprise, j’investirais dans les diplômes universitaires.

 

La rédaction tient à remercier l’équipe du restaurant Petit Gris (75017) pour son accueil et son délicieux menu.

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