Le 26 mai dernier, Luc Ferry a apporté l’ultime réponse à la question : qu’est-ce qu’une vie bonne pour les mortels ? Un aperçu du « deuxième humanisme », qui a mené le philosophe à évoquer son nouveau thème de prédilection : le transhumanisme. Mais si l’ancien ministre s’intéresse à un sujet tant tourné vers l’avenir c’est aussi pour contrer une tendance générale à « idéaliser » la Troisième République.

Du cosmos aux philosophes du soupçon

Luc Ferry a abordé les quatre premières réponses apportées tout au long de l’Histoire. Alors que les Grecs répondaient d’abord à cette ultime question par « l’harmonie avec le cosmos » illustrée par Ulysse dans l’Odyssée d’Homère, la réponse chrétienne, parlait, elle, d’une harmonie avec les commandements divins. C’était ensuite au tour du premier humanisme, héritage des Lumières, où seule la contribution de chacun comptait, s’opposant donc à la quatrième réponse : « l’harmonie avec soi-même » de Marx, Freud ou Nietzsche.

Deuxième humanisme et révolutions

Aujourd’hui, Luc Ferry parle d’un humanisme de l’amour, de la fraternité et de la sympathie « l’harmonie de soi avec les gens que nous aimons », produit des révolutions majeures de notre société à l’égard de l’individu. Fruit de la révolution de la famille moderne, il est lui-même issu d’un concept très récent : le mariage d’amour.

« Simultanément le mariage d’amour, d’un amour-passion, crée le divorce » explique Ferry en s’appuyant sur la phrase de Montaigne : « jai vu parfois guérir de manière honteuse et déshonorante l’amour par le mariage. »  Des mariages d’amour qui sont également à l’origine d’une notion nouvelle : l’amour des enfants.

 « Au Moyen Age les enfants ne sont pas aimés. On tient au premier pour l’héritage, le second est une roue de secours, le troisième est une catastrophe. D’ailleurs, Le Petit Poucet est une histoire vraie » raconte le philosophe « sauf la fin… ».

Aujourd’hui nous vivons donc un humanisme de l’amour causé par la révolution de l’amour ainsi que par celle du sacré (soit ce pourquoi nous sacrifierions nos vies). L’Histoire des guerres distingue d’ailleurs trois motifs autrefois « dignes du sacrifice » : le Divin, par ses sanglantes guerres de religion, la Nation, avec 25 millions de morts lors de la Première Guerre mondiale et plus du double lors de la Seconde et enfin la Révolution, à l’image du communisme.

« Arrêtons d’idéaliser la Troisième République »

« Rien que pour l’espérance de vie actuelle » plaide Luc Ferry mais aussi et surtout, contre la « fallacieuse » idée que l’école de la Troisième République était bien meilleure. Selon lui, cette école n’était pas celle de la méritocratie mais bien celle de l’aristocratie où seuls les meilleurs étaient inscrits. De 50 000 étudiants en 1928 en France à quelques millions aujourd’hui, Ferry affirme que les extrêmes se sont simplement creusés avec « de moins bons élèves devenus encore plus faibles et de très bons devenus encore meilleurs ».

L’humain avant tout

Au-delà de ce phénomène, il s’opère aujourd’hui une sacralisation de l’humain où les seules choses pour lesquelles nous donnerions nos vies sont celles constituées de chair et de sang.

Luc Ferry ne voit qu’une limite majeure à cette ouverture à l’autre : « on crève quand même ! » Dans une société d’amour « nous sommes moins protégés par les fils de protection de la mort » qu’offraient la religion par exemple et donc plus enclins à la souffrance du deuil.

L’homme augmenté

C’est ici qu’intervient le transhumanisme. « Jusqu’à présent on a jamais augmenté la vie humaine, on a seulement supprimé les morts précoces. L’idée du transhumanisme c’est de repousser cette limite. » Le raisonnement de Luc Ferry est clair : « concilier l’expérience de l’âge avec la vigueur physique pourrait bien rendre l’humanité meilleure » ou comme le dit si bien l’adage : « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait… ».

 

Par Barbara Boye