Du fait de l’explosion des technologies de l’information et de la communication, et de la prise de conscience de la finitude de notre monde et de ses ressources énergétiques fossiles, nos sociétés sont en complet bouleversement. De nombreux nouveaux métiers sont donc apparus dans les 15 dernières années, d’autres vont continuer à émerger.

Par Pascale Ribon, Directrice Générale de l’ESTACA et présidente de la commission Diversité de la CGE

Par Pascale Ribon, Directrice Générale de l’ESTACA et présidente de la commission Diversité de la CGE

Ce qui caractérise le métier d’ingénieur c’est qu’il est fondamentalement tourné vers l’action : l’ingénieur conçoit, il construit, il fabrique, en s’appuyant sur un solide socle de connaissances scientifiques et technologiques. On pourrait dire que, par construction, l’ingénieur cherche à changer le monde ; il est donc prêt pour la nouveauté. Si les écoles d’ingénieurs ont donc toujours eu le double souci de préparer le jeune étudiant à un métier bien identifié, tout en lui donnant les clefs pour adapter ses compétences, il est clair qu’aujourd’hui cette deuxième partie de la formation est devenue beaucoup plus importante qu’elle ne l’était auparavant.
Ainsi la formation ingénieur a beaucoup évolué ces dix dernières années. D’une part les écoles d’ingénieurs s’adaptent désormais plus rapidement à l’émergence des nouveaux métiers, en modifiant leurs enseignements. Pour réussir cela, les liens entre les acteurs économiques et ceux de l’enseignement supérieur se sont renforcés. A l’ESTACA* par exemple, il y a 20 ans, la formation était essentiellement dominée par la mécanique. Aujourd’hui, les enjeux se sont déplacés, l’intelligence embarquée est notamment devenue un facteur clef de valeur ajoutée pour les véhicules : les élèves ingénieurs doivent donc désormais être aussi à l’aise avec les systèmes embarqués qu’avec le dimensionnement des structures. Les enseignements sont ainsi revus très régulièrement en fonction des besoins des partenaires industriels.
Mais cela ne peut suffire : une vie professionnelle dure 40 ans et il est impossible d’imaginer aujourd’hui ce que seront les enjeux technologiques dans 20 ans.
Les chercheurs parlent de s’inspirer du vivant pour imaginer de nouveaux matériaux plus performants et éco-conçus ; peut-être que demain la connaissance des bases de la biologie sera indispensable pour les ingénieurs de l’industrie des transports. Il est pourtant trop tôt pour intégrer cela dans la formation. Alors comment faire ? L’objectif de la formation est l’acquisition des compétences qui permettront à l’ingénieur de s’adapter et d’aller chercher les connaissances qui lui manquent. C’est lui apprendre à savoir poser un problème, à mobiliser des savoir scientifiques et technologiques pour le résoudre, à s’adapter aux changements y compris face à l’incertitude, à gérer les risques, à posséder de solides compétences relationnelles, à gérer un projet et le mener au bout, à comprendre les enjeux de l’environnement dans lequel il intervient.
Les écoles d’ingénieurs s’engagent donc actuellement dans des démarches de redéfinition des contenus de la formation, en partant des compétences que nous voulons voir maîtriser. Le développement de la formation par projets est un levier clef de cette dynamique. Cependant, tout n’est pas entre les mains des Ecoles : une collaboration renforcée et organisée entre les acteurs de l’enseignement supérieur et ceux de la gestion des ressources humaines par filière, permettra de répondre de façon efficace aux besoins émergents. Voilà encore un nouveau métier à faire émerger : architecte compétences !

 

*ESTACA, école d’ingénieurs post-bac spécialisée dans les transports et la mobilité

 

Par Pascale Ribon,
Directrice Générale de l’ESTACA et présidente de la commission Diversité de la CGE