A quoi va ressembler la rentrée 2020 dans les écoles d’ingénieurs ? Après deux mois de mobilisation des établissements et de leurs communautés, la Conférence des Directeurs des Ecoles  Françaises d’Ingénieurs (CDEFI) est revenu le 20 mai 2020 sur la gestion de la crise du Covid-19 par ses écoles membres. Elle lève le voile sur les actions qui seront mises en place dans les prochains mois.

 

Mobilisées et réactives ! C’est ainsi que Jacques Fayolle, président de la CDEFI qualifie d’entrée de jeu l’attitude des écoles d’ingénieurs françaises face à cette crise sanitaire sans précédent. D’abord dans leur façon d’assurer la continuité pédagogique. « La majorité des écoles ont pu mettre en place des plans de continuité dès le lundi suivant le confinement. Des mesures toujours en cours même dans la situation actuelle qui demande encore des adaptations », indique-t-il.

Une réflexion et une mise en œuvre rapides sur le plan technique et pédagogique. « Les écoles se sont appuyées sur leurs portails internes et des plateformes pédagogiques. Elles ont aussi investi de nouveaux outils numériques comme Teams, Open meetings. Elles ont également réorienté leurs méthodologies en mode synchrone et asynchrone via des classes virtuelles, des échanges en vidéo, des présentations audio, des Powerpoint sonorisés, des ateliers numériques participatifs… » précise Emmanuel Duflos, vice-président de la CDEFI. Des adaptations plus complexes à mettre en œuvre pour les travaux pratiques, notamment ceux nécessitant des manipulations, qui ont été transformés en analyses de résultats ou en projets.

Et du côté des stages ?

En parallèle, de nombreux stages ont été réduits, assurés en télétravail, reportés, voire annulés pendant le confinement. « Toutes les écoles ont eu un suivi individuel, régulier et précis quant à la situation professionnelle de leurs élèves. En application des directives du MESRI et de la CTI, elles ont aussi été réactives pour assouplir les règles relatives aux stages et mettre en œuvre des adaptations afin de ne pas pénaliser les étudiants en vue d’un passage ou de l’obtention d’un diplôme » rappelle Emmanuel Duflos. Un assouplissement oui, mais pas à n’importe quelles conditions. « La CDEFI est contre un assouplissement qui permettrait la réalisation d’un stage post diplomation. C’est à la fois un mauvais signal et un non-sens car les diplômés d’écoles d’ingénieurs sont les forces vives qui pourront participer à reconstruire le pays » insiste Jacques Fayolle. Un même accompagnement a bien sûr été mis en œuvre à destination des élèves en alternance.

Cap sur les examens

En termes d’évaluation, les écoles ont là encore été obligées de s’adapter.  Alors que certains établissements sont encore en réflexion, d’autres ont déjà abandonné l’évaluation finale pour le contrôle continu et d’autres penchent plutôt pour une approche « compétences » et des évaluations novatrices à la croisées de divers modules d’enseignement.

Des chercheurs confinés, mais pas inactifs !

Si pendant le confinement la plupart des laboratoires de recherche ont été fermés, les chercheurs des écoles d’ingénieurs ont pourtant apporté un soutien technologique fort au domaine de la santé : utilisation des équipements (imprimantes 3D par exemple), création de logiciels de simulation pour modaliser la répartition des lits en réanimation, fabrication de gel hydro alcoolique ou de visières de protection… Des initiatives solidaires fortes qui font la fierté du président de la CDEFI mais qui n’occultent pas pour autant les conséquences financières du confinement sur les activités de recherche qui représentent « 20 à 60 % de l’activité des écoles. Deux mois de suppression d’activité c’est deux mois de ressources décalées et donc une baisse non négligeable de 6 à 7 % du chiffre d’affaire » insiste Christian Lerminiaux, vice-président de la CDEFI.

Quid des étudiants internationaux ?

Autre enjeu financier de taille : l’accueil des étudiants étrangers. Alors qu’ils sont 17 000 à rejoindre les écoles d’ingénieurs chaque année (14 % des effectifs globaux en moyenne), la fermeture des frontières risque d’engendrer un véritable manque à gagner pour les écoles à la rentrée. « La prise en charge de la formation de ces étudiants devra d’abord se faire à distance pour préparer leur arrivée au second semestre » prévoit Jean-Michel Nicolle, vice-président de la CDEFI. Un accueil décalé qui n’est pas sans poser de questions sur l’application des règles de visa, l’allocation des bourses ou la prise en charge à distance d’étudiants sur des fuseaux horaires différents notamment.

Des difficultés qui ne semblent pas effrayer les écoles. « Deux tiers d’entre elles se disent en capacité de prendre en charge cette formation à distance pour maintenir l’attractivité, les inscriptions et la formation des étudiants étrangers ». Pour les y aider, la Cdefi encourage une facilitation des relations entre écoles pour mettre en commun leurs activités et un éclairage des ressources pouvant être mises à leur disposition (FUN et Université Numérique par exemple), « sans pour autant tomber dans l’ubérisation de la formation » insiste Jacques Fayolle.

Un peu de certitude… dans l’incertitude

Dans ces conditions, la CDEFI envisage la rentrée 2020 avec « sérénité et objectivité. Nous allons être confrontés à une situation financière compliquée, notamment en raison d’une probable dégradation de certains postes de recettes (formation continue, chaires, actions de contrats de recherche…) et d’incertitudes sur le recrutement d’étudiants internationaux en masters, qui contribuent à notre financement. Nous faisons également face à une augmentation de nos dépenses en raison de la mise en place de la continuité pédagogique, de nouveaux outils numériques, des aides accordées aux élèves… ». Un effet ciseau qui n’empêche pas la CDEFI d’objectiver les leviers nécessaires pour franchir les difficultés. «  Le secteur de la formation est un secteur régalien essentiel qui soulève une question de souveraineté nationale. Nous attirons donc l’attention de l’Etat sur le fait qu’il faut accompagner notre secteur » conclut Jacques Fayolle.

Réussir le post-confinement : les propositions de la Cdefi

Assouplir la règlementation sur les stages : aug­menter le nombre possible de stagiaires dans une entreprise et le nombre de stagiaires pouvant être suivis par un même tuteur, permettre aux entreprises de prolonger pour une période équi­valente à la durée du confinement les conventions de stage en cours avant remise du diplôme.
Favoriser de nouveaux contrats d’apprentissage et / ou de professionnalisation, essentiels à la soutenabilité économique des écoles d’ingénieurs : allègement du coût du travail sur ces contrats et accompagnement exceptionnel de l’État pour assurer la viabilité de ces formations.
Accompagner la recherche : autorisation de prolongation des contrats doctoraux, postdoctoraux, de techniciens, d’ingénieurs et d’enseignants en CDD et accompagnement financier de ces mesures pour permettre la finalisation les travaux de recherche et de doctorat im­pactés par la crise sanitaire.
Poursuivre et renforcer l’accompagnement financier des étudiants en situation précaire.
Renforcer l’attractivité de la France auprès des étudiants interna­tionaux.
Étendre le dispositif de chômage partiel aux établissements publics pour leurs personnels contractuels financés sur ressources propres et ne pouvant poursuivre leur activité à distance.
Ouvrir une concer­tation avec les pouvoirs publics pour un soutien budgétaire face à la dégradation financière des établissements.
Accompagner l’embauche et l’insertion professionnelle des jeunes : exonération totale des charges patronales et salariales pour l’embauche en CDI des jeunes diplômés, augmentation et généralisation de l’aide aux employeurs d’apprentis, possibilité données aux entreprises de prolonger les conventions de stage pour une pé­riode équivalente à la durée du confinement et report général par les banques des premières men­sualités de remboursement des prêts étudiants