« L’ESSEC doit permettre à ses élèves de se former et de se transformer » – L’interview de Vincenzo Vinzi

Interview Vincenzo Vinzi ESSEC

C’est en 2002 que l’histoire de Vincenzo Vinzi débute avec l’ESSEC. Celui qui avait franchi les portes de la business school parisienne en tant que visiting professor il y a un peu plus de 20 ans, en est aujourd’hui le directeur général. Il revient sur les moments clés de sa carrière et sur les grands projets qui attendent l’école cette année. Rencontre.

#Flashback : quelle image aviez-vous de l’ESSEC en 2002 ?

J’avais déjà une grande admiration pour le système de l’Enseignement supérieur français que j’observais d’Italie où j’étais professeur de statistiques à l’Université Federico II à Naples. Je me disais alors que la France avait la chance de pouvoir s’enorgueillir de ses business schools de haut niveau en lien très fort avec le monde de l’entreprise et dotées d’une dimension internationale marquée au sein de toute leurs communautés. Lorsque j’ai décidé de quitter mon pays et la fonction publique italienne pour embrasser de nouvelles aventures en France, j’ai choisi l’ESSEC parmi les propositions qui s’offraient à moi, attiré par son esprit entrepreneurial (ancré de longue date dans son histoire) sa recherche, l’attention portée aux étudiants et sa véritable dimension humaine. J’ai quitté Capri pour Cergy : il fallait au moins tous ces atouts dans la balance ! En arrivant à l’ESSEC, ce qui m’a tout de suite beaucoup impressionné – et ce qui me nourrit encore aujourd’hui – c’est la capacité de l’école à expérimenter, innover, prendre des risques, faire un pas de côté sans se limiter et anticiper. C’est un trait culturel très fort de l’école qui correspond à ma personnalité.

Vous avez pris la suite de Jean-Michel Blanquer à la direction de l’école en 2017. Quelle a été votre première source de fierté en tant que DG ?

Je terminais mon second mandat en tant que doyen du corps professoral. Un excellent apprentissage des responsabilités institutionnelles certes, mais je dois dire que devenir DG ne faisait pas partie d’un plan de carrière. Quand Jean-Michel Blanquer a été appelé pour raison d’Etat au printemps 2017, j’étais en train d’organiser une année sabbatique de recherche aux Etats-Unis et je cherchais des écoles pour mes enfants ! Comme quoi, dans la vie, il y a toujours une part de hasard… et c’est un statisticien qui vous le dit (rire). Mais des opportunités se créent et il faut savoir les saisir. Je me vois comme un académique entrepreneur, deux caractéristiques qui permettent de s’engager différemment. J’ai été très fier d’être nommé directeur par intérim. J’avais pour mission de préparer la passation, passation qui s’est transformée en projet pour l’école, puis en candidature. C’était la première fois que l’ESSEC nommait un professeur, international de surcroit, directeur général.

Et les premières, l’ESSEC aime ça ! Preuve en est, son engagement de longue date pour l’apprentissage ou l’égalité des chances notamment.

Ce sont deux éléments qui m’avaient marqué et je suis très heureux que nous fêtions cette année les 20 ans de notre Centre de l’Egalité des chances et de l’Inclusion, ainsi que les 30 ans de notre CFA. Il faut en effet se rappeler que l’ESSEC est la première business school française à avoir ouvert son CFA en 1993. Ces anniversaires ne sont pas anecdotiques : ils sont l’occasion de célébrer ce qui est accompli, mais aussi de donner une nouvelle ambition pour ce qui reste à accomplir. Dans cette dynamique, nous poursuivons bien sûr notre travail sur l’égalité des chances dans l’accès à l’école et plus largement dans l’accès à l’Enseignement supérieur. Parallèlement nous faisons de l’inclusion notre nouvel horizon. En effet, au-delà de l’égalité des chances, nous œuvrons pour l’égalité de réussite, pour que chacune et chacun de nos étudiant.e.s – quel que soit son parcours, son milieu social, son origine, son genre etc. – ait les mêmes chances de réussite que les autres.

Venons-en au présent ! Avec RISE, l’ESSEC entend Donner du sens au leadership de demain : pari tenu à l’aube de votre prochain plan stratégique ?

C’est notre mission et tous nos projets et choix pédagogiques sont décidés, interprétés et développés autour du prisme de cette mission. Nous sommes convaincus que toute personne passant par une formation à l’ESSEC doit être équipée de savoirs bien sûr, mais aussi de savoir-faire et de savoir-être, indispensables pour répondre aux enjeux sociaux, sociétaux et écologiques, avec une vraie dimension technologique, poussée par le Métalab et notre travail autour de l’IA, entre autres. L’ESSEC doit permettre de se former et de se transformer de manière pertinente. Un exemple parmi d’autres : nous avons créé des guildes transverses de professeurs pour pousser une dimension transdisciplinaire dans la réponse de nos enseignements et de notre recherche à ces grands enjeux. Nous avons aussi revu notre politique de mobilités internationales en responsabilisant toute notre communauté à une mobilité plus responsable. Et bien sûr, nous redéployons notre campus de Cergy de façon à ce qu’il soit lui aussi transformant. Au-delà du sens, nous voulons que nos actions soient mesurables, qu’elles aient de l’impact.

Justement, parlez-nous du campus du futur imaginé par l’ESSEC à Cergy.

50 ans après notre implantation à Cergy en 1973, nous restons fidèles à notre esprit pionnier. Nous réinventons notre campus pour qu’il soit à la pointe de l’innovation, plus respectueux de l’environnement, mais aussi plus ouvert vers son territoire. Pour preuve, le Sports & Recreation Center que nous avons inauguré en avril dernier est ouvert à la communauté éducative de Cergy. Partout où nous sommes implantés, nous voulons avoir un ancrage territorial très fort : nos campus ne sont pas des campus hors sol ! Le campus de Cergy, dont les travaux devraient s’achever à la fin de cette année académique, nous positionne ainsi au niveau des meilleurs standards académiques internationaux, ce qui lui confère une dimension attractivité très forte pour les étudiants français et internationaux. Si dans les années 70 il a été conçu – comme tous les campus universitaires – comme un lieu exclusivement dédié à la pédagogie, c’est aujourd’hui un vrai lieu de vie, toujours doté d’une dimension pédagogique importante bien sûr, mais différente. Une pédagogie faite de flexibilité, d’interaction, d’une nouvelle organisation des espaces et d’une dimension technologique afin de pouvoir, à la fois, enseigner à distance et enrichir les enseignements en présentiel. Parmi les nouveaux espaces, outre le Sports & Recreation Center, nous avons développé le Centre du Leadership responsable – avec une forte dimension entrepreneuriale, collaborative et haute technologie – ainsi que la Research Green tower (une tour éco-responsable et éco-suffisante) qui vise à favoriser l’animation d’une recherche académique d’excellence et pertinente appuyée sur des espaces modulables, agiles et conviviaux. Tous ces bâtiments seront gérés de façon intelligente : malgré la création de nouveaux espaces nous consommerons 1/3 d’énergie en moins qu’aujourd’hui.

#Iconique : quel souvenir associerez-vous toujours à vos années ESSEC ?

L’appel de la gouvernance de l’ESSEC m’annonçant ma nomination en tant que DG. Toute ma famille était autour de moi et en regardant mon visage marqué à la fois par la fierté et la responsabilité qui m’était données, tout le monde n’a pas eu la même interprétation. Mes enfants étaient persuadés que je n’avais pas été sélectionné, alors que ma femme avait tout de suite compris que si ! Je me rappellerai aussi toujours d’une réunion avec des étudiants autour de problèmes géopolitiques. J’étais encore doyen et Jean-Michel Blanquer directeur. Nous avions alors tous les deux regardé les étudiants et leur avions dit spontanément en même temps : vous êtes la solution. Une réflexion qui prend plus que jamais tout son sens et toute son ampleur aujourd’hui. 

***

Je souhaite qu’en 2023 l’ESSEC soit plus que jamais l’école engagée et engageante qu’elle est depuis 1907 ! – L’interview de Vincenzo Vinzi

Alors qu’il vient d’être reconduit à la tête de l’ESSEC, Vincenzo Vinzi revient sur les grands défis qui attendent la business school portée par sa stratégie RISE et sa volonté de « donner du sens au leadership de demain, au service de ses étudiants, alumni et des entreprises et organisations. » Interview réalisée en 2023

Dans quel état d’esprit abordez-vous 2023 ?

Je suis extrêmement heureux de poursuivre ma mission à la tête de cette magnifique école, et remercie toutes les parties prenantes de l’ESSEC de m’avoir renouvelé leur confiance. Dans la période de crises et de bouleversements que traversent nos économies, nos sociétés et notre planète, je me réjouis de pouvoir continuer à agir concrètement en faisant de l’ESSEC l’école de référence pour la formation de leaders responsables, inclusifs et influents qui seront les acteurs de changements positifs pour conjuguer création de valeur et bien commun.

Vos projets qui s’articulent autour de l’initiative Together en 2023 ?

L’inauguration de Campus 2023 à l’automne : avec des bâtiments qui répondront aux dernières normes en matière écologique et qui mettront à l’honneur la biodiversité.

L’approfondissement de la transformation des programmes grâce à notre partenariat avec le Shift Project sur leur projet ClimatSup business.

Le déploiement de la certification Sulitest à tous nos étudiants (premier certificat international de connaissances sur le développement durable).

La sobriété à tous les étages : réduction de nos consommations énergétiques, d’eau et de l’impact de nos mobilités internationales (étudiants et personnel).

La diversité et l’inclusion : continuer à travailler à être une école inclusive et dans toutes les circonstances.

Comment favorisez-vous la diversité sociale sur les bancs de l’ESSEC ?

Depuis le concours 2022, nous avons institué le Double Appel à l’Oral pour introduire plus d’élèves boursiers dans nos promotions. Il s’agit de faire passer l’oral du concours à des élèves boursiers très proches de la barre d’admissibilité après les épreuves écrites, sans changer leurs notes ni leur donner un bonus. Ni les élèves ni les évaluateurs ne savent qu’ils bénéficient du dispositif au moment de passer l’oral, afin de ne pas créer de biais. Nous voulons ainsi recruter plus de candidats d’horizons différents, en leur laissant la chance d’exprimer à l’oral leurs qualités, leurs compétences et surtout leur envie d’intégrer l’école. Cette année, 35 étudiants ont bénéficié du double appel à l’oral, dont 24 ont intégré l’ESSEC.

Nous pouvons aussi parler de l’apprentissage qui connaît depuis quelques années un succès fulgurant. Pionnière en la matière, l’ESSEC a été la première école de commerce en France à le proposer, et notre Centre de Formation à l’Apprentissage fêtera ses 30 ans en 2023. 30 ans d’apprentissage, cela veut dire : 1 200 partenariats avec des entreprises pour accueillir et former les apprentis, 8 200 jeunes qui ont ainsi pu obtenir le diplôme de l’ESSEC avec la barre des 1 000 apprentis / an franchie depuis l’an dernier. Nos chiffres montrent également que la proportion d’étudiants dont les parents ne sont pas cadres est sensiblement plus forte chez les apprentis que chez les non-apprentis, preuve que ce dispositif contribue à l’ouverture sociale de l’ESSEC.

Et les bourses ?      

Tout étudiant bénéficiaire d’une bourse de l’enseignement supérieur ou bourse d’Etat peut faire une demande de bourse du Groupe ESSEC. Il s’agit d’un abattement sur les frais de scolarité de l’année (hors droits d’inscription et hors cotisations). Deux programmes académiques du Groupe ESSEC délivrent un diplôme d’Etat et sont, à ce titre, habilités à accueillir des étudiants bénéficiaires de bourses d’Etat : la Grande Ecole et l’ESSEC Global BBA. Le montant de l’abattement est calculé en fonction de l’échelon de la bourse du CROUS. Pour un étudiant entrant en 1A de la GE après classes préparatoires, ce montant peut couvrir 90 % des frais de scolarité.

22% des étudiants de l’ESSEC sont boursiers aujourd’hui. L’objectif est fixé à 27% en 2024.

Je veux faire rimer faire rimer carrière et sens : je frappe à la bonne porte à l’ESSEC ?

Donner du sens au leadership de demain : cette phrase guide nos actions et elle s’est incarnée avec le lancement de notre stratégie RISE en octobre 2020. Cette stratégie est une articulation entre sens et éthique qui reflète la mission que l’école s’est donnée dès 1907 de conjuguer business et éthique, et repose sur trois piliers :

Together – Nous sommes l’école la plus avancée sur les questions de transition environnementale et sociale, comme cela a été constaté par le dernier classement Les Echos Start X ChangeNow où nous avons été classés premier. Un reflet de nos engagements, de nos ambitions et du chemin parcouru jusqu’à présent. De nombreuses actions ont été entamées : transformation des cours fondamentaux, création de nouveaux cursus spécialisés, mise en place d’un nouveau système de tri sur nos campus ou création d’un chèque mobilités pour nos étudiants afin de réduire nos émissions de carbone de 25 % d’ici à 2025. Nous allons bien évidemment poursuivre les efforts.

Le Metalab – Un laboratoire qui travaille sur les sujets liés à la Data, l’IA et l’éthique, en mettant l’humain au cœur de ces questions. Il favorise la recherche scientifique interdisciplinaire et l’innovation pédagogique, en s’appuyant sur les transformations en cours dans les technologies de données et de l’IA, en économie, gestion, sciences humaines, sciences statistiques et ingénierie. Il rassemble des professeurs, des étudiants et des partenaires de l’ESSEC pour produire des programmes de recherche et d’éducation ayant un impact sur l’adoption de l’IA et des technologies connexes par la société dans son ensemble.

L’entrepreneuriat – Depuis sa création, l’ESSEC n’a cessé de cultiver l’esprit entrepreneurial et d’innovation. À l’ESSEC, une conviction demeure : tout le monde peut agir en entrepreneur, et les expériences entrepreneuriales favorisent en chacun la capacité de contribuer aux solutions de demain, ou de s’adapter aux changements et enjeux auxquels nous faisons tous face. Ce pilier fédère et renforce notre écosystème d’entrepreneuriat actuel. En 2021-2022, c’est 145 startups soutenues et 3,2 milliards d’euros de financements levés par des entreprises co fondées par des étudiants ou des alumni.

L’ESSEC : the place to be pour ceux qui veulent transformer le monde ?

C’est tout à fait exact. Un étudiant qui intègre l’ESSEC aura à disposition une offre complète pour lui permettre de se réaliser dans ses ambitions et l’aider à participer à la transformation de notre société.

Pour preuve.

  • 100 % de nos étudiants sont formés aux enjeux de la transition. Tous les étudiants qui nous ont rejoint à la rentrée 2022 auront dans leur cursus 20h sur la RSE des entreprises (en place depuis 2015), 20h sur la transition environnementale (depuis 2019) et 20h sur l’inclusion et la diversité (renforcé cette année), auxquels s’ajoutent des séminaires de plusieurs jours (Imagination Week, Comprendre et changer le monde…). Tous nos cours fondamentaux ont par ailleurs été refondus pour intégrer les questions liées aux transitions.
  • Des programmes dédiés aux questions de la transformation de nos sociétés pour répondre aux défis de demain : MSc in Sustainability Transformation, Bachelor ACT et le nouveau Bachelor ESSEC-CentraleSupélec en Data, Intelligence artificielle et Management lancé à la rentrée 2023.
  • Les chaires Talents de la transition, Global circular economy, Shaping the future of finance ou encore Food Business Challenges
  • Un incubateur dédié à l’entrepreneuriat et à l’innovation sociale – Antropia ESSEC
  • Le nouveau startup studio avec CY Cergy Paris Université et dédié à l’innovation durable.

Votre message à la communauté ESSEC pour 2023 ?

Un message d’optimisme et d’ambition. Optimisme car dans cette période de crises, nous avons la chance d’être une institution d’enseignement supérieur et de recherche avec un rôle formidable à jouer pour inventer, aux côtés des entreprises que nous accompagnons, de nouveaux modèles plus inclusifs, durables et responsables, en nous appuyant sur les valeurs fortes qui sont le socle de la communauté ESSEC (humanisme, responsabilité, innovation, ouverture). Mais aussi ambition : même s’il faut toujours rester humbles, nous devons être déterminés à avoir un impact positif sur l’économie, la société et l’environnement. Car l’ESSEC est bien plus qu’une école de commerce : une école où on se transforme plus qu’on ne se forme, une école de pensée qui a vocation à influencer les grands changements en cours pour concilier création de valeur et bien commun.

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