74 % des jeunes Français estiment ne pas être écoutés ou représentés par les décideurs politiques… mais 58 % se disent intéressés par la vie publique. Une jeunesse qui choisit de comprendre, de s’engager et de participer aux décisions qui pourraient changer demain. Portraits de trois représentants des délégations françaises 2025 aux sommets Youth 7 et Youth 20 (corolaires du G7 et du G20).
Amélia Louiba : porter la voix de la jeunesse à l’ère de l’IA
Tout juste diplômée, Amélia Louiba a déjà un parcours forgé par la curiosité, le travail et l’envie de porter la voix des jeunes. Après une classe prépa filière AL, elle intègre Montpellier Business School, séduite par les valeurs d’inclusion et de diversité de l’établissement. En parallèle de son cursus, Amélia rejoint Thales en alternance, sur le site de La Ciotat, en tant que Marketing & Business Intelligence Analyst. Elle y découvre le monde des télécoms et de la cybersécurité, ainsi qu’un vif intérêt pour le marketing et l’analyse de marché.
Y7 : de spectatrice à actrice des décisions
Fin 2024, un email de son école change la donne : les candidatures pour représenter la France au Youth 7 sont ouvertes. Amélia postule. Elle est sélectionnée sur le track Intelligence artificielle et technologie numérique. « Dans un contexte géopolitique intense, les jeunes n’ont pas forcément leur mot à dire. Je me sentais impuissante face à tout ce qui se passait dans le monde. D’où l’importance de cet événement pour nous donner une place où nous engager. » Commence alors une formation intensive de trois mois, suivie d’une longue phase de négociations internationales. « On débattait tous les dimanches avec les autres membres. Cette expérience m’a appris à travailler en équipe sur le message que l’on aimerait porter, mais aussi à confronter ma vision française à celles des autres nationalités. L’important n’est pas de faire consensus mais de trouver les lignes sur lesquelles il est possible de s’entendre. »
Direction Ottawa en mai 2025 où elle porte trois propositions fortes :
Encadrer la démocratie à l’ère de l’IA
Protéger les données personnelles
Préparer le futur du travail face à l’IA
Quelques mois plus tard, sa proposition de mieux encadrer les plateformes sociales au niveau européen est même reprise par le président Emmanuel Macron. « Je suis très heureuse de voir que la proposition que j’ai portée est concrète et s’impose comme un sujet national. »
Engagez-vous !
Désormais en VIE à Munich, Amélia met déjà à profit son expérience du Y7 : négociation, recherche de consensus, communication interculturelle. Elle fera également partie du jury chargé de recruter la prochaine délégation française pour le Y7 qui aura lieu à Paris du 16 au 20 mai 2026. Aux décideurs, elle adresse un appel simple : « prenez en compte nos opinions. Écoutez-nous. Les jeunes sont l’avenir de la Nation. » Et à ces mêmes jeunes : « engagez-vous. Participez au processus démocratique. Transmettez vos idées. Sur les réseaux sociaux, dans les associations, les écoles… tous les espaces comptent. »
Antoinette Ott : ingénieure de formation, engagée par conviction

Diplômée de l’ISAE-SUPAERO en 2023, Antoinette Ott est ingénieure en performance environnementale dans une entreprise du secteur aérospatial. « Ma sensibilité à l’urgence climatique m’a poussée à contribuer à la décarbonation du spatial à travers mon travail. » Son engagement ne date pas d’hier. À 10 ans déjà, elle rédige un Petit journal de la Terre pour sensibiliser sa classe à l’effet de serre. Au lycée, une simulation de la COP21 la marque profondément. En école, elle s’implique dans des assos étudiantes pour former les entreprises et agences spatiales à l’éco-conception. « Ce parcours m’a donné envie d’aller plus loin : sensibiliser, mais aussi contribuer à des changements plus structurels. »
Au Y20, défendre la durabilité… jusque dans l’espace
C’est ainsi qu’elle est sélectionnée pour représenter la France au sommet Y20 sur la thématique de la durabilité environnementale. Aux côtés de jeunes délégués du monde entier, Antoinette porte une idée encore émergente mais stratégique : considérer les orbites terrestres comme une extension de notre environnement planétaire afin d’intégrer la durabilité des activités spatiales aux débats. « Le spatial est au cœur de notre quotidien. Nous utilisons des données spatiales pour nous connecter à Internet ou nous déplacer. Près de la moitié des variables climatiques essentielles ne sont observables que depuis l’espace, et ce domaine est crucial pour la souveraineté des États. » Elle plaide pour la création d’un groupe de travail placé sous l’égide de l’ONU afin d’étudier et d’encadrer les impacts des activités spatiales, dont l’empreinte climatique se rapproche d’un dixième de celle de l’aviation. Sa proposition interpelle mais convainc.
Aller plus loin, et transmettre
Le Y20, Antoinette le décrit comme « une expérience extrêmement riche et inoubliable », malgré les heures à débattre sur un seul mot, parfois jusqu’à trois heures du matin. « J’ai compris à quel point les dialogues informels – entre deux sessions de débats – étaient importants pour convaincre. Mais surtout, j’ai fait des rencontres formidables. » Mais avec Antoinette, « le plaidoyer n’est jamais terminé ! » La jeune ingénieure entend ainsi poursuivre son engagement à travers l’association Aéro Décarbo et inspirer d’autres jeunes à se lancer dans cette aventure diplomatique. « On pense trop souvent que la diplomatie est réservée à une partie restreinte de la population. Or, les jeunes sont beaucoup plus informés et motivés qu’on ne le pense, mais manquent de moyens pour se faire entendre. L’Institut Open Diplomacy leur donne ce pouvoir. »
Mahir Er-Rabty : faire de l’équité un enjeu mondial

À première vue, Mahir Er-Rabty a tout du profil analytique : des études tournées vers la finance, une affinité naturelle pour les chiffres, un poste d’auditeur junior chez KPMG. Mais derrière cette rigueur se cache une conviction profonde : « au-delà des chiffres et des ratios, ce qui m’anime, c’est l’humain. » C’est précisément cet équilibre entre logique et engagement qui le conduit à rejoindre la délégation française du Youth 20, en Afrique du Sud. Le Y20 représente pour lui un changement de posture : passer du constat à l’action. « J’avais l’impression d’avoir grandi en observant le monde, parfois avec un certain sentiment d’impuissance. Je voulais être à la table où se dessinent les politiques de demain. Notre génération ne veut plus se contenter d’analyser : elle agit, propose et assume. »
Conjuguer performance et justice sociale
Au sein du Y20, Mahir défend une jeunesse française à la fois ambitieuse, cohérente, courageuse et profondément consciente des enjeux interconnectés : environnement, inclusion, emploi, solidarité internationale. « On ne cherche pas à imposer, mais à coopérer. » Sur son track – l’inclusion – il porte trois propositions fortes portant sur : un accès équitable et universel aux technologies d’assistance pour les personnes en situation de handicap, l’intégration de l’égalité femmes-hommes dans les standards de reporting et les critères d’accès aux marchés publics du G20 et enfin, l’adoption d’une charte de reconnaissance mutuelle des troubles psychiques dans l’espace G20.
Transmettre, accompagner, amplifier
Le Y20 est aussi une immersion dans les coulisses de la négociation internationale. « J’ai appris que rien n’est figé. Tout peut se jouer à la dernière minute. Chaque mot compte. Et parfois, un échange informel peut faire basculer un compromis. Si tu veux la paix, prépare le dialogue. » Mais ce qu’il retient avant tout, ce sont les rencontres : des jeunes du monde entier, passionnés, engagés, exigeants. « Représenter la France dans un tel forum est un sentiment indescriptible. » Avec d’autres alumni du Y7 et du Y20, Mahir accompagnera la prochaine délégation française. « L’objectif, c’est la continuité. Chaque génération doit pousser le débat un cran plus loin. » Avec un message fort adressé aux décideurs : « écoutez-nous. Non pas pour cocher une case, mais parce que nous sommes déjà prêts, compétents, lucides, formés. L’avenir ne se construit pas pour la jeunesse, mais avec elle. Ce que nous demandons, ce n’est pas une place symbolique à la table, mais une place utile, pour agir. »