Avec les possibilités offertes par le numérique, de plus en plus de salariés travaillent à domicile ou dans des tiers lieux, en dehors des murs de l’entreprise. Mais malgré la flexibilité permise par ces nouvelles formes d’organisation du travail, on observe un curieux retour à l’espace bureau traditionnel, avec ses horaires et ses espaces délimités, réinstauré par les télétravailleurs eux-mêmes.

 

Travailler hors les murs de l’entreprise : une stratégie spatiale gagnante-gagnante pour les salariés et les entreprises ?

Le monde de l’entreprise n’est désormais plus seulement fermé entre quatre murs. On voit apparaitre des formes d’organisation du travail dans des tiers-lieux, comme par exemple le travail à domicile, le travail en dans les espaces de co-working, ou encore le nomadisme digital.

On associe souvent ces nouvelles formes de travail à une évolution positive du travail, aussi bien pour les salariés que pour les employeurs. Pour les salariés, c’est l’occasion de s’affranchir des pesanteurs de la bureaucratie, strictement encadrée dans le temps (horaires de travail à respecter scrupuleusement), dans l’espace (le bureau, et les temps de trajets pour s’y rendre) et dans les comportements (« dresscode », attitudes, culture, etc.). Pour les employeurs, c’est l’occasion de libérer l’entreprise, en alliant motivation des salariés, confiance, flexibilité et efficience (tout en économisant les coûts d’infrastructure parfois très élevés dans les grandes villes). Bref, une stratégie « gagnant-gagnant ».

Envahissement de la sphère privée, contrôles intrusifs, isolement : l’envers du décor

Sauf que, à y regarder de plus près, plusieurs inconvénients apparaissent. Tout d’abord, il devient difficile de maintenir une frontière étanche entre vie privée et vie professionnelle : le fait que le travail soit fait à domicile et sans horaires fixes peut mener à du « sur-travail ». De plus, souvent, les télétravailleurs angoissent d’être soupçonnés de ne pas être à leur poste, et se sentent forcés de réagir immédiatement et constamment aux appels téléphoniques et aux mails.  Ensuite, les formes de contrôle du travail à distance peuvent se révéler parfois très intrusives : bien qu’on utilise beaucoup le contrôle par les résultats, le contrôle direct ne disparait pas. Il existe par exemple les feuilles d’activité, qui répertorient précisément le temps passé chaque jour sur tel ou tel projet, sorte de « pointeuse » dématérialisée. On utilise même, parfois, un système de contrôle visuel direct des mouvements de la souris sur l’écran du télétravailleur. Enfin, le télétravailleur souffre assez rapidement d’isolement : loin de ses collègues de bureau et de la fameuse machine à café, il se trouve éloigné des informations qu’il faut connaitre, des fameux bruits de couloirs qui en disent souvent davantage que les réunions, et aussi des relations d’amitiés ou de camaraderie que l’on peut nouer sur le lieu de travail.

La réaction des télétravailleurs : un retour aux pratiques bureaucratiques

En réaction à ces trois problèmes, les travailleurs à distance mettent en place des stratégies. Pour lutter contre l’envahissement de la vie privée et le surtravail, ils réinstaurent des horaires de travail réguliers ; puis créent des lieux, dans le domicile, dédiés exclusivement au travail. Pour lutter contre le soupçon de non travail, ils se soumettent volontiers aux formes de contrôle direct durant les horaires de travail, et son même souvent à leur initiative ! Ce sont souvent en effet eux-mêmes qui réclament ces formes de contrôle : grâce au contrôle, ils peuvent prouver qu’ils travaillent, sans être soumis à des formes d’arbitraire ou de soupçons de non travail dont ils se sentent les objets –à tort ou à raison. Enfin, pour lutter contre l’isolement, ils cherchent à recréer des relations sociales, soit par l’utilisation intensive des réseaux sociaux, soit par la fréquentation des espaces de co-working – dans lesquels ils rechercheront de nouveaux « collègues », même s’ils n’appartiennent pas à la même entreprise.

Un retour paradoxal de l’espace bureau traditionnel

Au final, à y regarder de plus près, la bureaucratie a la peau dure. Espaces dédiés, horaires de travail, outils de contrôles directs, collègues de travail : autant d’éléments qui caractérisent depuis toujours la vieille bureaucratie décrite par Max Weber, et qui ne disparaissent pas à l’heure des bouleversements numériques. Au final, plutôt qu’à une libération de l’espace et du temps de travail, on assisterait plutôt à des nouvelles pratiques bureaucratiques multi-spatialisées – mais qui sont encore méconnues et qu’il conviendrait d’étudier davantage.

 

L’auteur est Régis Martineau

Professor, PhD, HDR

ICN Business School (ARTEM Campus)

 

Yes Weglot ! Misez sur une startup multilingue

En 2016, Rémy Berda (Supélec 2011) créé sa start-up Weglot, un service de traduction de sites Internet. Aujourd’hui, l’entreprise a déjà traduit 50 000 sites.

Le Grand témoin – Maud Fontenoy

Défenseure d’une écologie pragmatique et positive, Maud Fontenoy travaille aux côtés de la jeunesse et des entreprises pour que chacun puisse agir pour la planète.

[#PopTaCulture] Ce que la série Big Little Lies nous révèle des nouveaux enjeux de notre génération

Camille Clot, étudiante de KEDGE Business school – Bordeaux, décrypte la série à succès Big Little Lies (HBO) : le reflet de toute une génération.

Décryptons-les : les statuts des grandes écoles de commerce

Public, privé ou consulaire : tour d’horizon des trois statuts juridiques en vigueur pour les grandes écoles de commerce françaises.

La géopolitique, nouveau must have des business schools ?

Comment dompter un monde où la technologie fait loi sans la culture ? C’est pour répondre à cette question que les business schools font désormais de la géopolitique un des meilleurs atouts de leurs formations. Mais comment mettent-elles la culture au service de l’action ?

Agri, agro : il y a du boulot !

Les ingénieurs agronomes sont en première ligne pour accompagner les agriculteurs face aux enjeux climatiques. Les écoles doivent alors adapter leurs programmes pédagogiques.

Ingénieur et apprenti : pourquoi pas moi ?

15% des étudiants en école d’ingénieurs passent aujourd’hui par l’apprentissage. Une voie privilégiée pour entrer facilement dans le monde de l’emploi.

Ingénieur mais pas que : zoom sur les doubles formations

Face à des entreprises qui apprécient de plus en plus les profils hybrides, terminer son cursus avec un double diplôme en poche est un atout pour les ingénieurs.

Les ingés ont la santé

Robot chirurgiens, prothèses ou encore respirateurs, derrière se cachent les ingénieurs. Mise en lumière de cet allié de l’ombre du personnel soignant.

Crypto-monnaies : quand la monnaie change de main

Les crypto-monnaies ont émergé en 2008 et font depuis parler d’elles. De grandes entreprises comme Facebook projettent de créer la leur ainsi que des banques centrales.