L’opération #SauvonsUneBoite lancée au tout début du confinement nous a permis d’échanger avec un grand nombre de dirigeants confrontés à des situations difficiles, parfois critiques. Où en sont-elles, 6 mois après le début de la tourmente ?

 

Au-delà des 7 entreprises que nous avons accompagnées avec les étudiants de la majeure Business Development d’Audencia, beaucoup de dirigeants ont dû faire face à un arrêt total ou partiel de leur activité, faute de clients et/ou de salariés en nombre suffisant. Il a souvent fallu mettre en place des plans B en faisant preuve d’une grande agilité : des cadres sont souvent en renfort des équipes terrain, sans qui l’activité ne pouvait se réaliser, qu’il s’agisse de la production, de la logistique ou des équipes de vente et de service client.

En situation de trésorerie parfois critique, les dirigeants ont également dû négocier les Prêts Garantis par l’Etat, parfois difficiles à obtenir auprès des banquiers.

Une urgence financière qui pousse à innover

De nombreux dirigeants ont dû revoir en un temps record leurs stratégies, afin de réduire les nouvelles menaces, quitte à innover pour tenter de saisir de nouvelles opportunités. En premier lieu, le e-commerce a représenté pour beaucoup une issue à laquelle il a fallu s’ouvrir très rapidement : agriculteurs pour vendre en circuit court, magazines pour pallier la chute des ventes physiques, fabricants de biens afin d’écouler leurs stocks qui cessaient de s’écouler via les commerces traditionnels… Salesforce, dans son étude sur le e-commerce dans le monde, a noté une croissance de 20 % du chiffre d’affaire sur le premier trimestre 2020, et 4 % d’augmentation des dépenses par consommateur. Néanmoins, ces nouvelles stratégies n’ont souvent permis que de limiter la casse, comme le témoigne le taux de remise très élevé de 34 % observé aux Etats-Unis sur les ventes en ligne au cours du premier trimestre.

Il a rapidement fallu ajuster les ressources humaines avec dans un premier temps, une gestion du chômage partiel. Il a permis de compenser la chute des ventes et de préserver au mieux la trésorerie si nécessaire dans ces temps incertains.

Au-delà de ces réactions de sauvegarde des entreprises, cette période a notamment eu des impacts psychologiques qu’il sera difficile d’oublier.

Un après définitivement différent de l’avant

Le premier impact est certainement le niveau de confiance des dirigeants dans l’avenir. Déjà parfois lourdement perturbés en France par les conflits sociaux, le souvenir de la crise financière de 2008 encore présent, beaucoup de DG peineront à ré-envisager l’avenir avec confiance, pourtant nécessaire à l’investissement et au développement.

Au sein des équipes, des personnes se sont révélées au cœur de la crise, par un niveau parfois inattendu d’engagement et d’autonomie. D’autres ont parfois déçu, en basculant aux abonnés absents alors que les urgences abondaient. De nombreux dirigeants ont ainsi profité de cette période si délicate pour revoir leur garde rapprochée à l’aune de cette expérience de crise révélatrice.

Les modalités de travail ont évolué à marche forcée, en premier lieu à travers le télétravail. Un sujet néanmoins source de clivages entre les patrons et les salariés. Le dirigeant doit maintenant trouver un nouvel équilibre entre les attentes parfois fortes des salariés accros au télétravail et le besoin de cohésion qui passe par un vivre ensemble au sein de l’entreprise.

 

L’auteur est Jean-Michel Moutot,  Professeur à Audencia