Le nouveau concept de post-vérité pose avec l’avènement des fake news les fondements de l’accommodement avec la vérité factuelle. Déjà bousculées par la philosophie postmoderne des années 60’ débordant le nietzschéen « il n’y a pas de faits, seulement des interprétations », les sociétés occidentales voient aujourd’hui s’effriter le socle traditionnel d’une moralité binaire fondée sur le bien et le mal, le vrai et le faux, la vérité et le mensonge.

 

 

La fake news et son cortège abouti de bullshit mis en lumière dès 1986 par Harry Frankfurt, bouscule le sens commun. Loin du mensonge et de son axe référentiel à la vérité qui permet de l’établir, la fake news, elle, renvoie à un assemblage de vrai et de faux : elle est vraisemblable. Elle est un chevauchement d’opinions énoncées comme autant d’assertions plausibles qui viennent brouiller le discernement, d’autant qu’elle s’appuie parfois sur des images, elles-mêmes superposées, floutées et retouchées.

Les réseaux sociaux lui servent de caisses de résonance immédiate, continue et sans fond, et imposent alors l’incontestabilité d’une réalité, de cette réalité, qui altère encore et davantage le discernement. Les fake news sont de véritables fabriques de contre-savoirs qui superposent, transposent à la traditionnelle vérité factuelle, une vérité qui devient vraie par sa simple adhérence au réel.

Quand la fake news devient un viatique entre le principe de réalité et le principe de plaisir

De surcroît, la réalité résonante de ces arrangements avec la vérité ouvre aussi un accès aux besoins de réassurance narcissique : elle donne de la valeur à chaque opinion ou mieux encore, elle accorde le droit d’accommoder le réel, de le transformer à son goût. Les fake news ont cette puissance de séduction et de captation parce qu’elles s’adressent au désir, à la croyance; parce qu’elles nourrissent une forme de fascination pour un désir tout puissant de liberté refoulée. C’est dans le droit qu’elles accordent à l’expression franche et assumée d’une contre-vérité – suspectée ou indubitable – que va s’éprouver l’aspiration toute puissante de cette libération égotique.

La fake news transgresse les règles convenues du socle commun, du jugement normé par le partage, et qui définit traditionnellement, sinon la vérité, du moins le vrai.

L’esprit critique un rempart contre une illusion réaliste

Si on a pu, et partiellement eu raison de penser que l’accès démocratique à la connaissance diminuerait de fait et d’autant les croyances, l’accès actuel à trop d’informations déversées en flots continus tend à provoquer l’inverse. Et ce n’est pas l’émergence d’îlots de résistance comme les sites de fact checking réintroduisant les notions – certes fondamentales – de l’origine et de la qualité des sources, qui suffiront à endiguer ce tsunami. C’est dire l’importance de former plus que jamais des esprits critiques, capables de détecter des situations douteuses et de suspendre conséquemment leur jugement. Mais encore faut-il résister à former des esprits sceptiques voire suspicieux. Car c’est à force de former à douter de tout, de traquer l’erreur et le faux, qu’on alimente aussi des tournures rigides et paranoïaques risquant d’inhiber les élans créatifs de pans entiers de générations qui seraient alors amputés de toute confiance. D’autant que dans l’immanence du déterminisme numérique actuel, faut-il vouloir absolument chercher le vrai dans l’opposition du réel au virtuel? Et quand il s’agit de former, quelle est la réalité de la transmission objective du savoir?

C’est sans doute grâce à un rapport d’équilibre entre intuition, confiance en soi et confrontation authentique, c’est en suscitant des axes, des pistes de réflexion nourris d’échanges contradictoires mais respectueux comme autant de garde-fous contre des jugements à l’emporte-pièce; c’est en dispensant des enseignements teintés de philosophie, d’histoire et de littérature comme autant de biens, de témoignages communs partagés, que naîtra la pleine capacité d’un questionnement circonstancié, d’un esprit critique juste et mesuré adaptés à la réalité d’une société constamment évolutive, et dont le maître mot reste la temporalité.

L’auteur est :

Véronique Carresse

Directrice des programmes Bachelor et Postgraduate

Professeur associé (Département Marketing)

EDC Paris Business School

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