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Ecriture inclusive : le changement a-t-il toujours du bon ?

écriture inclusive

Dans la palette des leviers pour agir en faveur de la promotion de la diversité et de la lutte contre les discriminations, l’écriture inclusive a sa place tout en étant matière à controverse et polémique. Elle est la somme de différentes pratiques : ajout du point médian, féminisation des fonctions, etc. Le débat actuel sur l’utilisation d’un langage inclusif mérite donc d’être posé.

Mais qu’est l’écriture inclusive ?

L’écriture inclusive est une méthode parmi d’autres visant l’égalité entre les genres féminin et masculin en français. Ainsi, par exemple, l’Observatoire de la mixité a publié son livre vert et propose comme sixième mesure la généralisation d’un langage inclusif. L’utilisation de l’écriture inclusive a pour première vocation de respecter une meilleure représentation des femmes et des hommes dans les textes. L’écriture dite inclusive se définit par « l’ensemble d’attentions graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des représentations entre les femmes et les hommes ».L’ajout du point médian cristallise les arguments des opposants qui prônent sa difficulté de lecture pour les personnes déclarant notamment un handicap dys ou pour les malvoyants. L’écriture inclusive ne doit pas en effet exclure au titre d’être paritaire. Mais l’écriture inclusive ne se résume pas, loin de là, au point médian. Bien d’autres usages sont proposés.

écriture inclusive

Souvenez-vous ! L’accord de proximité

On oppose souvent à la féminisation de l’écriture le poids de l’histoire et le coté révolutionnaire de certaines propositions. Un petit retour en arrière s’impose. Le latin utilise la règle de proximité qui accorde en nombre et genre l’adjectif ou le participe passé avec le nom qui les précède. Les langues romanes l’ont conservée. Jusqu’ 16e siècle le français l’employait. La création de l’Académie française au 17e siècle réforme le français et pose le masculin en sexe fort en matière d’accord. En 1647, Claude Favre de Vaugelas, dans Les remarques sur la langue française écrit : « Le genre masculin, étant le plus noble, doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble. » Au 18e siècle, La grammaire française de Noël et Chapsal entérine la prévalence du masculin. Peu importe qu’il y ait 10 000 femmes et un seul homme ! On enseigne toujours que le masculin l’emporte sur le féminin. Quelles conséquences en dehors de l’écriture ? De nos jours, des éditions comme les éditions iXe ou des collectifs comme l’association française des managers de la diversité remettent en service l’accord de proximité.

Françaises, Français !

L’idéal est d’utiliser des mots englobants ou épicènes mais si cela s’avère impossible, pour citer le général de Gaulle, utilisons les deux déclinaisons.

Et si avant, c’était mieux ?

Au 13e siècle, la liste des métiers recensés pour soumission à l’impôt est un exemple archétypal. Elle comporte des médecines, des doctoresses, des administresses, etc. Il en est de même à la Renaissance. Mais en 2014, l’Académie publie la règle de neutralité des fonctions. En 1887, Mme Furtado-Heine est chevalière de la Légion d’Honneur mais en 1920, Colette est chevalier de la Légion d’Honneur. Cela peut sembler ridicule, anecdotique à certains ou certaines, mais il n’en est rien. Quand on voit l’impact des rôles modèles sur le choix des jeunes filles et garçons, la féminisation des fonctions de ces rôles est primordiale. Dans la supply chain, mise en lumière par la crise sanitaire, être logisticienne, planificatrice, opératrice ou conductrice ! Dans la tech, être administratrice de données, coboticienne, développeuse, etc. Mais attention, le diable peut se cacher dans les détails. En 1785, Isabelle de Charrières emploie dans Les lettres écrites de Lausanne le titre de « professeuse » ainsi que Radonvilliers dans Le dictionnaire des mots en 1845. On leur préfère aujourd’hui le titre de professeure. Or, les mots qui sonnent pareil à l’écrit et à l’oral invisibilisent les femmes. Sous couvert de sérieux et d’élitisme, les titres masculins sont également gardés pour certaines fonctions.

Changer la langue est une chose indispensable mais ceci ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. S’exprimer grâce à un langage moins genré ne suffira pas à éradiquer les comportements sexistes…

Par Anicia Jaegler, Professeuse, Doyenne associée à l’inclusivité, KEDGE Business School

retrouvez dans le même dossier l’interview d’Elisabeth Moreno

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