© Agence Prisme / Pierre Jayet

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AVANT TOUT L’ÉPOQUE DE LA TRANSFORMATION DIGITALE
Les enfants nés avec internet qu’ils soient de la génération Y, Z ou autre, ont cette particularité d’être nés dans l’époque de très grandes mutations que nous vivons depuis le début du XXIe siècle. A part ça, les jeunes d’aujourd’hui sont comme les jeunes d’il y a 50 ans, ils sont curieux, en recherche d’autonomie, avides de relations avec leurs pairs, ils ont besoin de perspectives d’avenir. Ce qui change par rapport à il y a 50 ans c’est le contexte. Nous vivons une période de profondes transformations induites à l’origine par l’évolution des technologies et la capacité à utiliser ces technologies pour communiquer et co-construire. Sans refaire l’histoire, comparons ce qui est possible aujourd’hui à ce qui l’était, il n’y a que 30 ans. On a vu apparaître des sociétés qui en moins de 10 ou 20 ans sont devenues des leaders du numérique et des leaders en termes de capitalisation boursière, remplaçant à cette place les industries traditionnelles telles l’automobile, l’agro-alimentaire… La capacité à créer des entreprises et à les financer s’est considérablement développée au point que les entrepreneurs, souvent des jeunes de cette génération, sont aujourd’hui en situation de pouvoir bouleverser les marchés et les entreprises traditionnelles. Le domaine non marchand est lui aussi très fortement impacté : on a notamment vu apparaître une économie collaborative et du partage qui est en ligne avec certaines des valeurs portées par les jeunes. C’est donc le contexte de transformation numérique qui est la principale caractéristique de ce qui arrive à cette génération. Focus sur la manière dont ce contexte est utilisé ou vécu par cette génération.

 

UNE GÉNÉRATION MULTITÂCHE ?
Les outils de la mobilité (tablettes, Smartphone et autres montres connectées…) envahissent notre quotidien transformant profondément nos manières de communiquer et d’être ensemble. Ces outils pourraient modifier profondément nos capacités cognitives. Une étude sur la multi connectivité en fonction de l’âge a été menée dans le cadre des travaux de la Chaire GEM-Orange « Digital Natives ». Les résultats ne sont pas si surprenants que ça : un usage simultané et intensif de plusieurs outils ou d’un outil simultanément avec une autre activité (tweeter en réunion par exemple) diminue nos capacités de filtrage et de mémorisation de l’information sans que nous ayons conscience de l’amoindrissement de nos performances. Ceci est vrai quelque soit la génération. Un jeune y arrivera moins mal, juste pour des questions de baisse de performance du cerveau liée à l’âge. Le multitâche est donc une pratique qui n’est pas liée à une quelconque capacité mais plutôt à une sur-sollicitation et à l’impression que ce mode de fonctionnement est la réponse à la nécessaire vitesse pour mener ces mutations.

 

LES USAGES DE CETTE GÉNÉRATION
Un premier chiffre intéressant : seuls 5 % des jeunes interrogés dans le cadre de l’étude citée ci-dessus déclarent ne pas être connectés (panel représentatif de la population cible à savoir les jeunes suivant des études supérieures). Par ailleurs 63 % consacrent plus de 3 heures par jour à leur activité numérique. Les activités numériques de ces jeunes vont de micro taches de moins de 5mn telles lecture rapide de notifications, réseaux sociaux, sites d’information et également activités d’arrière plan en cours, en réunion ou en parallèle de la visite d’autres sites web… à des activités de longue durée telles que prise de notes, recherche documentaire, visionnage de films ou jeux en ligne. Des pratiques qui ne sont pas liées à l’âge…
Ces jeunes ne sont pas forcément ravis de l’usage qu’ils font du numérique : seuls ceux qui réussissent à mettre en place des stratégies leur permettant de donner l’impression de rentabiliser leur temps, sont satisfaits de leurs usages du numériques.

 

DIGITAL NATIVES ET IMAGE SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX
La séparation de la sphère privée de la sphère professionnelle est une volonté forte d’une très grande majorité de cette génération. Quand ils sont encore dans la période des études, l’usage de réseaux sociaux tel Facebook est massif pour des aspects personnels et pour des travaux en groupes. Cette pratique préexiste en général aux études supérieures. Dans le déclaratif, les étudiants ont la volonté de mettre en place les protections nécessaires pour protéger leur sphère privée. On est en fait dans le phénomène du « social sharing paradox », à savoir, déclarer vouloir valoriser son intimité sur Internet et néanmoins partager un très grand nombre d’informations sur des réseaux sociaux sans réel contrôle en réalité. L’âge et l’origine sociale sont des facteurs de différenciation : plus la personne est jeune et moins elle est issue d’un milieu social aisé, moins la préservation de la vie privée semble être une préoccupation dans son discours.

 

ET EN ENTREPRISE ?
Une des études menées dans le cadre de la Chaire GEM-Orange « Digital Natives » et du Think Tank Futur numérique de l’Institut Mines-Télécom, avec le soutien de la Fondation Télécom, auprès de jeunes travaillant dans des grandes entreprises apporte un éclairage intéressant. La majorité des jeunes interviewés cherchent à intégrer les codes de ces entreprises le plus rapidement possible. La dimension politique interne et la volonté de s’intégrer prend le dessus sur la capacité ou la volonté de bousculer les lignes et d’être moteur de la transformation digitale des entreprises. Le management pyramidal est très mal vécu par ces jeunes mais la transformation de ces modèles viendra des dirigeants en place et non pas d’un quelconque activisme des nouveaux entrants. Ceci a un côté rassurant sur le rôle des dirigeants, par contre si l’équipe de direction n’est pas moteur sur cette transformation digitale, c’est inquiétant pour l’entreprise. Il s’agit là d’une étude portant sur des jeunes en grandes entreprises. Ces travaux croisés avec d’autres permettent d’avancer que concernant la volonté d’être un acteur de cette époque de transformation digitale, en règle générale il y a moins de différences entre un startupeur de 50 ans et un startupeur de 25 ans qu’entre un startupeur de 25 ans et un jeune de 25 ans en grande entreprise. Ceci n’est donc pas une question de génération.

 

EN CONCLUSION : LE NUMÉRIQUE, UNE QUESTION D’ENVIE PLUTÔT QU’UNE QUESTION DE GÉNÉRATION
Le facteur générationnel ne caractérise pas d’un bloc les jeunes. Par contre l’époque offre à cette génération des possibilités très importantes et probablement sans précédent pour faire bouger les choses. Certains créeront des startups, d’autres participeront à des projets collaboratifs de type Wikipedia, Openstreetmap pour en citer de très connus… d’autres en profiteront pour faire évoluer la société avec la conscience de la force politique qu’ils peuvent avoir et d’autres passeront à côté de ce que l’époque permet. Même si la jeunesse est un moment où l’on ose plus, « le numérique n’est pas une question d’âge mais d’envie » et tous nous pouvons être des acteurs de cette transformation quelque soit notre âge.
Les résultats des travaux évoqués dans cet article, leurs auteurs et les références peuvent être consultés sur le site de la Chaire : http://www.talent-digital.fr/

 

PAR RENAUD CORNU-EMIEUX
TITULAIRE DE LA CHAIRE GRENOBLE ECOLE DE MANAGEMENT – ORANGE « DIGITAL NATIVES »

 

Contact : renaud.cornu-emieux@grenoble-em.com